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Yang Din

EXTRAITS DE PRESSE 

 

Yang Din
"Résonance II", 2007
technique mixte sur toile
150 x 180 cm

 

Silences en résonances

De sciures et de colles, de déserts en montagnes, la toile en quiétude suspendue au mystère, réponse à l’inquiétude humaine, comme une survie incontournable.
Yang Din refuse l’agitation du monde, crée des paysages paisibles où le rêve caresse la sagesse de sa culture d’origine.

Né en 1958 dans la région de Shantou, Yang Din est imprégné très tôt de la tradition de la peinture chinoise, qui guide en transparence aujourd’hui son pinceau vers un dépouillement serein et délibéré. Celui des grandes étendues désertes traversées d’une maison minuscule ou d’une cage inhabitée.

Retrouver le souffle vital et originel de la Chine pour toucher à la création même de l’univers, accorder le Ciel à la Terre dans ce souffle lent et calme, en un moment unique de paix et de lumière. Rendre visible l’invisible, intégrer le plein et le vide.
Patiente obstination, exploration lente et déterminée des limites de la toile où le peintre s’approche du rayonnement de l’essentiel dans des proportions harmonieuses. Quête ininterrompue de la simplicité la plus pure, apesanteur qui ouvre à l’éternité divine dans son silence lumineux, infini.

L’art de Yang Din raconte sa recherche insatiable de la sobriété, la confrontation de deux héritages et fait coexister les deux univers dans un « espace pictural commun ». Il peint le souvenir de ses enchantements, les raconte avec maîtrise et équilibre. Il transcende les images douloureuses de son enfance par la sérénité souveraine des fonds de ses toiles, comme pour « gagner chaque jour sur la dureté de la vie ».

L’eau, les arbres, les feuilles, les rochers, les animaux, les nuages, réminiscences familières de ses années à Shantou, donnent vie à la toile, s’expriment dans le langage contemplatif de Yang Din, flottent dans un décor qui frôle l’abstraction.
Mêlant intimement terrestre et céleste, Yang Din nous fait percevoir l’existence réelle de la nature et de la vie, de l’unité dans sa liberté et sa pleine conscience. En suspension dans le Temps. Dans un dépouillement revendiqué. Inlassablement.

Claire Raffenne
Historienne et critique d’art
Janvier 2008

 

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Obstination de la peinture

A celui qui aura séjourné longtemps auprès de ses toiles, il arrive que Yang Din, à mots couverts, se risque à parler de son travail. Et ce qu’il répète alors inlassablement, sans qu’on l’interroge, c’est que la force d’un tableau tient à sa simplicité, à son dépouillement extrême et que rien n’est plus difficile à tenir que cette exigence…

Cette simplicité est d’abord, le plus souvent, celle d’un arbre surgi dans un espace et dans un temps que la peinture a le secret de réduire à l’essentiel, en même temps qu’elle les élargit à l’infini. Perdu au milieu d’une étendue quasi-désertique, d’une lande dont toute vie semble retirée, l’arbre oriente notre regard, concentre notre attention sur les lignes rares qui en dessinent les contours, courbes ou rectilignes, en même temps qu’elles les estompent et parfois même brisent les troncs perdus dans la couleur. Les racines sont absentes, les branches peu nombreuses, les feuilles détachées dans une étrange apesanteur qui en retient la chute infiniment.

La simplicité est ensuite celle de ces paysages traversés d’une ligne horizontale, dont la hauteur varie d’une toile à l’autre, donnant à chacune son équilibre propre. Elle dessine la séparation improbable des éléments, la terre et le ciel, reconduits à leur dimension première qui est d’être un partage de la lumière et une ouverture sur l’illimité. Il arrive que la courbe sinueuse d’un fleuve, réminiscence d’une lointaine pérégrination, s’y perde sans s’y arrêter. Il arrive aussi qu’on y aperçoive, au loin, une maison égarée sur la ligne d’horizon ou que le peintre consente à la présence d’un objet, chargé de nostalgie, une cage toujours vide, une théière, une soucoupe, deux citrons, dans lesquels se concentre le souvenir intensif d’un événement singulier, d’une impression et d’une émotion passées.

