EXTRAITS
DE PRESSE
WOJCIECH MUCHA
ou le magicien de l’or
« L’art n’est rien d’autre que l’exaltation de la saveur cachée des choses.» Wojciech Mucha aime citer ce mot de l’Académicien franco-chinois François Cheng. Et d’ajouter « Il n’y a pas de fin à la peinture. Si cela avait été le cas, nous l’aurions su depuis les quelque trente mille ans de son existence. »
Architecte, designer, peintre, homme impliqué dans la cité par son engagement dans plusieurs réalisations publiques, Wojciech Mucha ne cesse de surprendre son interlocuteur par les multiples facettes de son parcours. Peintre maintenant, peintre d’abord, l’artiste vous communique sa jubilation de n’être « plus que » peintre. Avant cela, l’architecte se passionna pour la restauration, eut le souci du patrimoine jusqu’à l’obsession puisqu’il se refusa d’ajouter un « objet » de plus dans le paysage et préféra se pencher sur le bâti existant. « Le patrimoine, ce n’est pas une vieillerie à préserver par nostalgie, mais l’un des constituants de notre présent et même de notre futur », pense-t-il. Néanmoins, oui, il participa au projet qui devait aboutir à la couverture des voies de chemin de fer dans le quartier de St-Jean à Genève. Une couverture nécessitée par la création du terminal CFF à l’aéroport d Genève qui devait décupler les mouvements de trains dans ce quartier calme jusqu’alors. Et cette nouvelle plateforme allait permettre la construction de plusieurs dizaines d’ateliers d’artistes et artisans.
Le peintre que nous découvrons aujourd’hui s’est construit au fil d’une patiente évolution. Il y a une dizaine d’années encore, on le voyait créateur de formes anthropomorphiques, avec de belles vibrations chromatiques. L’écho du constructivisme et du suprématisme russe était encore bien repérable. On ne s’étonnait pas de le voir citer le peintre franco-russe Poliakoff, à la filiation revendiquée dans les œuvres de cette période : « Le tableau doit être monumental, c’est-à-dire plus grand que ses dimensions. ». Dans l’intervalle, Wojciech Mucha s’est fait orpailleur. Initié à l’utilisation de la feuille d’or par un restaurateur vietnamien au Musée du Louvre, l’artiste ouvrage patiemment toutes les nuances de l’or sur son support – toile ou bois – préalablement travaillé aux pigments. Cette sous-couche appelle ensuite l’apposition de fines feuilles d’or que l’artiste tire d’un carnet de feuilles classées par couleur – une sorte de nuancier en que sorte. L’ensemble est ensuite gratté, poncé, poli : vrai palimpseste d’une icône abstraite…Si, comme on le dit parfois, c’est le regardeur qui achève le tableau, admettons que dans l’œuvre actuelle de l’artiste, ce serait plutôt la lumière qui en révèle l’image finale. Ces grandes plages d’or nous enfouissent dans un monde orphique où le présent ne connaît pas de fin. Wojciech Mucha le dit : »L’artiste est quelqu’un qui court après le soleil. »
L’exposition présentée à la Galerie Fallet à Genève est la troisième de l’artiste en ces lieux. Ouverte il y a quatorze ans, la galerie sise au cœur de la vieille ville de Genève, présente, avec un bel éclectisme, des artistes au parcours sensible, souvent éloignés des modes éphémères.
Michel Aebischer, PARIS-MATCH no. 3075, 24 avril 2008
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Mucha et Ellberger à la Chapelle de
la Visitation : la musique de l’or
Des tableaux abstraits travaillés à la feuille d’or vibrent dans une asmosphère musicale. Les deux artistes délèbrent la pureté esthétique
Le visiteur est pris dans une volute, précipité dans l’univers intime de ses perceptions et de ses émotions. Pour parer au plus pressé de l’étourdissement et peut-être le refouler une question vient : qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui m’arrive ? : « Produire un sentiment à un moment donné…» acquiesce le peintre qui joue subtilement ave la métaphore : « L’or est un matériau qui produit de la magie, qui chante. Les sons prennent place dans l’esthétique de l’or, sur ma toile, pour qu’il y ait une valeur à l’espace ». S’il n’y a là qu’une partie de la réponse, l’autre se situe certainement dans l’espace sacré recrée : « Avoir un lieu qui a un esprit, on le voit, il s’impose dans la forme, le convenu, l’histoire, et nous avons voulu l’investir avec quelque chose qui correspond à une élévation spirituelle », attestent les deux artistes qui considèrent cela comme « une chance unique ! ».
