Galerie Fallet
 

GALERIE FALLET
 
Micheline Vorbe
5, Rue de la Tour-de-Boël
CH-1204 Geneva, Switzerland
 
Tel. +41 (0)22 311 42 43
Fax +41 (0)22 311 42 43
Mobile + 41 (0)79 219 10 76

 
E-mail contact
 
Opening Times:
Tuesday-Friday: 14.00 - 18.30
Saturday 12.00 - 17.00

and by appointment

Copyright © GALERIE FALLET

Guy Oberson

Textes et Articles de Presse
 
Guy Oberson
APRÈS UNE NUIT DE PLUIE 2 , 2008
huile sur toile
120 x 140cm

 

 

Texte de présentation pour l’exposition de Guy Oberson
à la galerie Polad-Hardouin - Paris 2009

Avec justesse, Oberson fait la distinction entre tête et portrait. C’est que le portrait, selon la définition du Grand Robert de la Langue Française, est « la représentation d’un ou plusieurs êtres humains individualisés. ». Le plus souvent mettant en scène le visage, le portrait reste, malgré tous les assauts de la modernité, conditionné par la nécessité de la ressemblance. Certes, cette ressemblance ici n’est que «  résiduelle », une trame sépare le « modèle » du spectateur. Néanmoins, les personnages sont reconnaissables ; Christian, Eric, sont des êtres humains, même si on ne les connaîtra probablement jamais.

Les têtes, faites à coups de brosse, surgissent d'une sorte de magma informe. Inachevées, détachées du corps, la bouche-orifice s’ouvrant vers le spectateur, elles font le deuil de leur prétendue spiritualité en matérialisant toute leur corporéité bestiale. Têtes ou mi-crânes ; ce n’est pas innocemment qu’on trouve dans cette séquence une œuvre qui se nomme Nature morte au masque et une autre Autopsie de notre incertitude. Mais, malgré (ou grâce à) cette fin éventuelle, annoncée, les têtes, se dressant dans une grimace pathétique, résistent. Néanmoins, portraits ou têtes, tous ces travaux gardent encore la présence humaine, aussi mince qu’elle soit, aussi inquiétante qu’elle puisse être.

C’est ailleurs, avec des paysages teintés d'un bleu froid qui défilent, qu’on se trouve face aux véritables visions d’absence. Les formes y sont proches de l’évanouisse- ment, dispersées ou recouvertes par des réseaux de dégoulinures. Des lambeaux, colorés ou non, flottent comme des tissus délavés et déchirés. La matière devient de plus en plus fluide et les éléments figuratifs de plus en plus légers, jusqu’à la transparence
. Des éléments figurés voisinent avec d’autre, indéterminés, les rochers semblent des nuages et les arbres des brumes. Images d'une nature vidée de toute figure humaine ou encore des représentations urbaines, bâtiments à moitié effondrés. Rien n’est nommé, situé, raconté dans ces visions en marge, aux chemins qui mènent au-delà de nulle part.

Itzhak Goldberg
Février 2009

Itzhak Goldberg est critique d’art et journaliste pour « Beaux Arts magazine »

***

 

GUY OBERSON

Virtuose de la pierre noire, cet artiste suisse composait jusqu’à présent des portraits impressionnants où la  figure humaine s’inscrivait dans une géographie graphique des émotions. Son travail récent l’a « naturellement » conduit à explorer le paysage. C’est précisément en jetant su le  papier, à coup de zébrures et griffures, des terres désertes et meurtries qu’il parvient à convoquer la présence de l’Homme. Un travail peut-être nourri d’une profonde réflexion sur son impact parfois néfaste sur la planète. Dans des  huiles sur toile magnifiques, Guy Oberson, avec beaucoup de pudeur, évoque aussi une planète où flotte l’absence : rendue à elle-même, après un Tchnernobyl généralisé ? A voir jusqu’au 6 juin.