Il faut du temps aux formes et aux couleurs pour parvenir jusqu’à la toile. De ses voyages que rappellent quelques noms propres… des promenades, au cours desquelles  telle étendue de lumière, telle ombre lui auront imposé leur sérénité, Yang Din souligne volontiers qu’il faut des années avant que, au terme d’un mystérieux travail de la mémoire, ils ne donnent la matière d’un tableau. C’est là que la peinture se fait obstination. Elle s’obstine d’abord à ressaisir et à éterniser l’instant, comme si, à distance, quelque chose de son ouverture silencieuse sur l’infinité lumineuse du temps et de l’espace devait être retrouvé, sans que l’on sache comment, et préservé des ornières dans lesquelles se perdent nos vies tracassées. Du temps, les toiles portent la marque jusque dans les mots qui les intitulent : « souvenir de la campagne », « souvenir du Maroc », « Instant de silence ».Elle s’obstine ensuite dans son refus d’emboîter le pas des modes multiples selon lesquelles l’art ne serait plus comptable des formes et des couleurs. Les grands formats que Yang Din peint, comme un forcené de la peinture, nous disent qu’on peut encore rêver aujourd’hui de restituer la lumière, par les mille et un détours de l’acrylique, entre les quatre bords d’une toile — ils nous rappellent que chaque couleur empruntée (le rouge, par exemple, dans lequel son travail s’aventure plus rarement) en renouvelle le défi et que rien ni personne ne saurait imposer au peintre d’y renoncer.
Marc Crépon

Marc Crépon est philosophe, directeur de recherche au CNRS, professeur de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure

 

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Vanessa Wong et Yang Din : Dialogue    - Hong Kong, mai 2005

Tous les paysages et objets de vos toiles proviennent-ils de votre imagination ? Avez vous jamais été impressionné par un endroit au point qu’il devienne un thème pour vous ?
Tous les paysages et objets de mes toiles proviennent de la nature, telle que je la perçois dans la vie ou à l’occasion de voyages. Je dessine rarement des esquisses exprès pour mes toiles. Chaque peinture est la sublimation de certaines sensations qui ont un sens dans ma vie quotidienne.

Comparées à vos toiles d’il y a quelques années, vos toiles des deux dernières années mettent moins l’accent sur le formalisme. Il semble que maintenant vous donniez plus d’attention à l’atmosphère générale. Pouvez-vous nous dire d’où vient ce changement ?
Les toiles de mes jeunes années mettaient plus l’accent sur la forme et sa signification. En termes de composition, les objets extérieurs avaient plus d’importance. Maintenant, j’essaie d’exprimer l’indicible, l’espace la lumière. Dans cette perspective, plus j’ai de contacts avec la nature et la beauté de l’univers,  plus ma vie intérieure peut s’exprimer. Cela  me donne la force et l’énergie pour continuer mon chemin. Peindre est une activité qui ne peut pas être séparée des sentiments et des sensations de l’artiste.

La peinture chinoise de paysages est particulière par l’utilisation de l’espace et de la distance et par l’accent qui est mis sur l’utilisation du « vide ».  Bien que vous utilisiez des pigments occidentaux, vos toiles rappellent la peinture de paysages chinoise et en montre les procédés. Est-ce lié aux années passées en Chine dans votre jeunesse ?
J’ai étudié la peinture traditionnelle occidentale depuis que je suis  enfant, et j’ai eu peu de contact avec la peinture traditionnelle chinoise. J’ai profité d’une vie libre d’étudiant à Paris plusieurs années. A cette période, tout en développant une compréhension plus  profonde de l’art occidental, j’ai aussi découvert le « concept de nature » des peintures chinoises. Puis il y a eu fusion de la pensée culturelle de l’est et de celle de l’ouest. A partir de là, j’ai été capable de développer mon art avec une plus grande liberté.

En ce qui concerne la composition, quel est le rôle joué par la forme et la structure des objets dans vos peintures ?
Je vois toujours les petites formes et structures de mes toiles comme des sortes de signes. Je veux me servir de ces formes et structures à la fois banales et signifiantes pour obtenir deux choses : mettre les spectateurs dans un état d’abstraction complète et en même temps leur faire percevoir l’existence de la nature et de la vie. L’effet que je veux produite est de faire voir au spectateur «  une montagne comme la montagne  »  et «  de l’eau comme l’eau ».

