Galerie Fallet
 

GALERIE FALLET
 
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Guy Oberson

Textes et Articles de Presse
 
Guy Oberson
Caravage, 2007
pierre noire sur papier marouflé
140 x 120 cm

 

 

De vertiges intimes en douceurs sans pudeur
De  traits arrachés en noirs écartelés
De la fascination à l’obsession
Sentir l’ombre de la déchirure, de la sanguine à la pierre
Transpirer la vie, introspecter nos conditions humaines
Dans un tourbillon d’âme et de force.
Portrait ou végétal, c’est fulgurant, arraché, crié, caressé
La douleur empoignant la douceur
Sobre silencieuse immobile.
Guy Oberson s’acharne, appuie, éclaire à l’ombre de ses doutes
Transcende, immatérialise, pénètre
C’est intime, c’est intense comme une danse
Les corps frémissent, se cachent leur visage

Saisir l’inarrachable, dissoudre l’inutile
Les ongles brûlent sur le papier, la craie tisse la trame du suaire
Il reste ce goût de fer et de défaire
Etouffant convergeant évident.
Où sommes-nous dans cette puissance si terrestre 
Dans ce trait libre, figé dans son mouvement ?

Corps à corps intime et étranger
Ingurgité, recraché
Suggéré, inspiré, projeté, échoué
Les oeuvres d’Oberson
repoussent le réel jusqu’à l’identité.

                                                            Claire Raffenne, Historienne de l’art
                                                                  Genève, juillet 2007

***

Au premier regard sur ces portraits, il se peut fort bien que vous deviez baisser un instant les yeux pour reprendre votre souffle. Il y a dans les œuvres de Guy Oberson une puissance qui demande au moins une respiration pour être assimilée.

Les yeux des portraits, au contraire, même s’ils semblent parfois crevés de tous ces traits tracés à la pierre noire, ces regards  entrent en vous sans pudeur ; ils vous pénètrent, vous prennent au piège, vous immobilisent. Ce n’est qu’après ce souffle au cœur, quand la raison qui vous a brièvement quittée vous revient et que vous êtes en mesure de comprendre le vertige qui vous a saisi que les mots se pressent à nouveau dans votre tête. Mais les mots n’expliqueront rien ; ils ne feront que vous confronter à une liste d’affirmations qui se contredisent elles-mêmes : ces yeux martyrisés qui ne vous fixent même pas, vous les sentez pourtant encore vous brûler à l’intérieur. Ces visages dessinés et redessinés à grands traits jusqu’à l’obsession, griffés par les doigts du peintre, ces portraits dont les traits s’effondrent sur eux-mêmes pour converger, à l’endroit où devrait se trouver la bouche, vers un noir profond, ces figures effondrées vous donnent pourtant un sentiment de vitalité cannibale.
Même si la lumière provient de l’arrière-fond, éclaire les modèles à contre-jour, toute la luminosité des œuvres vient cependant de leur centre, là ou le trait à la pierre noire est le plus lourd, le plus épais, le plus appuyé, là où brillent un regard jubilatoire et des dents carnassières.

Alors, vous hésitez à comprendre : ces portraits sont-ils le reflet d’une souffrance ou d’une jubilation intense ? Représentent-ils réellement des personnes, ou voyez-vous plutôt, dans ces clairs-obscurs rayés et griffés de longs traits verticaux, quelque chose comme l’univers de leur créateur ? Ce doit être cela : en effet, ni dans ses portraits en contours, ni dans ceux en volume, Guy Oberson ne cherche réellement à retranscrire la réalité : les portraits en contours (série des petits formats 40x50 cm) sont des prises de notes émotionnelles qui traduisent de façon directe et nerveuse une observation brève (1). S’il y a traduction, il y a interprétation de la réalité, et donc vous contemplez un dessin qui ne montre pas la réalité mais le reflet intérieur de celle-ci.

Quant aux grands portraits en volume, ces portraits qui, bien que solidement cloués contre le mur, semblent vous épingler, vous, lorsque vous les regardez, ces visages dessinés en volumes, en creux, en ombres, en traits cicatriciels, en marque de griffes et d’ongles, ils échappent eux aussi à la matérialité des modèles ; ils les transcendent, se révoltent et se cabrent jusqu’à ne plus montrer que la réalité de l’artiste, à travers des traits jaillis tout droit de son univers intime et intense, alors même qu’une personne réelle leur a servi de squelette plutôt que de modèle.

Regardez le visage d’un inconnu dans la rue : vous lui reconnaîtrez une réalité parce que ce visage est mobile, nerveux, vivace. Les visages immobiles et inexpressifs disparaissent de votre souvenir à peine rencontré. Les portraits de Guy Oberson, même s’ils ne traduisent pas la réalité des traits de leurs modèles, puisque l’artiste cherche justement à éviter le piège de cette réalité, ces portraits sont plus profondément réels que s’ils cherchaient simplement à retranscrire l’extérieur. Peut-être parce qu’ils sont mobiles et vivaces ; sûrement parce que ce qu’ils montrent, c’est l’âme de leur créateur, et la vôtre.