Autre tension, celle qui affleure dans les voix qui s’élèvent sur les résonances musicales dont les enveloppements roulent du tumulte : « A la recherche d’un dépassement », pointe Mucha laissant le musicien exprimer l’origine de son inspiration : « C’est un poème russe d’Evgueri Evtouchenko intitulé Babi Yar qui a servi de prétexte à la musique, un poème qui évoque le timbre du massacre survenu en 1842 au cours duquel des Ukrainiens, des Juifs, des Russes ont été éliminés ».
Le visiteur pourra l’écouter à sa guise en russe, anglais ou français en prenant les écouteurs à sa disposition, Mucha crée quant à lui des variations extrêmement subtiles à partir de la feuille d’or. Il en résulte dans notre regard une irradiation à la limite d’un éblouissement au surgissement duquel toutefois l’œil ne se laisse pas abuser. Au tamis de ce halo vit toute une pléiade de couleurs pures. A voir absolument.
Marie-Paule Curtil, Le Messager, Thonon-les-Bains, 8 novembre 2007
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« Rêves et Résonance » à la Chapelle de la Visitation
« Dans toutes les traditions du monde, l’or est la couleur des dieux… » » C’est pour cela que Wojciech Mucha , peintre, architecte et designer a fait le choix de cette matière : « Pour célébrer la beauté du mode, de la vie, des choses qui nous entourent ». Avec son ami Emile Elleberger, professeur d’électroacoustique au Conservatoire de musique de Genève, ils ont composé l’exposition « Rêves et Résonance » tout spécialement pour le lieu. L’un fait hanter la couleur, en dialogue avec la poésie musicale de l’autre.
Sur la toile, la feuille d’or vient recouvrir la couleur pour en révéler la nuance, tout en sublimant sa lumière : 20 couleurs d’or naissent subtilement par vibration en concert avec la mémoire poétique de l’univers sonore créé par Emile Ellberger. « Cette technique est très longue ; je mets environ six mois pour terminer une toile » explique Wojciech Mucha. « Pour renforcer les dominantes des couleurs de l’or, je peins sur la toile à l’huile, ensuite je pose les feuilles et je les travaille de façon à faire ressortir les couleurs qui sont dessous. Le but est de faire sonner les formes et les couleurs, comme une musique. C’aussi pour cela qu je suis tellement en accord avec le musicien ; nous renons des choses du passé pour en faire une vue de notre époque. »
Emile Ellberger a conçu son œuvre musicale à partir du poème « Babi Yar » de Evtouchenko qui évoque le massacre de 90000 juifs par les nazis près de Kiev en 1941. La musique est chuchotée, se superpose au fond sonore, entre en osmose avec la peinture pour créer un nouvel univers de beauté triomphant de la volonté de destruction.
M.B., Le Dauphiné Libéré, Rhône-Alpes, 18 novembre 2007
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WOJCIECH
MUCHA
L’instant immobile de la légende dorée
Depuis environ six ans, Wojciech Mucha a choisi l’or comme
médium principal de ses compositions abstraites. Cette
matière a la particularité, contrairement aux pigments
traditionnels d’origine végétale, minérale
ou synthétique servant à confectionner les couleurs,
de se présenter à la fois comme un matériau
en soi et comme une couleur. Plusieurs métaux – argent,
cuire, plomb – ou encore la cire, présentent ces
mêmes propriétés technologiques.
En raison de ce double
statut de matière et de couleur, mais aussi parce qu’il
figure parmi les substances à plus forte connotation symbolique,
l’or jouit traditionnellement d’une importance majeurs,
en architecture, en sculpture et dans les arts appliqués.
Ses qualités plastiques et chromatiques le lient également
à la peinture, cependant l’intervention de l’or
dans le domaine des images, qu’elles soient figuratives
ou non-figuratives, interpelle la nature même du processus
pictural. En effet, sa matérialité, qui l’apparie
au monde des objets, introduit naturellement la perception du
volume dans la bidimensionnalité propre à l’espace
pictural. Cependant l’idée de surface, si prégnante
dans la peinture, loin de disparaître ou même de s’atténuer,
y acquiert au contraire une étonnante force constructive.
