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Francisco Sepulveda

EXTRAITS DE PRESSE

Francisco Sepulveda
Francisco Sepulveda
Le graveur, 2010
pointe sèche
60 x 65 cm

Francisco Sepulveda

Fantasmagorie picturale

Par Gérard Gamand* - Extrait

…Francisco Sepulveda, barbu, échevelé, tonitruant jeune peintre chilien vit et travaille en France depuis bientôt dix ans. Il s’est installé ici récemment pour développer une œuvre  assez originale que nous avons récompensé par le Grand Prix Azart décerné  pendant le Salon de Lyon. Nous avons été séduits par sa peinture figurative, toute empreinte de mystère et d’une  poésie surréaliste. Ses personnages énigmatiques se baladent ans des scènes dénudées où tout est possible. A la diversité des sujets répond la multiplicité des interprétations. Supelveda entreprend d’élaborer son monde pour exorciser un imaginaire foisonnant dans lequel les mythes et les légendes se mêlent pour réécrire le quotidien. C’est plein d’humour et de dérision mais ce qu’il raconte ne peut l’être que par la peinture.

*Gérard Gamand est fondateur du magazine AZART et l’article (pages 92 à 100) a été publié dans le no 43 Mars-Avril 2010  

 

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La galaxie Sepulveda

par Joël Couve - Extrait

L'œuvre de Francisco Sepulveda est une œuvre essentiellement ouverte, car aucun de ses tableaux n'est jamais enfermé en lui-même. Tout ce qui peuple la surface nous appelle. Les figures singulières, propulsées comme au devant de la toile par le souffle de leur danse aérienne, lancent à notre rencontre des signes multiples. Tous les éléments physiques et mentaux, mobilisés par Sepulveda pour créer son œuvre sont traversés par une onde magnétique qui manifeste son charme étrange dans chaque toile. Chaque toile est une planète qui gravite dans la galaxie d'un univers étonnant…

Une des caractéristiques importantes des images de Francisco Sepulveda est qu'elles ne sont pas intégralement explicables ni réductibles à une signification unique. L'œuvre, ainsi que nous l'indiquions, nous parvient dans l'évidence de sa force percutante d'expression, et les images avec un coefficient de lisibilité calculé au niveau de certaines formes figuratives. Toutefois, il n'en est pas moins vrai qu'elles nous arrivent doublées d'une imperceptible membrane sensible et mystérieuse, distillant une sorte de magie lointaine.

Figures de masques venues, depuis l'épaisseur des forêts et à travers le temps, d'anciennes civilisations sud-américaines, océaniennes, africaines, européennes. Certaines de ces figures, traitées par distorsions anatomiques non naturalistes tout en conservant certains traits de ressemblance humaine, fonctionnent avec des rouages de type robotique. Ces rouages semblent surgir d'une science-fiction ensorcelante ou d'un espace sidéral plus éloigné encore. Francisco Sepulveda combine des formes anthropomorphiques avec d'étranges prothèses androïdes. Il joue aventureusement, en déterminant leurs engrenages, sur des rencontres insolites qu'il provoque, sur les réminiscences mnémoniques des mythes ancestraux aussi bien que sur les intuitions futuristes, mais toujours dans la réalité présente du bouillonnement des métamorphoses dont il ne livre pas totalement les arcanes : laisse la porte grande ouverte à de nombreuses interprétations. C'est aussi en jouant aventureusement sur les différences, les mondes variés et les inspirations plurielles qu'il brasse et libère, que FS invente et définit son code stylistique personnel, enrichi de tous les secrets dont il est dépositaire : ce style si spécifique, avec lequel il agence le matériel visuel qui règne à la surface.

... Francisco Sepulveda n'énonce pas explicitement les significations qu'il brasse mais nous donne à manier des jeux d'hypothèses comme autant de jeux de clefs susceptibles peut-être de les ouvrir. Il jongle avec les masques pour faire tourner les identités dans le maelström d'une puissante chorégraphie des clandestins.

