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Emanuelle Renard

Extraits de presse


 
Emanuelle Renard 


 
« Je ne pense pas les formes. Je les vois. De l’intérieur »

« Des toiles qui existent alors que j’ai l’impression qu’elles se sont faites sans moi » : 
telles sont les peintures que présente Emmanuelle Renard, l’une des plus instinctives artistes d’aujourd’hui. « Je ne pense pas les formes. Je les vois. De l’intérieur » dit-elle. Furieusement talentueuse, cette ancienne élève des arts décoratifs, à la Villa Arson de Nice, peint depuis vingt ans des silhouettes et des profils. Bêtes à cornes cambrées, figures masquées à l’arrêt, plantes déracinées, toutes sortes de figures abandonnées et inquiètes, qu’elle trace et badigeonne dans des tons subtils, sur des fonds usés, riches en matière, inspirés par l’allure des gravures sur cuivre (art dans lequel elle excelle par ailleurs). De la couleur, qu’elle fouaille à pleines mains, elle dit « je vais la chercher ». Quant au sujet de ses nouvelles œuvres, c’est au Népal qu’elle est allée les retrouver. Exotisme et mélancolie garantis. Vitalité aussi.

MUSEART No 101, 25 mars 2000, Paris

"Chère Emmanuelle, chacun de tes Namasté parle de l'abandon. Les circonvolutions virtuoses de ton pinceau, l'harmonie sensuelle de ta palette, la qualité vive de la matière que tu obtiens en la fouaillant à pleines mains, n'y changent rien. Tu définis des êtres dont la silhouette évoque les algues déracinées, parsemant les plages à marée basse. Les allumettes consumées. Le sillon des larmes. Les bêtes à cornes, échine tendue, pattes cambrées, destinées au sacrifice. Les enfants que les bouffons font aux reines. Chacun de tes dessins rappelle combien l'attente recroqueville.

Chère Emmanuelle, ce que j'aime dans tes nouvelles oeuvres, c'est la calme beauté de leur émouvante inquiétude."

Françoise Monnin, Extrait de la préface du catalogue de l'exposition "Namasté", Galerie Suzanne Tarasieve, Barbizon, Février 2000

… Gauguin éprouvait-il un sentiment très différent de celui qu’éprouvait les vrais peintres d’aujourd’hui quand, écoeuré par certaines dérives  naturalistes et post-impressionnistes, il y répondait en allant chercher dans les mythes collectifs maoris de quoi donner une force nouvelle à sa peinture, les mêlant à son mythe personnel et ordonnant le tout selon des structures simplificatrices et synthétiques?
 
Emmanuelle renard forge sous nos yeux son mythe créatif à partir de sa vie fécondée par la fréquentation de grands mythes. Par exemple ceux que racontent les métamorphoses d’Ovide. Orphée et Eurydice, Midas et ses oreilles d’âne, Daphné, Arachné, Adonis ou Pygmalion sont devenus quelques uns de ses compagnons de travail. Une pensée organisatrice se soumet à une direction mythifiante : ainsi l’expression plastique dépasse le simple feu formel – jeu qui, dans le cas d’Emmanuelle Renard, ne cesse jamais d’être d’une extrême séduction.

Deux thèmes dominent les travaux récents, que le peintre nomme respectivement la survie et la consolation. Survie : elle est notamment exprimée par la chèvre dressée sur les pattes arrières, qui tente avec un fol espoir d’atteindre une nourriture paraissant tout juste hors de sa portée. Il ne s’agit pas d’une allégorie de la situation du peintre, mais bien de la condition humaine dans son ensemble. Consolation : elle est illustrée par l’image de la mère et de l’enfant. Si l’on dit à Emmanuelle Renard que sa peinture a quelque chose de tragique, elle répond que peut-être, en effet, mais « pas forcément triste ». « Il y a toujours une possibilité de voir les choses autrement. Ce qui m’intéresse, c’est de créer l’éveil. J’ai envie de faire des propositions ouvertes …

  "Ce n’est pas seulement la peinture qui me fait peindre, c’est aussi tout le reste. La vie est difficile, c’est un combat."

De toutes ses forces, de toute sa rage tranquille, elle résiste à un certain laisser-aller ambiant, manifesté par la télévision ou le cinéma. Elle y fait face par sa contribution à la construction, envers et contre tout, d’un art de signification, sans lequel l’humain continuera à s’effacer, réduit à des empreintes et des traces de plus en plus ténues. Le sentiment de l’humain, qui avait nourri la peinture depuis qu’elle existe, n’a-t-il pas progressivement fait place, depuis quelques décennies, soit à un plasticisme outrancièrement théorisé, soit à divers narcissismes post ou pseudo expressionnistes, les uns et les autres cantonnés hors la peinture, révélateurs d’un profond malaise social?
 