Sobriété
formelle
L’introduction de la troisième dimension dans l’espace
illusionniste de la peinture n’est certes pas une révolution,
les avant-gardes du vingtième siècle – constructivistes,
dadaïstes ou surréalistes – en ont fait leur
spécialité, pour ne pas dire leur cheval de bataille.
Mais la démarche de Wojciech Mucha se distingue de celle
de ses prédécesseurs dans le sens qu’elle
ne s’affirme pas comme un acte de « rupture »
avec la tradition picturale, mais plutôt comme une tentative
de renouer avec celle-ci, tout en y intégrant quelques
composantes essentielles de l’art moderne et contemporain.
Wojciech Mucha a, par
exemple, adopté une géométrie simplifiée
composée le plus souvent de formes rectangulaires et carrées,
soit un langage strictement non-figuratif conforme aux exigences
anti-illusionnistes et anti-narratives de la plupart des mouvements
avant-gardistes. Cette sobriété formelle apaisante
a l’avantage de laisser, comme nous le verrons, une très
large liberté aux pouvoirs suggestifs de la couleur de
l’or.
Ensuite, la notion
de champ de couleurs, si chère aux expressionnistes abstraits
américains, à commencer par Mark Rothko, joue un
rôle perceptuel important dans ses travaux. Ainsi la base
de ses compositions est un champ de couleurs réalisé
avec des pigments traditionnels – l’artiste exclut
les pigments synthétiques au pouvoir colorant moindre –,
une fois terminée cette sous-souche, l’or est appliqué
à la feuille sur la première surface. Le médium
doré agit tel un écran masquant le champ coloré,
mais sa texture inégale, parce que frotté, polie
ou grattée, laisse néanmoins transparaître
la présence des couleurs.
Lumière
Les valeurs chromatiques des pigments et de l’or se révèlent
dès lors par suggestion et rayonnement , influant puissamment
sur les facultés optiques et psycho-émotionnelles.
La lumière, quant à elle, constitue l’agent
décisif de cette peinture, aussi lorsqu’une source
lumineuse affleure les surfaces dorées, celles-ci vibrent
et s’allument d’une énergie rayonnante qui
se propage en d’infinies variations tonales. Il serait judicieux
d’évoquer, à cet endroit, le principe symbolique
« d’illumination » des expériences mystiques.
Epiphanie première, la lumière est signe de révélation,
d’éblouissement, mais aussi d’aveuglement car
recevoir la lumière procède d’un rituel par
lequel l’imposture du monde sensible est repoussée
dans la ténèbre au profit de la contemplation de
l’éternité lumineuse. Les œuvres de Wojciech
Mucha exercent de manière analogue cette distribution de
la lumière physique et métaphysique sur nos facultés
humaines, elles officient tels des réceptacles réfléchissant
cette force de transfiguration solaire.
Les surfaces
aux reflets chatoyants dotées d’une vie propre, c’est
l’instant immobile où la rhétorique plastique
devient Légende dorée. La dimension du poétique
surgie soudain, laissant s’épanouir la jouissance
esthétique, l’évocation de lieux de mémoire,
les visions féeriques ou prophétiques croisant et
décroisant les enjeux des destinées.
Françoise-Hélène
Brou, Scènes Magazine, no. 175,
mars 2005 Genève
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Un
peintre ciseleur d’ors à la Galerie Fallet
Un
espace de lumières. Puis des reflets, des jeux, des variations.
Tout est là, stable et construit, sûr, mais tout
change, se métamorphose, dépassant les limites de
la toile et de son contenu. Sensations visuelles. Spirituelles
aussi, que Wojciech Mucha nous offre à découvrir
du 17 février au 9 avril à la Galerie Fallet, au
coeur de la précieuse et mystérieuse Vieille-Ville
de Genève.