VERNISSAGE magazine – no mai-juin 2009
Texte de Molly Mine

***

 

L’autre côté du miroir : portraits et paysages de Guy Oberson

Dieu créa les nuits qui engendrent
les rêves, et les formes des miroirs
pour que l’homme sente qu’il est reflet lui-même
et vanité. Aussi en sommes-nous alarmés.

Jorge Luis Borges

L’univers pictural des œuvres à la pierre noire de Guy Oberson est ambigu et incertain. Ses paysages intemporels dévoilent une nature en devenir, d’une force extraordinaire, de la dévastation à la renaissance. Ils se déclinent en divers morceaux de nature, pour certains, monumentaux : ainsi le panorama dévasté de Tchernobyl, les Alpes impérieuses ou encore la danse noire d’un cours d’eau déchaîné. Tous frappent par un dynamisme destructeur qu’accentuent la noirceur du trait, la blancheur de la lumière, et toujours, ces stries verticales qui balaient les toiles engendrant un écran à travers lequel l’œil fasciné doit se frayer un chemin. A tant les regarder, ces paysages se dématérialisent pour évoquer des correspondances spirituelles, des espaces intérieurs, comme si nos peurs ou nos aspirations s’y  retrouvaient parfaitement exprimées.
 
Face à ces visions d’une nature dramatisée, la pierre noire sert aussi à la réalisation de portraits de grandes dimensions qui nous happent dans une spirale imparable, de la déchirure intérieure au renoncement. Une fois encore, le spectateur est frappé par le filet de lignes qui trouble sa perception des visages à tel point que, plus il s’en rapproche, plus les faces se noient et les contours se perdent jusqu’à ce que, sous ses yeux, le portrait se désincarne pour devenir un paysage imaginaire modelé d’une sombre lumière.
L’effet des stries diluant le portrait rappelle également l’expérience spéculaire qui déforme les images en renvoyant un reflet décalé de la réalité, comme si, dans ces tableaux, les modèles révélaient à eux-mêmes et au monde, une autre facette de leur être. Le rideau d’opacité s’entrouvre ainsi sur l’autre côté du miroir. Il nous relie, l’espace d’un tableau, au portraituré qui, les yeux baissés ou levés vers le ciel, ne répond que rarement à notre regard, tant il semble absent à lui-même. Son attitude évoque autant l’inertie du renoncement qu’elle trahit une présence intérieure, forte et cachée, qui l’habite.

Le portrait comme le paysage sont, par conséquent, chez Guy Oberson, le fruit d’une même intention artistique qui se concentre autour de la perception de la réalité et de sa traduction en peinture ou en dessin. Si le réel est bien le point de départ de son travail, l’artiste l’appréhende tout d’abord par le biais de la photographie. La plupart de ses œuvres ont comme point de départ une photographie qui fonctionne comme un premier filtre de la réalité. A partir de tirages choisis, l’artiste réalise ensuite ses œuvres qui interprètent les clichés par le prisme du dessin ou de la peinture. Ce passage par la photographie influence, entre autres, les modalités formelles de l’image, comme par exemple, le cadrage, souvent serré, qui ne laisse aucune échappatoire au regard qui s’engage. Ainsi les visages et les paysages représentés apparaissent comme des fragments qui nous plongent au milieu du réel.
Non seulement l’artiste utilise différents niveaux de réalité dans l’élaboration de ses œuvres mais il les transmet aussi intensément au public qui, face à ses tableaux, est confronté à différentes strates de matière picturale évoquant une réalité pluridimensionnelle. S’y mêlent le sujet de la toile, la présence physique de l’artiste – par le biais des traces laissées par ses ongles dans le papier (marouflé sur toile) comme par le réseau de coulures ou de striures – ainsi que les choix chromatiques et les possibilités expressives qu’offrent aussi bien la pierre noire que l’huile. Cette perception visuelle renouvelée et enrichie peut, dans un premier temps, dérouter, mais très vite, le spectateur est saisi par l’intensité de l’échange qui s’installe entre lui et la toile.