1) Les citations en italique sont de l’artiste

Nicolas Couchepin ,février 2006

Nicolas Couchepin, écrivain, auteur de trois romans (Ed. Zoé), d’un essai sur l’adolescence difficile
(Ed. de l’Hèbe) et de plusieurs pièces de théâtre (Ed. Bernard Campiche, cahiers SSA)

***

La puissance du trait ou l’art de redonner vie.

La Galerie Selz de Perrefitte accueille actuellement Guy Oberson, artiste fribourgeois, dont les œuvres sauront redonner à votre regard toute son émotion si celui-ci en était quelque peu dépourvu.

Dans le cas contraire, vous devrez regarder les dessins d’Oberson avec prudence afin de ne pas être trop rapidement submergé par la force qu’ils dégagent.

Composée principalement de portraits à la pierre noire et à la sanguine, cette exposition par le traitement très expressif, dynamique des corps, dégage une puissance infinie. L’artiste décrit son travail comme « des prises de notes émotionnelles qui traduisent de façon directe et nerveuse une observation brève ». Le côté émotionnel est sans conteste très fort et il se dégage de ces portraits corporels un questionnement instantané sur notre vie terrestre.

Les yeux martyrisés qui sont les centres de force de ces portraits et les
corps torturés de ces humains couchés sur le papier emmènent le spectateur dans une introspection personnelle de sa condition humaine. L’artiste l’y aide d’autant plus qu’il transcrit dans ses œuvres uniquement l’essentiel, reléguant le superflu à d’autres destinées. L’autre aspect très fort de cette exposition résulte du fait que toutes les œuvres transpirent la vie et pour peu que l’on s’attarde quelques instants dans la galerie, il est presque possible d’entendre des cris émanant de chaque dessin. Le spectateur peut alors être pris dans un tourbillon de paroles intérieures qui le transporteront inévitablement dans un monde parallèle.

La Galerie Selz, une fois encore nous surprend avec une exposition de très grande qualité et comme le souligne Béat Selz, c’est un peu grâce à l’exposition d’un artiste réputé comme Rolf Blaser, qu’une vague de créateurs s’intéressent maintenant à venir présenter leur travail à Perrefitte. C’est évidemment une très grande chance pour notre région de pouvoir accéder à une si grande qualité culturelle. (jhe).

Journal du Jura, 23 juin 2006 – Page16 Culture
PERREFITTE – Exposition de Guy Oberson

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Corps magnétiques

Sa fascination pour le corps humain tournerait presque à l’obsession. Guy Oberson le pose en effet au centre de sa quête artistique, Plus qu’une image, ce sont les émotions que le peintre fribourgeois s’attache à déceler. Et pour éviter que différentes énergies ne s’affrontent, Oberson se focalise tantôt sur les visages, tantôt sur le tronc, sans jamais les aborder sur un même tableau. Gravés à la pointe sèche, tracés au fusain ou peints à l’huile, on ne sait dire toujours si ces corps volontairement tronqués se recroquevillent ou se déploient. Reste un magnétisme saisissant, lorsque les muscles se contractent et mettent sous tension chaque centimètre carré de peau. Le mouvement figé révèle alors une attitude : timidité maladive, peur paralysante, fausse pudeur ou franche sensualité. Dans ses plus anciens travaux, Oberson faisait surgir le corps du monde végétal. De ce lien originel subsiste l’attrait pour la verticalité. Quelques Feuillages sur tige complètent donc l’accrochage. Aux teintes sourdes de premières feuilles épaisses répondent les corolles coquelicots et blanches inscrites sous-verre et reprises en transparence sur un fond passé à la pierre noire.

Valérie Maire, 24 Heures, févier 2004

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Guy Oberson et René Moser, Vertiges et secrets intimes

Le peintre fribourgeois explore le portrait et le rapport au végétal, alors que le sculpteur schaffhousois montre ses reliquaires aux formes acérées. A voir à la Galerie Hofstetter.

Double exposition à l’Atelier-Galerie J.-J. Hofstetter : aux murs, les travaux de Guy Oberson, peintre fribourgeois qui expose une trentaine de toiles et de dessins, témoins d’un travail intense sur le thème du corps et du portrait. Au milieu, disposées sur des tréteaux ou à même le sol, les sculptures de « chambre » de René Moser, un artiste schaffhousois qui présente quelques-uns de ses intrigants reliquaires d’acier, versant intime des créations monumentales qui ornent plusieurs places publiques de Suisse.
A priori, les œuvres des deux artistes ne dialoguent pas vraiment dans l’espace restreint de la galerie. Le trait libre, nerveux, réitératif, de Guy Oberson, ses noirs profonds, saturés, brouillés çà et là d’une coulée rouge de sang ou ponctués d’abeilles (mortes qu’on se rassure), engluées entre papier et sous-verre, contrastent violemment avec les pièces ascétiques de René Moser, dont la rigueur tranchante commence par intimider avant de fasciner par les mystères qu’elles recèlent.