Il semble  que ces dernières années les grandes toiles aient votre préférence. Y a-t-il d’autres raisons à cela ?
En général, c’est plus difficile de manipuler des grandes toiles. Quand je travaille sur des petites toiles et que quelque chose ne me donne pas satisfaction, je peux juste la recouvrir d’un coup de pinceau et recommencer. Au contraire, si je travaille sur une grande toile, chaque coup de pinceau est fait en pleine conscience, mais en même temps, ce que je dois atteindre c’est de laisser la vie exister dans mon inconscient. La difficulté est double : d’un côté l’idée de création doit être reconnue et de l’autre un sens de l’unité doit  être accompli. C’est un défi plus grand et j’ai une plus grande passion pour les grandes toiles.

Le thème de la plupart de vos toiles est la terre et le paysage.  Pourtant elles donnent une impression de densité. Il semble que tout soit dans l’instant sans début ni fin. Qu’en pensez vous ?
Quand je peins, le temps ne veut rien dire pour moi. Il a perdu sa signification de réalité. Ce que je veux faire c’est de garder et reproduire un certain sentiment. C’est comme en sortant d’un rêve, on se réveille et on en savoure sans fin le goût. Je pense que la beauté devrait transcender le temps et l’espace et appartenir à l’éternité.

Ces dernières années, la composition de vos peintures est devenue plus concise qu’avant. Vous décrivez juste l’essence des choses avec un sens de la simplicité. Vos couleurs, au contraire, sont appliquées en couches denses et épaisses. La texture de vos couleurs sur la  toile est devenue de plus en plus épaisse. Composition simple, texture épaisse, comment réconciliez-vous ces deux choses ?
Pour moi la simplicité dans l’acte de peindre est peut-être un moyen d’échapper à la fébrilité et à l’agitation de la vie. Je trouve la complication et l’emphase de mauvais goût, et je m’efforce de juste suggérer les choses dans mes toiles. Regardez les chanteurs d’opéra fameux, quelques notes suffisent à faire durer longtemps notre plaisir. Je fais usage de façon délibérée de la « concision » pour éviter la « redondance » et laisser plus d’espace au spectateur pour expérimenter l’atmosphère exprimée dans mes toiles. Cependant, quand nous parlons des techniques de peinture et de l’application des couleurs, le maniement de l’épais et du fin, du vide et du plein, de chaque trait et de chaque coup de pinceau, c’est exactement la même chose que le traitement des sons et des mots dans l’opéra. Dans une toile, quand les rythmes sont en harmonie il y a un sens fort de vie (ce que vous appelez « texture épaisse ») même dans un état de vide (ce que vous appelez « composition simple »).
 

De nombreux critiques établissent des liens entre vos toiles et le Taoïsme, une philosophie représentée par Lao-Tseu et Tchouang-Tseu. Ils disent que vos toiles expriment un état libéré fait de « quiétude » et de « non-agir ». Qu’en pensez-vous ?
Je pense que ce qui est en jeu est la conscience et l’approche de ce qui fait ma vie. Les pensées de Lao-Tseu et Tchouang-Tseu sont vraiment trop profondes pour moi. Pourtant je tiens à dire que j’ai été élevé dans une famille traditionnelle qui attachait une grande importance au Bouddhisme et au Taoïsme. A l’âge de 20 ans, j’ai quitté ma terre natale pour un pays lointain dont la culture était complètement différente de celle de mon propre pays. Je ne prends pas les « objets » très au sérieux ; je suis comblé et je me sens très libre car je peux suivre mon chemin et faire tout ce qui me plait. Cette quête de la liberté s’exprime dans mon œuvre.

Quels sont vos artistes préférés ?
l y en a beaucoup. Mais mes préférés sont Miro, Matisse,  Shi Tao et Ba Da Sha Ren (Zhu Da).

 

 

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YANG DIN - Donner la parole à Yang Din - Marc Crépon-Paris 2002

 


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