Silences en résonances De sciures et de colles, de déserts en montagnes, la toile en quiétude suspendue au mystère, réponse à l’inquiétude humaine, comme une survie incontournable. Né en 1958 dans la région de Shantou, Yang Din est imprégné très tôt de la tradition de la peinture chinoise, qui guide en transparence aujourd’hui son pinceau vers un dépouillement serein et délibéré. Celui des grandes étendues désertes traversées d’une maison minuscule ou d’une cage inhabitée. Retrouver le souffle vital et originel de la Chine pour toucher à la création même de l’univers, accorder le Ciel à la Terre dans ce souffle lent et calme, en un moment unique de paix et de lumière. Rendre visible l’invisible, intégrer le plein et le vide. L’art de Yang Din raconte sa recherche insatiable de la sobriété, la confrontation de deux héritages et fait coexister les deux univers dans un « espace pictural commun ». Il peint le souvenir de ses enchantements, les raconte avec maîtrise et équilibre. Il transcende les images douloureuses de son enfance par la sérénité souveraine des fonds de ses toiles, comme pour « gagner chaque jour sur la dureté de la vie ». L’eau, les arbres, les feuilles, les rochers, les animaux, les nuages, réminiscences familières de ses années à Shantou, donnent vie à la toile, s’expriment dans le langage contemplatif de Yang Din, flottent dans un décor qui frôle l’abstraction. Claire Raffenne
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Obstination de la peinture A celui qui aura séjourné longtemps auprès de ses toiles, il arrive que Yang Din, à mots couverts, se risque à parler de son travail. Et ce qu’il répète alors inlassablement, sans qu’on l’interroge, c’est que la force d’un tableau tient à sa simplicité, à son dépouillement extrême et que rien n’est plus difficile à tenir que cette exigence… Cette simplicité est d’abord, le plus souvent, celle d’un arbre surgi dans un espace et dans un temps que la peinture a le secret de réduire à l’essentiel, en même temps qu’elle les élargit à l’infini. Perdu au milieu d’une étendue quasi-désertique, d’une lande dont toute vie semble retirée, l’arbre oriente notre regard, concentre notre attention sur les lignes rares qui en dessinent les contours, courbes ou rectilignes, en même temps qu’elles les estompent et parfois même brisent les troncs perdus dans la couleur. Les racines sont absentes, les branches peu nombreuses, les feuilles détachées dans une étrange apesanteur qui en retient la chute infiniment. La simplicité est ensuite celle de ces paysages traversés d’une ligne horizontale, dont la hauteur varie d’une toile à l’autre, donnant à chacune son équilibre propre. Elle dessine la séparation improbable des éléments, la terre et le ciel, reconduits à leur dimension première qui est d’être un partage de la lumière et une ouverture sur l’illimité. Il arrive que la courbe sinueuse d’un fleuve, réminiscence d’une lointaine pérégrination, s’y perde sans s’y arrêter. Il arrive aussi qu’on y aperçoive, au loin, une maison égarée sur la ligne d’horizon ou que le peintre consente à la présence d’un objet, chargé de nostalgie, une cage toujours vide, une théière, une soucoupe, deux citrons, dans lesquels se concentre le souvenir intensif d’un événement singulier, d’une impression et d’une émotion passées. Il faut du temps aux formes et aux couleurs pour parvenir jusqu’à la toile. De ses voyages que rappellent quelques noms propres… des promenades, au cours desquelles telle étendue de lumière, telle ombre lui auront imposé leur sérénité, Yang Din souligne volontiers qu’il faut des années avant que, au terme d’un mystérieux travail de la mémoire, ils ne donnent la matière d’un tableau. C’est là que la peinture se fait obstination. Elle s’obstine d’abord à ressaisir et à éterniser l’instant, comme si, à distance, quelque chose de son ouverture silencieuse sur l’infinité lumineuse du temps et de l’espace devait être retrouvé, sans que l’on sache comment, et préservé des ornières dans lesquelles se perdent nos vies tracassées. Du temps, les toiles portent la marque jusque dans les mots qui les intitulent : « souvenir de la campagne », « souvenir du Maroc », « Instant de silence ».Elle s’obstine ensuite dans son refus d’emboîter le pas des modes multiples selon lesquelles l’art ne serait plus comptable des formes et des couleurs. Les grands formats que Yang Din peint, comme un forcené de la peinture, nous disent qu’on peut encore rêver aujourd’hui de restituer la lumière, par les mille et un détours de l’acrylique, entre les quatre bords d’une toile — ils nous rappellent que chaque couleur empruntée (le rouge, par exemple, dans lequel son travail s’aventure plus rarement) en renouvelle le défi et que rien ni personne ne saurait imposer au peintre d’y renoncer. Marc Crépon est philosophe, directeur de recherche au CNRS, professeur de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure
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Vanessa Wong et Yang Din : Dialogue - Hong Kong, mai 2005 Tous les paysages et objets de vos toiles proviennent-ils de votre imagination ? Avez vous jamais été impressionné par un endroit au point qu’il devienne un thème pour vous ? Comparées à vos toiles d’il y a quelques années, vos toiles des deux dernières années mettent moins l’accent sur le formalisme. Il semble que maintenant vous donniez plus d’attention à l’atmosphère générale. Pouvez-vous nous dire d’où vient ce changement ? La peinture chinoise de paysages est particulière par l’utilisation de l’espace et de la distance et par l’accent qui est mis sur l’utilisation du « vide ». Bien que vous utilisiez des pigments occidentaux, vos toiles rappellent la peinture de paysages chinoise et en montre les procédés. Est-ce lié aux années passées en Chine dans votre jeunesse ? En ce qui concerne la composition, quel est le rôle joué par la forme et la structure des objets dans vos peintures ? Il semble que ces dernières années les grandes toiles aient votre préférence. Y a-t-il d’autres raisons à cela ? Le thème de la plupart de vos toiles est la terre et le paysage. Pourtant elles donnent une impression de densité. Il semble que tout soit dans l’instant sans début ni fin. Qu’en pensez vous ? Ces dernières années, la composition de vos peintures est devenue plus concise qu’avant. Vous décrivez juste l’essence des choses avec un sens de la simplicité. Vos couleurs, au contraire, sont appliquées en couches denses et épaisses. La texture de vos couleurs sur la toile est devenue de plus en plus épaisse. Composition simple, texture épaisse, comment réconciliez-vous ces deux choses ? De nombreux critiques établissent des liens entre vos toiles et le Taoïsme, une philosophie représentée par Lao-Tseu et Tchouang-Tseu. Ils disent que vos toiles expriment un état libéré fait de « quiétude » et de « non-agir ». Qu’en pensez-vous ? Quels sont vos artistes préférés ?
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