VIBRATIONS COMMUNES
Pourtant au-delà des différences formelles, on perçoit chez l’un et l’autre comme une vibration, intense, profonde : vertigineuse, charnelle, violente, chez le peintre ; secrète, intime, métaphysique chez le sculpteur.
René Moser a toujours été fasciné par les reliquaires. Parce qu’il représente ce double mouvement jamais résolu, entre ouverture et fermeture, entre visible et invisible, entre protection et enfermement. Au cœur de ces boîtes anguleuses et massives, faites de plaques de tôle polie minutieusement assemblées, se nichent des choses toutes simples, une pierre, un bout de bois écorné, un fragment de métal usé. « Des graines qui ne demandent qu’à germer », dit le sculpteur, des fragments de vie modestes et émouvants.

RETOUR A LA FIGURATION
La démarche de Guy Oberson est tout autre : voilà plusieurs années qu’il a entamé un processus de réappropriation du réel, après un long passage dans l’abstraction. Retour au corps, donc, au visage (auto) portraituré jusqu’à l’épuisement du trait. Retour à l’énergie féconde de l’être humain, à la vie en grandeur nature (imposants formats d’œuvres), à une sensualité inquiète qui irradie muscles et chairs inlassablement redessinés – triptyque de torses fuyant la  lumière – et qui plonge jusqu’au cœur du monde végétal – fleurs géantes rouges ou blanches, charnelles.
« Dessiner n’est ni courageux, ni paresseux.  C’est une posture, esthétique », écrit Jacques Sterchi dans l’élégante publication qui accompagne l’accrochage de Guy Oberson.  Cette posture, exigeante, le peintre l‘a faite sienne, au service d’une œuvre forte, séduisante, bouleversante parfois, lorsqu’elle s’approche au plus près de la fragilité humaine, derrière la peau du portrait, marqué jusqu’à l’âme par la griffe du charbon.

Eric Steiner, La Liberté, septembre 2004

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Des portraits de Guy Oberson
ou « Arracher la figure au figuratif » (Deleuze)

L’accueil est sympathique, les manières de l’homme sont d’une grande douceur. Mais les modèles qui ont eu l’imprudence de s’asseoir dans son atelier sont tous portés disparus. Vous ne reconnaîtrez pas les corps. C’est pour ça qu’il préfère peindre d’après photos. Petite précaution d’assassin.

Je sais comment sa main tient la craie. Quand dans le secret de l’atelier il lacère, déchire, suit le sillon d’une ride, cette esquisse qui indique la voie au scalpel, couper ici, creuser, creuser jusqu’à toucher l’os, et gratter encore, sortir la matière, accumuler les couches… Sombre miracle des traits qui se superposent en orifices, en percées, quand l’artiste pèse contre le corps, contre la chair qu’il fouille. Son couteau de nuit taille en éclairs.

Ouvrir la peau – mais coudre la bouche, attentivement coudre la bouche, la sceller en points serrés, et crever les yeux, bien sûr. Saisir l’essentiel, la voix sans les mots, saisir le tremblement étouffé des cordes vocales, et dévoiler le regard qui brûle loin derrière l’iris, derrière la pupille. Arracher le reste, arracher l’inutile et puis laver, laver encore, délaver jusqu’à dissoudre. Craie noire, chaux vive.

Lui y laisse des ongles, brûlés par le papier, et beaucoup de soi. Il se recule souvent, pour échapper à l’œuvre en fusion, mais en vain : les portraits qu’il trace sont toujours un peu ceux de son propre visage. L’autre y perd son être.

Reste un goût de fer, peut-être, dans la bouche du peintre. Rien de volontaire ou de recherché, juste une conséquence. Et reste la trace, sa main. Dans l’épaisseur du papier, elle a creusé des profondeurs de tombeau – mais la trame du suaire palpite, habitée, la trame vibre. Car ce n’est pas une empreinte qui s’est posée là. C’est le frémissement d’un corps. La beauté, la douleur, la fureur, l’étonnante douceur, parfois, d’une présence.

Il faut que le démiurge soit meurtrier, pour nous livrer ainsi l’électricité de la vie.
                                                                                               

Pascal Janovjak, 2004
Pascal Janovjak, écrivain et critique, réside actuellement à Ramallah où il se consacre à l’écriture d’un roman. Il a publié aux Editions Samizdat un premier recueil de poèmes en prose intitulé «Coléoptères»


 

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