Depuis quelques mois, l’artiste peint des œuvres à l’huile, un retour aux sources pour Guy Oberson qui reprend une technique abandonnée il y a quelques années. Ces retrouvailles passent par une remise en question et une confrontation avec son développement artistique réalisé au travers de la pierre noire. Le résultat est saisissant. Une fois encore paysages et portraits se déclinent en dialogue. Le ton général des natures à l’huile est mélancolique à l’instar d’un jour de pluie ou d’une ambiance crépusculaire. Quant à la technique, on remarque qu’aux stries offensives de la pierre noire succèdent des lignes et des coulures à l’huile qui labourent plus sereinement la toile lui conférant le voile nébuleux d’un autre temps.

« Morsures de lumière », l’exposition évoque et appelle les contraires et l’équivoque. Elle nous invite à découvrir les facettes doubles de l’art de Guy Oberson : l’huile et la pierre noire, la couleur et le monochrome, le paysage et le portrait, l’ombre et la lumière, le cri et le silence. Ces aspects d’une même œuvre ne sont jamais vraiment séparés mais fonctionnent ensemble, se font écho, renvoient l’un à l’autre et invitent ainsi à la mise en parallèle des techniques, des sujets et des sens.
Le fil rouge des paysages comme des portraits est une énigmatique métamorphose: du jour à la nuit, de la pluie au beau temps, de la ville à la nature, ou dans le registre du portrait, de la retenue à la révélation. L’artiste tient nos sens en éveil et dévoile, par ses réalités évanescentes, la magie si fragile de l’instant.

Caroline Schuster Cordone /  Fribourg, mars 2009
Caroline Schuster Cordone, historienne de l’art, conservatrice au Musée d’art et d’histoire de Fribourg. Publication récente:  « Le crépuscule du corps » aux éditions Infolio.

 

***

 

A la Galerie Fallet
Guy Oberson « A fleur d’âme »

Les œuvres récentes de cet artiste suisse qui vit et travaille dans le canton de Fribourg appartiennent aux genres du portrait et de la nature morte. Guy Oberson insuffle à ces représentations traditionnelles une puissance et une modernité qui les transfigure. Fleurs ou personnages semblent se soustraire aux lois et principes du dessin pour se reconstruire une identité nouvelle.

D’abord il y a le cadrage des sujets. Des plans rapprochés serrant au plus près la figure et qui conduisent l’oeil immédiatement dans l’intimité d’un corps. Très différent du regard porté de loin, celui qui affleure la surface engendre des sentiments déroutants où se mêlent la perception du sujet et l’acte même de la création. En d’autres termes, cet angle de vision porte à considérer non seulement le détail d’un corps ou d’un organisme, mais aussi les conditions d’apparition d’une image. « Que fait celui qui regarde de près et quelle récompense imprévue cherche-t-il ? » souligne Daniel Arasse dans son essai intitulé Le Détail, Pour une histoire rapprochée de la peinture. Pertinent questionnement qui débouche sur une série de mises en garde, mais aussi sur la réhabilitation, voire l’éloge, du détail qui « fait image », l’auteur évoque même une « fête de l’œil », formule éloquente que je n’hésite pas à retranscrire.

Il est donc question de rapprochement dans les œuvres de Guy Oberson et les grands formats adoptés par l’artiste mettent clairement en évidence ce phénomène. Toute la vision du spectateur se focalise sur les seuls deux plans en présence : la figure et le fond, l’un et l’autre offrant de surcroît un dévoilement de leur intimité, que l’on ose qualifier d’obscène dans le sens où l’on se trouve confronté à quelque chose relevant du découpage, de la mise à nu et de la dislocation. Je pense ici à Courbet et à son «Origine du monde» qui dans sa frontalité vertigineuse pose le même problème à la vision, celui de la naissance des Hommes et du même coup témoigne métaphoriquement de l’action physique du peintre sur la matière et sur son ouvrage, autre forme de naissance. Cette vision de près a quelque chose de sidérant et d’insoutenable, car il s’agit de pénétrer dans la matérialité de la création, bref de s’aventurer dans une zone jouxtant l’informe c’est-à-dire le néant.