Wojciech Mucha,
peintre polonais né à Genève en 1945, est
un ciseleur d’ors. A la manière des maîtres
anciens, Michel-Ange, Léonard auxquels il voue une profonde
et particulière admiration, il prépare rigoureusement,
scrupuleusement et tendrement sa toile. Selon les mêmes
procédés que ceux utilisés pour la construction
d’un décor de théâtre, l’architecte
et designer de mobilier qu’il est aussi et qui a réalisé
des projets pour les plus grands noms italiens, se sert d’une
planche de bois, témoin du rappel des icônes, qu’il
construit et structure à l’arrière du plan
qui deviendra le support de son imaginaire.
De cette base
solide, va se décliner peu à peu, l’envol
poétique de la peinture de Mucha. Celui-ci peaufine très
précisément ses couleurs à base de pigments
naturels, végétaux et animaux, comme la puce mexicaine
par exemple. Les justes proportions des mélanges sont savamment
écrites sur un petit carnet de croquis, comme les préceptes
essentiels de vie d’un sage. Carnet empreint de chaque trace
du travail de l’artiste, de chaque émotion évoquée
dans ses toiles, touchant et poétique comme un livre d’enfants,
précieux comme une Bible.
Slave dans
son âme, profondément marqué par le Constructivisme
russe, le suprématisme et l’œuvre de Malévitch,
Wojciech Mucha crée l’effet de profondeur par des
possibles infinis de composition. Les couches de matière
picturale (colle de bois et gesso) sont travaillées longuement,
avec tout le respect et l’exigence des séchages successifs.
L’épuration des lignes, la transparence et la profondeur
obtenues donnent naissance à une extraordinaire lumière.
L’étape suivante, celle qui nous apparaît totalement
magique, ce qui fait d’ailleurs pétiller de joie
le regard du peintre, nous fait entrer dans un conte oriental,
un monde d’irréel. Puis W. Mucha va puiser avec une
extrême délicatesse, comme dans un trésor,
dans ses petits livres de feuilles d’or. Au total, vingt
nuances de l’or jaune à l’or blanc ou rose
qu’il va ouvrager subtilement pour obtenir d’étonnantes
vibrations étincelantes et fugitives. Sensations visuelles
vécues, souvenirs, rêves, Mucha cherche manifestement
à nous ouvrir son univers en même temps que celui
de la méditation.
De formes
primitives et en apparence minimalistes, se dégage la sérénité
de l’intemporalité. Les « accidents »
volontaires comme il les appelle, créent un aspect chaotique
qui nourrit la poésie, support à la contemplation.
Les contingences du temps ne sont plus, le silence de la toile
nous offre le recueillement. Comme ce carré qui revient
tel un refrain, le thème de base, nous passons le seuil
du mystère pour nous mettre en disponibilité. Celle
de l’apaisement de l’esprit, réceptacle d’une
vibration nouvelle et spirituelle, qui transcende les limites
mêmes de la toile, des couleurs et de la lumière
toujours changeante. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard
si le projet de cabine téléphonique conçu
par W. Mucha en 1987, suggérait la solennité d’une
chapelle… Saint des Saints privilégié que
cette exposition à la Galerie Fallet, écho évanescent
d’universel. Peut-être vous permettra-t-elle de redécouvrir
Rimsky Korsakov et sa Shéhérazade qui inspire tant
Mucha. « Si ma peinture pouvait se rapprocher de cela, j’aurais
atteint la perfection. »
Nous rejoignons
les ors vers un ailleurs plus lumineux encore…
Claire
Raffenne, Kaël – Le Magazine du Léman no. 9
Annecy, février 2005
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Wojciech Mucha, magicien d’or
Art-Cité ■ Mystérieux jeu de teintes et de reflets. Ou la force fascinante du métal précieux au service de l’art abstrait
Le tableau attire l’œil par sa texture inhabituelle et ses reflets précieux. Malgré le fait que la salle de la galerie ne soit pas éclairée, le tableau luit tout seul, d’un son doré. Etrange, à chaque pas du visiteur, lui – qui ne montre pourtant que des surfaces géométriques unies – change de visage discrètement. La lumière s’allume soudain, activée par la main du gardien de la galerie Art-Cité, à la Chaux-de-Fonds : incroyable, des teintes colorées surgissent du tréfonds de l’œuvre. Y aurait-il de la magie là-dessous ?