Nous devons enfin prendre en compte la mémoire, dans la mesure où elle est un principe actif qui participe transversalement à toutes les opérations et étapes du travail. Il s'agit d'une double mémoire anthropologique et autobiographique. Cette mémoire n'est pas un simple instrument pour collectionner des souvenirs figés dans le passé, elle est plutôt un médium alimenté par l'inconscient, capable de faire revenir et de maintenir présente la puissance de ce qui, dans le passé, ne s'épuise pas. Ce qui ne s'épuise pas garde son potentiel et peut être pensé, imaginé, inventé à nouveau. Il en va de même des émotions : cette mémoire les tient suffisamment vivantes pour les faire entrer dans la matérialité de leur configuration plastique. On peut les revivre intensément chaque fois qu'on les éprouve autrement en tant que sensations esthétiques. Cette double mémoire médiumnique permet à FS d'accomplir un voyage à travers l'art des cultures humaines. Depuis les peintures rupestres et la grotte d'Altamira, il revient en passant par le profil de la ligne égyptienne, le contour de la ligne byzantine, l'art italien des fresques - on pense au Christ cerf-volant de Giotto -.... Puis, plus près de nous, aux abords du monde moderne, on peut deviner un voisinage avec les muralistes mexicains, le surréalisme, on peut discerner la figure tutélaire de Lam, sentir l'écho contemporain de l'art du graffiti et repérer les signes amicaux en direction de Combas et de la figuration libre - la toile "Geneviève et la nuit du Beaujolais en témoigne -. Bien sûr, le style très personnel de FS n'est pas mimétique : jamais de citation directe, jamais d'imitation. Cette mémoire médiumnique et créatrice intervient dans la vision du monde et de la peinture, mais, surtout, avec sa part d'inconscient, elle sert à cueillir des objets, sujets, motifs culturels et historiques, avec lesquels le peintre compose : masques aztèques ou mayas, dogons, chimères et autres figures mythologiques, indiens précolombiens pour leur faire découvrir la banquise, terres originelles insérées dans des paysages de fiction, étranges divinités païennes. Et c'est avec le versant autobiographique qu'il diffuse, par les nerfs graphiques glissant dans et sur la peinture, ce qu'il vit quotidiennement. Il y a là une extravagance lucide qui n'exclut pas les facéties espiègles d'un réel humour, ni une certaine distance critique, ni les ombres portées d'un certain sens du tragique. Il s'agit de capter, pour les faire transiter, des idées, des émotions, des sentiments, des sensations, et toutes ces choses qui font et sont une vie humaine.

Le travail polymorphe de Francisco Sepulveda - à la peinture s'ajoutent la gravure, les monotypes, la lithographie, la sculpture - est non seulement animé par un formidable et enthousiaste désir de créer, mais embrasé de part en part par la fulgurance d'une vision de feu, une vision vertigineuse du monde perçu et senti à travers le prisme cristallin d'un imaginaire créatif. Cet imaginaire, aussitôt en surimpression, emporte dans son vol lumineux le réel pour le transformer et l'affranchir du carcan routinier des logiques contraignantes, réalisant ainsi comme la grande reconquête esthétique du monde par des moyens plastiques.

C'est à travers ce prisme cristallin et dans cette tension de feu défiant l'espace et le temps que Francisco Sepulveda aux aguets, avec son esprit rationnel, sa sensibilité instinctive, son intelligence intuitive, donne au réel la chance de ne pas manquer d'imaginaire et à l'imaginaire celle de ne pas manquer de réel. Et c'est solidement et généreusement ancré sur le sol gravide d'une terre magnétique qu'il ajuste le réel aux mesures et démesures de ses visions, et la peinture à son horizon mobile.

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L’ogre joyeux

Par Pascal Amey

Francisco Sepulveda est un ogre, un ogre joyeux de surcroît, un ogre au rire tonitruant, à l'energie épicurienne... une espèce de géant vorace et insatiable ... qui dévore des univers, s'en repaît, pour mieux n'en modeler qu'un : le sien, unique, éclatant, fascinant.

Francisco Sepulveda est un ogre joyeux, joyeux parce que de son jardin des délices bondissent des animaux improbables, échappés de quelque jungle mystérieuse et foisonnante ou peut-être tout simplement d'une tapisserie populaire...

S'y promènent aussi des femmes, peu nombreuses mais coquettes, arrogantes, qui prêtent leur bouche rouge, insolentes au monde qui les regarde, et font tourner la tête des poètes ; elles babillent et gazouillent, apparence d'elles-mêmes... ; des personnages venus de quelques mythes lointains prennent la pose... et quelle pose! Un chat joue avec des fleurs, un caméléon se tord sur le rouge...

Sepulveda invente son monde de tous les mondes...

De ses voyages, il a rapporté des trésors d'esthétisme. De l'île de Pâques, il a conservé le goût des tatouages et des ornements corporels, de l'Afrique, il a rapporté les postures hiératiques et les figures allongées, graves, immuables, imperturbables; de ses promenades européennes, quelques inquiétudes sur le monde et le sens de la rencontre ; enfin, de son Chili natal et de l'Amérique toute entière, la magie du réalisme, sublimée par un imaginaire métissé.

L'héritage des peuples "premiers" hante l'univers de cet artiste urbain et entrer dans son espace pictural est une merveilleuse promenade. Non seulement l'univers de Sepulveda est pluriel mais les techniques (gravure, eau forte, peinture, sérigraphie etc...) et les supportes utilisés (toile, papier, bois etc...) le sont aussi, variés et différents ; leur association est saisissante et sert toujours habilement le propos. Les formes, enveloppantes, et les couleurs, particulières et inimitables, portent son regard et celui-ci peut parfois se révéler grave aussi.