La saisie de ce moment de la vision s’apparente à l’instantané photographique. Entre capture et coupure, la forme d’un espace-temps apparaît sous le geste technique de Guy Oberson. Ses outils : pierre noire, fusain, craie impriment une trace sur le papier, telle la lumière sur la pellicule photosensible. Les valeurs de noir et de blanc construisent l’image, ses reliefs, sa profondeur, son éclairage entre jour et nuit. L’auteur parle aussi de « dessin incrusté », comme s’il s’agissait d’incision ou de sculpture, et effectivement dans ses œuvres, la main travaille directement le médium, l’étale, l’incruste, l’accumule, le gomme, le modèle, pour révéler non pas un contour mais une présence. Alors une fois dégagés de leur gangue informelle, fleurs et visages s’illuminent déployant une formidable énergie vitale.

Françoise-Hélène Brou, Scènes Magazine
Genève, octobre 2007

***

De vertiges intimes en douceurs sans pudeur
De  traits arrachés en noirs écartelés
De la fascination à l’obsession
Sentir l’ombre de la déchirure, de la sanguine à la pierre
Transpirer la vie, introspecter nos conditions humaines
Dans un tourbillon d’âme et de force.
Portrait ou végétal, c’est fulgurant, arraché, crié, caressé
La douleur empoignant la douceur
Sobre silencieuse immobile.
Guy Oberson s’acharne, appuie, éclaire à l’ombre de ses doutes
Transcende, immatérialise, pénètre
C’est intime, c’est intense comme une danse
Les corps frémissent, se cachent leur visage

Saisir l’inarrachable, dissoudre l’inutile
Les ongles brûlent sur le papier, la craie tisse la trame du suaire
Il reste ce goût de fer et de défaire
Etouffant convergeant évident.
Où sommes-nous dans cette puissance si terrestre 
Dans ce trait libre, figé dans son mouvement ?

Corps à corps intime et étranger
Ingurgité, recraché
Suggéré, inspiré, projeté, échoué
Les oeuvres d’Oberson
repoussent le réel jusqu’à l’identité.

                                                            Claire Raffenne, Historienne de l’art
                                                                  Genève, juillet 2007

***

Au premier regard sur ces portraits, il se peut fort bien que vous deviez baisser un instant les yeux pour reprendre votre souffle. Il y a dans les œuvres de Guy Oberson une puissance qui demande au moins une respiration pour être assimilée.

Les yeux des portraits, au contraire, même s’ils semblent parfois crevés de tous ces traits tracés à la pierre noire, ces regards  entrent en vous sans pudeur ; ils vous pénètrent, vous prennent au piège, vous immobilisent. Ce n’est qu’après ce souffle au cœur, quand la raison qui vous a brièvement quittée vous revient et que vous êtes en mesure de comprendre le vertige qui vous a saisi que les mots se pressent à nouveau dans votre tête. Mais les mots n’expliqueront rien ; ils ne feront que vous confronter à une liste d’affirmations qui se contredisent elles-mêmes : ces yeux martyrisés qui ne vous fixent même pas, vous les sentez pourtant encore vous brûler à l’intérieur. Ces visages dessinés et redessinés à grands traits jusqu’à l’obsession, griffés par les doigts du peintre, ces portraits dont les traits s’effondrent sur eux-mêmes pour converger, à l’endroit où devrait se trouver la bouche, vers un noir profond, ces figures effondrées vous donnent pourtant un sentiment de vitalité cannibale.
Même si la lumière provient de l’arrière-fond, éclaire les modèles à contre-jour, toute la luminosité des œuvres vient cependant de leur centre, là ou le trait à la pierre noire est le plus lourd, le plus épais, le plus appuyé, là où brillent un regard jubilatoire et des dents carnassières.