La peinture d’Emmanuelle Renard échappe aux pauvres mythes fabriqués par la société industrielle. Elle renoue avec ceux venus du fond des âges, bien commun presque perdu de l’humanité, répertoire d’images qu’elle ne se donne nullement .pour tâche d’illustrer, mais qui forment dans sa conscience  une mémoire globale sein de laquelle elle puise librement telle ou telle forme appelée par le processus de sa création. Il y a, dans la peinture d’Emmanuelle Renard, un pouvoir mythifiant qui associe l’onirique au vécu quotidien. Pour que l’œuvre ait quelque poids, l’artiste sait qu’il faut que fusionnent en elle pensée plastique et pensée mythique :c’est ce qui s’opère ici et qui transcende les contradictions inhérentes à l’art – des « paradoxes » dit Emmanuelle qui a écrit le mot sur un mur de l’atelier. Son savoir-faire technique a déjà été beaucoup commenté, notamment sa manière de mêler les procédés ou, dans les travaux sur papier, de saturer d’huile les deux côtés de la feuille pour obtenir de superbes effets de transparence et de matière. Ce savoir-faire acquiert sa pleine signification en absorbant les paradoxes d’une pensée qui lui donne une âme. L’influx mythifiant, venu d’Ovide ou d’ailleurs, est développe par la capacité imageante exceptionnelle de l’artiste avec un naturel étonnant, qui communique au spectateur le sentiment de la beauté. « J’ai un principe de plaisir dans mon travail, indique l’artiste, mais mon but n’est certainement de satisfaire les autres. D’ailleurs, on ne peut jamais plaire à tout le monde.»

De certains peintres, on peut dire comme d’Emmanuelle Renard qu’intelligence et affectivité ne sont pas chez eux deux choses différentes, mais une seule, au principe même de leur œuvre. Il se trouve que ce sont les plus grands.

Jean-Luc Chalumeau, Rédacteur en chef  VERSO Arts et Lettres, No. 10, avril 1998, Paris

 … On ne s’approche pas d’une toile d’ Emmanuelle Renard sans prendre de risque. Il faut être prêt à abandonner la plupart des préjugés sur les principes de la discipline picturale. Il faut être prêt à admettre que le champ de vision qu’elle prédispose est un champ miné.

Il y a, aussi curieux que cela puisse paraître, une sorte d’archaïsme qui prédomine dans l’écriture d’Emmanuelle Renard. Qu’on ne se méprenne pas : ce peintre n’appartient pas à ce cénacle imposant de passionnés des arts primitifs, des arts provenant des âges reculés, des continents lointains ou des civilisations révolues. Mais quand elle trace le contour d’un animal ou d’un être humain ou d’une chose, elle lui attribue une insistante connotation « rupestre ». Sans avoir la nostalgie de l’aube de l’humanité et de se premières traces symboliques, elle adopte un mode d’expression qui en rappelle l’énigmatique dimension.

Sans jamais verser dans le merveilleux ou le monstrueux, notre peintre conçoit ses créations comme des grotesques d’un genre nouveau – à condition de l’envisager comme un imperceptible déplacement des codes de la représentation. Elle pousse son dessin jusqu’à l’exagération, jusqu’au paradoxe évident : l’archaïsme évident : l’archaïsme prononcé de son trait, de son style et même du caractère général de ses compositions n’a de sens et de poids qu’en relation avec la modernité de sa pensée esthétique. C’est au sein de cette tension croissante que peut émerger une vision libre de toutes attaches théoriques.

 La beauté qu’elle préconise est donc âpre, pour ne pas dire hasardeuse et quasiment hors de portée. Mais elle existe. Pour la conquérir, il n’est d’autre choix que de nous mettre à notre tour en quête de cette proie insaisissable qui est le ressort de l’invention artistique -, une proie qui bouleverse, une proie rebelle qui peut s’évanouir à jamais ou une proie sauvage qui sait blesser, une proie qui peut se révéler un leurre terrible, mais qui ne peut manquer de remettre en cause notre conscience et notre interprétation de l’univers.

Extrait de l’article « Le défi poétique d’Emmanuelle Renard », 
de Gérard-Georges Lemaire, VERSO Arts et Lettres, No.10, avril 1998, Paris
Pauvre bête : il a mal freiné et se paye une potiche de plein fouet.  Ailleurs, il a les quatre fers en l’air et prend son bain mal coincé dans un baquet bancal. Avec son corps efflanqué, ses pattes toutes fines et tordues comme celles d’un fauteuil Louis XV, le chien, dans les toiles d’ Emmanuelle Renard, vit toujours de drôles d’aventures. Mais il n’y a pas que des chiens : il y a aussi des escargots qui se montent et forment une pyramide, des béliers qui ressemblent à des … chiens, des chaises qui elles aussi d’ailleurs sont cagneuses, des vases qui plient les genoux et penchent comme des tours de Pise et d’autres formes qu’on ne sait pas toujours nommer tant elles font souvent penser à autre chose. Mais c’est normal : le monde de Renard est sens dessus dessous, tout bascule et tout flotte. Un monde proche du conte, du jeu, du paradoxe où, bien plus que tout aspect narratif, c’est surtout la déformation, la juxtaposition et le télescopage d’éléments qui donnent l’image, créent le sens et mettent bien en avant le travail de l’espace et, dans ces œuvres récentes, de la lumière