Il convient donc de ne pas se fier à l'apparente facilité de l'esthétique parfois "urbaine, tribale, post-moderne et ethnique" de cet artiste mais bien de se laisser dévorer à son tour par la toile... car si Francisco Sepulveda est un ogre joyeux, il est avant tout un artiste, un visionnaire, qui livre au monde un message bien moins léger que ses couleurs éclatantes et une apparente facilité ne pourraient le laisser supposer.

Francisco Sepulveda est un ogre joyeux mais c'est surtout un magicien...

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Sepulveda, la palette des dieux !

Par Bernard Gouttenoire - Extrait

Chilien d'origine* (on le comprend tant son merveilleux accent hispanisant parle pour lui), Francisco Sepulveda est installé dans les pentes qui montent au quartier pittoresque de la Croix-Rousse (le Montmartre de Lyon, loin de l'insupportable fast-food de l'art qu'est la place du Tertre).

Sepulveda dispose d'un atelier qu'il partage à plusieurs, chacun son coin. Son antre -bas de plafond- lui permet de toucher le ciel et ce n'est pas sans envergure qu'il entend faire oeuvre, lui, le déraciné, cet arrière petit-fils croisé d'une indienne sulfureuse et de l'un des vaillants marins de Christophe Colomb. Sépulveda assume sa différence, la revendique, confirme ses origines et appartenances.

Il est déjà Sepulveda, sa peinture le dit !

… Des personnages étranges apparaissent à la toile ! Masques colorés pour invoquer les dieux ? Emblèmes tribaux ? Figures de proue des révoltes exprimées lors de successives colonisations ? Les faciès outranciers des personnages entrent dans une ronde sans fin, dans une danse rituelle qui relie les esprits et les humains. Les corps des personnages sont surmontés de têtes animales au point de penser que les femmes ont - un jour - accouché de monstres (croyant donner vie aux petits des dieux), fautant assurément avec les équidés et autres espèces reptiles. Les sorciers-nés de ces unions contre nature- ainsi immortalisés (tout comme les égyptiens représentaient  Anubis fièrement surmonté d'une tête de chacal) viendraient-ils aussi d'autres planètes ? N'est-ce pas au Pérou, à Nazca, que les extra-terrestres ont débarqué régulièrement, se fiant - pour atterrir-  aux traces immenses dessinées dans le désert ? Il y a dans la peinture de Sepulveda plein de choses troublantes qui parlent de ce que personne ne sait, à moins d'être initié !

En même temps, le peintre vit pleinement son temps. S'il conjure le ciel et l'enfer, il convie aussi les légendes ancestrales à prendre part à ce quotidien qui l'enchante.  Ainsi rien ne l'empêche de faire en sorte que les dieux chevauchent aujourd'hui des bicyclettes, rien ne l'empêche que ces êtres “hors normes” prennent à contre-sens les autoroutes de paradis artificiels convoités...

La peinture de Sepulveda est celle de quelqu'un qui sait parfaitement d'où il vient et où il va.

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Poissons roses et vieilles dentelles, télescopage des cultures

Par  Pierre Souchaud* - Extrait

Francisco Sepulveda a quitté le Chili et s'est établi à Lyon en 2004, au hasard d'un suivi amoureux. Il avait 27 ans. Ç'aurait pu être Berlin, Barcelone ou Limoges. Il ne parlait pas un mot de français et n'avait pas d'argent. Son seul bagage: un cœur pur, une pensée vierge, des années de pratique de la gravure et une luxuriance d'images plein la tête.

L'exubérance colorée de ce peintre latino-américain, admirateur de Wilfredo Lam, Matta, Segui, Murua, Zamora, allait-elle pouvoir être appréciée ? Et bien oui, semble-t-il. On aime l'ingénuité et la spontanéité de ce cheval fou (le terme est de son ami Mario Murua) s'ébrouant dans le magasin des vieilles convenances, ou bien explorant, le regard au ras des trottoirs de la ville, les inextricables pistes et réseaux de reconnaissance... comme un indien précolombien virevoltant dans la jungle urbaine, sur un skateboard qu'il a lui-même décoré.

On célèbre avec lui le retour d'une très roborative primitivité, d'une pureté originelle et mythique dans une civilisation de l'hyper sophistication technologique et intellectuelle. On l'accueille en résidence dans l'imprimerie Fot de Lyon, renommée pour la qualité de ses impressions et de sa ligne graphique. Il y fait de gigantesques totems et envahit les ateliers de ses fresques sauvages. Il y a bien assimilation, hybridation, et l'on pense ici à ce « cannibalisme » dont se réclamaient les artistes d'Amérique latine, il y a quelques décennies, lorsqu'il s'agissait pour eux d'absorber, digérer, recycler et transfigurer l'esthétique européenne qui leur était généreusement proposée comme modèle obligatoire.

*Pierre Souchaud est fondateur de la revue Artension



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