Alors, vous hésitez à comprendre : ces portraits sont-ils le reflet d’une souffrance ou d’une jubilation intense ? Représentent-ils réellement des personnes, ou voyez-vous plutôt, dans ces clairs-obscurs rayés et griffés de longs traits verticaux, quelque chose comme l’univers de leur créateur ? Ce doit être cela : en effet, ni dans ses portraits en contours, ni dans ceux en volume, Guy Oberson ne cherche réellement à retranscrire la réalité : les portraits en contours (série des petits formats 40x50 cm) sont des prises de notes émotionnelles qui traduisent de façon directe et nerveuse une observation brève (1). S’il y a traduction, il y a interprétation de la réalité, et donc vous contemplez un dessin qui ne montre pas la réalité mais le reflet intérieur de celle-ci.

Quant aux grands portraits en volume, ces portraits qui, bien que solidement cloués contre le mur, semblent vous épingler, vous, lorsque vous les regardez, ces visages dessinés en volumes, en creux, en ombres, en traits cicatriciels, en marque de griffes et d’ongles, ils échappent eux aussi à la matérialité des modèles ; ils les transcendent, se révoltent et se cabrent jusqu’à ne plus montrer que la réalité de l’artiste, à travers des traits jaillis tout droit de son univers intime et intense, alors même qu’une personne réelle leur a servi de squelette plutôt que de modèle.

Regardez le visage d’un inconnu dans la rue : vous lui reconnaîtrez une réalité parce que ce visage est mobile, nerveux, vivace. Les visages immobiles et inexpressifs disparaissent de votre souvenir à peine rencontré. Les portraits de Guy Oberson, même s’ils ne traduisent pas la réalité des traits de leurs modèles, puisque l’artiste cherche justement à éviter le piège de cette réalité, ces portraits sont plus profondément réels que s’ils cherchaient simplement à retranscrire l’extérieur. Peut-être parce qu’ils sont mobiles et vivaces ; sûrement parce que ce qu’ils montrent, c’est l’âme de leur créateur, et la vôtre.

1) Les citations en italique sont de l’artiste

Nicolas Couchepin ,février 2006

Nicolas Couchepin, écrivain, auteur de trois romans (Ed. Zoé), d’un essai sur l’adolescence difficile
(Ed. de l’Hèbe) et de plusieurs pièces de théâtre (Ed. Bernard Campiche, cahiers SSA)

***

La puissance du trait ou l’art de redonner vie.

La Galerie Selz de Perrefitte accueille actuellement Guy Oberson, artiste fribourgeois, dont les œuvres sauront redonner à votre regard toute son émotion si celui-ci en était quelque peu dépourvu.

Dans le cas contraire, vous devrez regarder les dessins d’Oberson avec prudence afin de ne pas être trop rapidement submergé par la force qu’ils dégagent.

Composée principalement de portraits à la pierre noire et à la sanguine, cette exposition par le traitement très expressif, dynamique des corps, dégage une puissance infinie. L’artiste décrit son travail comme « des prises de notes émotionnelles qui traduisent de façon directe et nerveuse une observation brève ». Le côté émotionnel est sans conteste très fort et il se dégage de ces portraits corporels un questionnement instantané sur notre vie terrestre.

Les yeux martyrisés qui sont les centres de force de ces portraits et les
corps torturés de ces humains couchés sur le papier emmènent le spectateur dans une introspection personnelle de sa condition humaine. L’artiste l’y aide d’autant plus qu’il transcrit dans ses œuvres uniquement l’essentiel, reléguant le superflu à d’autres destinées. L’autre aspect très fort de cette exposition résulte du fait que toutes les œuvres transpirent la vie et pour peu que l’on s’attarde quelques instants dans la galerie, il est presque possible d’entendre des cris émanant de chaque dessin. Le spectateur peut alors être pris dans un tourbillon de paroles intérieures qui le transporteront inévitablement dans un monde parallèle.

La Galerie Selz, une fois encore nous surprend avec une exposition de très grande qualité et comme le souligne Béat Selz, c’est un peu grâce à l’exposition d’un artiste réputé comme Rolf Blaser, qu’une vague de créateurs s’intéressent maintenant à venir présenter leur travail à Perrefitte. C’est évidemment une très grande chance pour notre région de pouvoir accéder à une si grande qualité culturelle. (jhe).