Emmanuelle Renard et le chien, de H.-F. Debailleux, Libération, 21 mars 1997, Paris
"Attentif entre mes quatre murs au progrès et à la dégradation d'une certaine clarté intérieure et hagarde", écrit Paul Claudel à propos d'un état d'âme solitaire, d'un état d'âme créateur. Cette acuité de l'attention, on la retrouve chez Emmanuelle Renard. Aux objets et aux êtres qui l'accompagnent quotidiennement et familièrement, elle reconnaît une existence mystérieuse. "C'est à travers le trait que je conduis quelque chose et au nom du plaisir" avoue l'artiste. Par moment, dans certaines toiles, on songe à l'intimisme des nabis, à leur goût pour les arabesques et pour l'état de grâce du quotidien. Impression fugace. L'intimisme est ici dépouillé, détourné, fabulé. Le contour qui marque les personnages est appuyé pour mieux souligner leur impossible ressemblance avec leur doublure réelle. Ils existent dans un temps et un espace arrangés pour eux seuls, sorte de revanche de leur redoutable insignifiance. La fragilité poétique de ses toiles se détache en silence du fond ocre, pour se cacher aussitôt dans des symboles inavoués, dans cette innocence lourde en passé.

Iléana Cornéa, Muséart, avril 95
Emmanuelle Renard peint les choses de sa vie, des fleurs, des personnages, puis des taureaux dont les silhouettes seules occupent l'espace. Peu de détails, quelques traits noirs, une ou deux masses constituent l'essentiel de son discours pictural. Les fonds riches, d'une belle technique, conservent une apparence discrète, modeste. Cette peinture, nullement abstractisée, se fixe pour but de suggérer, de proposer, autour du thème choisi, une base de réflexion et de poésie libre, libre de toutes les contraintes dont l'artiste a su se défaire. "Ma peinture (...) c'est d'abord : pour moi et grâce à tout", écrit-elle. Les terres et les ocres portent l'inspiration dans les déclinaisons chromatiques qui évoluent du rouge au jaune pour supporter et imposer l'ambiguïté de récits dont la dualité révèle tout à la fois la légèreté et la force, l'incertitude et le déterminé qui, ensemble, font qu'Emmanuelle Renard a sur le spectateur un réel pouvoir.

Patrick-Gilles Persin, l'Oeil, mars 1994
Il faut voir travailler Emmanuelle Renard dans son atelier : une suite d'allers et retours, de pauses pensives et de piétinements sur les dessins étalés au sol. Cette dans du fléchissement de la main et de l'interrogation du regard est une manière de capter, par une ligne du fusain ou une estompe de peinture bistre ou rousse, l'échine d'un chien, la tête d'un taureau ou des jeux de lumière sur le dallage d'une maison du Sud. Ce balancement du temps, ce rythme des émotions, semblent être la chair même de ses dessins. On y décèle le déclin de la lumière, l'irruption d'une forme que l'on peut prendre pour une tache, une corne... Un pied dehors, un autre dedans : les fables de Renard oscillent entre réalité et nostalgie, mythe et fragile instant de vie.

Laurent Boudier, Télérama, mai 1994

Voici une quinzaine de mois, je désignais cette artiste, aujourd'hui âgée de 30 ans, comme un peintre à suivre. Si sa première exposition dans la galerie m'avait séduit, la deuxième m'enthousiasme car la jeune femme y fait preuve d'un superbe métier voire d'une grande maîtrise. Et pourtant, dans ses beaux papiers, apparemment empesés, aux luisances de cuir et d'émail, comme dans ses grandes toiles, sur lesquelles miroitent de mystérieuses gouttelettes translucides, Renard ne traite que des thèmes prosaïques : écumoires empilées, verres à pied épars, végétaux, chandeliers, bouteilles ou colonnes de poubelles sans fonds, emboîtées et utilisées en maçonnerie pour évacuer les gravats. Mais elle sait faire oublier ces sujets. Elle leur apporte même une profonde empreinte poétique dans le cadre d'une composisiotn rigoureuse bien que souvent décentrée. Son travail de la matière subtil et très raffiné, sait s'effacer. Bien que très souvent obscures, ces oeuvres de pure peinture, curieusement, sont d'une lumière intense.

Marc Hérissé, La Gazette,  février 1993

Cette jeune peintre connaît bien l'Espagne, a montré des "toros" à l'oeil noir et expose en ce moment une suite de tableaux et de dessins où la pousse des cactus et les verres des "bodegas" se métamorphosent en lavis brun et en couleur - encore un peu timide dans son emploi. Un chant de souvenirs visuels et de force en germination.

Laurent Boudier, Télérama, février 1993


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