Journal du Jura, 23 juin 2006 – Page16 Culture
PERREFITTE – Exposition de Guy Oberson

***

Corps magnétiques

Sa fascination pour le corps humain tournerait presque à l’obsession. Guy Oberson le pose en effet au centre de sa quête artistique, Plus qu’une image, ce sont les émotions que le peintre fribourgeois s’attache à déceler. Et pour éviter que différentes énergies ne s’affrontent, Oberson se focalise tantôt sur les visages, tantôt sur le tronc, sans jamais les aborder sur un même tableau. Gravés à la pointe sèche, tracés au fusain ou peints à l’huile, on ne sait dire toujours si ces corps volontairement tronqués se recroquevillent ou se déploient. Reste un magnétisme saisissant, lorsque les muscles se contractent et mettent sous tension chaque centimètre carré de peau. Le mouvement figé révèle alors une attitude : timidité maladive, peur paralysante, fausse pudeur ou franche sensualité. Dans ses plus anciens travaux, Oberson faisait surgir le corps du monde végétal. De ce lien originel subsiste l’attrait pour la verticalité. Quelques Feuillages sur tige complètent donc l’accrochage. Aux teintes sourdes de premières feuilles épaisses répondent les corolles coquelicots et blanches inscrites sous-verre et reprises en transparence sur un fond passé à la pierre noire.

Valérie Maire, 24 Heures, févier 2004

 ***

Guy Oberson et René Moser, Vertiges et secrets intimes

Le peintre fribourgeois explore le portrait et le rapport au végétal, alors que le sculpteur schaffhousois montre ses reliquaires aux formes acérées. A voir à la Galerie Hofstetter.

Double exposition à l’Atelier-Galerie J.-J. Hofstetter : aux murs, les travaux de Guy Oberson, peintre fribourgeois qui expose une trentaine de toiles et de dessins, témoins d’un travail intense sur le thème du corps et du portrait. Au milieu, disposées sur des tréteaux ou à même le sol, les sculptures de « chambre » de René Moser, un artiste schaffhousois qui présente quelques-uns de ses intrigants reliquaires d’acier, versant intime des créations monumentales qui ornent plusieurs places publiques de Suisse.
A priori, les œuvres des deux artistes ne dialoguent pas vraiment dans l’espace restreint de la galerie. Le trait libre, nerveux, réitératif, de Guy Oberson, ses noirs profonds, saturés, brouillés çà et là d’une coulée rouge de sang ou ponctués d’abeilles (mortes qu’on se rassure), engluées entre papier et sous-verre, contrastent violemment avec les pièces ascétiques de René Moser, dont la rigueur tranchante commence par intimider avant de fasciner par les mystères qu’elles recèlent.

VIBRATIONS COMMUNES
Pourtant au-delà des différences formelles, on perçoit chez l’un et l’autre comme une vibration, intense, profonde : vertigineuse, charnelle, violente, chez le peintre ; secrète, intime, métaphysique chez le sculpteur.
René Moser a toujours été fasciné par les reliquaires. Parce qu’il représente ce double mouvement jamais résolu, entre ouverture et fermeture, entre visible et invisible, entre protection et enfermement. Au cœur de ces boîtes anguleuses et massives, faites de plaques de tôle polie minutieusement assemblées, se nichent des choses toutes simples, une pierre, un bout de bois écorné, un fragment de métal usé. « Des graines qui ne demandent qu’à germer », dit le sculpteur, des fragments de vie modestes et émouvants.

RETOUR A LA FIGURATION
La démarche de Guy Oberson est tout autre : voilà plusieurs années qu’il a entamé un processus de réappropriation du réel, après un long passage dans l’abstraction. Retour au corps, donc, au visage (auto) portraituré jusqu’à l’épuisement du trait. Retour à l’énergie féconde de l’être humain, à la vie en grandeur nature (imposants formats d’œuvres), à une sensualité inquiète qui irradie muscles et chairs inlassablement redessinés – triptyque de torses fuyant la  lumière – et qui plonge jusqu’au cœur du monde végétal – fleurs géantes rouges ou blanches, charnelles.
« Dessiner n’est ni courageux, ni paresseux.  C’est une posture, esthétique », écrit Jacques Sterchi dans l’élégante publication qui accompagne l’accrochage de Guy Oberson.  Cette posture, exigeante, le peintre l‘a faite sienne, au service d’une œuvre forte, séduisante, bouleversante parfois, lorsqu’elle s’approche au plus près de la fragilité humaine, derrière la peau du portrait, marqué jusqu’à l’âme par la griffe du charbon.

Eric Steiner, La Liberté, septembre 2004

***

Des portraits de Guy Oberson
ou « Arracher la figure au figuratif » (Deleuze)

L’accueil est sympathique, les manières de l’homme sont d’une grande douceur. Mais les modèles qui ont eu l’imprudence de s’asseoir dans son atelier sont tous portés disparus. Vous ne reconnaîtrez pas les corps. C’est pour ça qu’il préfère peindre d’après photos. Petite précaution d’assassin.

Je sais comment sa main tient la craie. Quand dans le secret de l’atelier il lacère, déchire, suit le sillon d’une ride, cette esquisse qui indique la voie au scalpel, couper ici, creuser, creuser jusqu’à toucher l’os, et gratter encore, sortir la matière, accumuler les couches… Sombre miracle des traits qui se superposent en orifices, en percées, quand l’artiste pèse contre le corps, contre la chair qu’il fouille. Son couteau de nuit taille en éclairs.

Ouvrir la peau – mais coudre la bouche, attentivement coudre la bouche, la sceller en points serrés, et crever les yeux, bien sûr. Saisir l’essentiel, la voix sans les mots, saisir le tremblement étouffé des cordes vocales, et dévoiler le regard qui brûle loin derrière l’iris, derrière la pupille. Arracher le reste, arracher l’inutile et puis laver, laver encore, délaver jusqu’à dissoudre. Craie noire, chaux vive.

Lui y laisse des ongles, brûlés par le papier, et beaucoup de soi. Il se recule souvent, pour échapper à l’œuvre en fusion, mais en vain : les portraits qu’il trace sont toujours un peu ceux de son propre visage. L’autre y perd son être.

Reste un goût de fer, peut-être, dans la bouche du peintre. Rien de volontaire ou de recherché, juste une conséquence. Et reste la trace, sa main. Dans l’épaisseur du papier, elle a creusé des profondeurs de tombeau – mais la trame du suaire palpite, habitée, la trame vibre. Car ce n’est pas une empreinte qui s’est posée là. C’est le frémissement d’un corps. La beauté, la douleur, la fureur, l’étonnante douceur, parfois, d’une présence.

Il faut que le démiurge soit meurtrier, pour nous livrer ainsi l’électricité de la vie.
                                                                                               

Pascal Janovjak, 2004
Pascal Janovjak, écrivain et critique, réside actuellement à Ramallah où il se consacre à l’écriture d’un roman. Il a publié aux Editions Samizdat un premier recueil de poèmes en prose intitulé «Coléoptères»

***

Texte de présentation lors du vernissage de l'exposition au Château d'Avenches septembre 2001

Représenter le corps, et notamment le peindre, a été et reste l'une des activités principales voire obsessionnelles des artistes. Je crois qu'il s'agit avant tout d'un effet de miroir. C'est à dire, de la part du peintre, de dire quelque chose de lui-même à travers le portrait de corps plus ou moins anonymes.

Guy Oberson mène une quête. Il nous adresse depuis longtemps des signes.

D'abord ce furent des feuilles, des tiges, de la rouille, de la pierre, ces choses et ces matières et ces couleurs qu'il observait. Avec lesquelles il cherchait avidement à se détacher, c'est à dire à se placer ailleurs. C'est le propre de tout individu conscient de l'être que de vouloir ce détachement. Mais en le signalant à partir de signes reconnaissables, identifiables. Pour dire: voilà d'où je viens, et comment je vais.

Maintenant, Guy Oberson poursuit sa quête, via le geste abstrait, au travers des corps. Ou peut-être du corps. Parce que lorsque l'on traite du corps en peinture, l'on n'est jamais vraiment certain de la part intime du peintre et de celle, cérébrale, du corps de l'autre, des autres.

La peinture a cette terrible puissance de fascination, de focalisation.

Léonard de Vinci l'avait compris, lui qui écrivait ceci: "Inscris quelque part le nom de Dieu et mets en regard son image, tu verras ce qui sera l'objet d'une plus grande révérence.
Alors que la peinture embrasse toutes les formes de la nature, vous n'avez que des mots, point universels comme les formes. Vous avez les effets des manifestations, nous avons les manifestations des effets.

C'est dire si peindre est faire une expérience. Celle de la compréhension du corps pour en extraire, en abstraire quelque chose. On sait très bien, et après tout il n'y a qu'à regarder pour le voir, que l'image, le pictural, relèvent du spectral. Ni la vie tout à fait, ni la mort tout à fait. Une survivance. Et de ces cendres renaît quelque chose.

Sans doute une énergie

Sans doute un effort pour capter dans la cendre un peu de feu, une braise, bref quelque chose qui permette, avec Nietzsche, d'affirmer que la mort n'est pas opposée à la vie, que rien n'est aussi duel, simple, schématique.

Cette "soudure incertaine", pour citer Claudel, Guy Oberson la malaxe, la taille, l'expérimente, la trace, la renouvelle de plus en plus près. Il faut, pour un peintre, aller de plus en plus "au charbon" du corps,, du geste, de la matière, de l'espace et des cendres, pour capter ce qui fait, finalement, que le corps, notre corps, a bel et bien une présence.

Non pas une image, mais une présence, une énergie. Ce qui continue à le rendre énigmatique, incertain, spectral. L'artiste est un inventeur de lieux. C'est à dire qu'il façonne et donne chair à des espaces improbables, à quelque chose d'impensable.

Le corps par Guy Oberson est un corps agité, énergétique et pourtant bizarrement figé, comme sous la cendre, sorti du feu.

Le corps ici est un faisceau d'énergies, parfois fragments, silhouettes, mais de plus en plus – parce que la quête de l'artiste continue – un réseau de scarifications, de blessures peut-être, d'énergies donc de désirs sûrement. Une agtitation qui prend de la chaleur, dans le jaune, et qui pourtant avoue toujours sortir de la cendre encore chaude des gris que l'artiste utilise.

C'est donc l'histoire du corps en peinture qui continue, ici, sous nos yeux.
C'est sans doute l'histoire du corps du peintre qui s'inscrit peu à peu.
C'est assurément une peinture en processus, en mouvement.

Je dirai pour conclure que la manière qu'a Guy Oberson de peindre maîtrise bien la dualité de tout art. A savoir le temps qui passe et l'événement nécessaire, c'est à dire la production d'un objet.

Cette phrase du critique d'art Georges Didi-Hubermann pourrait résumer la plénitude que commence véritablement à atteindre sa démarche picturale:

"Le pouvoir de l'air (son coloris, sa poussière, sa diaphanéité) ne va jamais sans l'événement (rai, tache, blessure) qui le déchire. Le pouvoir du temps (sa patience, son attente, son désir) ne va jamais sans l'événement (scansion, coup, chute) qui le déchire"

Je crois que la déchirure est au centre du travail de Guy Oberson, à la recherche magnifiquement incarnée dans la couleur et la matière, la recherche du temps et de l'espace à travers le corps.

Jacques Sterchi *
*Jacques Sterchi est écrivain et journaliste, il est responsable
du magazine culturel du  journal "La Liberté" à Fribourg

 


 

CATALOGUE
 
BIOGRAPHIE
 
HOME