« Icones »
Non. Le peintre Mucha peint avec de l’or, tout simplement. De l’or en feuilles, de l’or en pigments. De l’or blanc, jaune, cuivré… Savamment appliqué sur des enduits de couleur dont seuls les doreurs ont le secret. Magique, oui. Car, décliné de toutes les manières possibles, mais dans le respect des techniques traditionnelles, le métal précieux agit avec une puissance renouvelée sur l’imaginaire. Fascinant matériau aux reflets chaleureux, joyeux, puis soudainement sombres, mystérieux et glacés.
Mais Mucha ne joue pas seulement avec la force de fascination optique de l’or. Il jongle aussi avec la puissance d’évocation luxueuse du métal des églises byzantines, créant des icônes sans personnages, et reproduisant la géométrie de leur mise en scène par un cadre rectangulaire et un demi-cercle. D’où le titre de son exposition : « Icônes ».
Il décline cette « formule » sur des supports de bois, de la taille d’une icône, puis passe sur des toiles plus grandes. Où peu à peu, la thématique se dissout, étourdie par les vibrations étincelantes de l’or. Mucha, magicien de la matière, fait alors surgir des visions et des sonorités fugitives dans la tête du visiteur : miroir sans reflet, feuillage dans les rayons du soleil, décor de théâtre, monolithe d’aluminium…
Designer de mobilier, architecte, peintre et dessinateur, Wojciech Mucha est né à Genève en 1045, où il vit et travaille.
YTI, L’Express/L’Impartial, Neuchâtel, 29 mars 2004
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Sortir du temps
Les
compositions de Mucha axées sur des figures stylisées
paraissent d’une sobriété extrême, mais
c’est pour mieux laisser s’épanouir leur vie
intérieure. L’image devient le récipient d’une
clarté en gestation.
La limpidité
à laquelle est parvenue Wojciech Mucha est longuement préparée
selon des techniques anciennes de peinture à l’huile
et sur des toiles préparées, accordées comme
des instruments. Créateur d’atmosphère, il
a su allier la musique à son exposition en y intégrant
l’œuvre d’Emile Ellberger, en totale affinité.
Le silence et l’invitation à la méditation
de la peinture n’en sont pas troublés. La musique,
créée en accord avec l’ambiance recueillie
des tableaux permet de passer le seuil du mystère et de
se mettre en disponibilité.
Les figures
frontales et statiques de Mucha habitent l’espace de la
toile avec le souverain déploiement du sacré. La
texture fondue de la peinture, les cadres de bois sombres, la
pénombre des tons apportent leur patine à l’évocation
de présences voilées mais d’autant plus puissantes.
La chaleur diffuse et intime des tons, la stabilité et
la verticalité se prêtent à l’apaisement
de l’esprit. Ces silhouettes décantées, planes,
ouvertes, sont des réceptacles d’une vibration, d’une
lumière intérieure qui laisse deviner l’écho
d’une autre présence. Accueillantes, elles offrent
des bleus profonds ou des espaces de clarté. Tentant une
matérialisation qui leur fait perdre de leur magie, certaines
figure anthropomorphiques sont découpées dans des
panneaux de bois et rappellent un peu l’idée du puzzle.
Peut-être
est-ce une tentative de sortir du cadre et de rejoindre le relief
et un espace tridimensionnel dans lequel le styliste et architecte
Mucha est également fort à l’aise ? il est
en effet apprécié pour ses créations de meubles
et il a imaginé une cabine téléphonique en
pierre de taille qui a pris une étonnante solennité
de chapelle.
Laurence
Chauvy, L’Express, Neuchâtel, 8 juin 1995
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Wojciech Mucha, peintre du mystère, à la Galerie Coï
Variantes anthropomorphiques
En invitant ie Polono-Genevois Wojciech Mucha à investir sa galerie. Antonio Coi ne s'est pas trompé. La peinture est de grande qualité.
Loin des débats stériles et dépassés des conceptuels pris dans un cu!-de-sac ou des confrontations entre abstraction et figuration, cet artiste propose avant tout une grande leçon de peinture. Peinture à l'ancienne, hors des contingences du temps, qui lue fait préparer le plus rigoureusement possible ses toiles et ses couleurs à base de pigments. Ensuite, il travaille longuement ses couches de matière picturale, dans le respect des exigences des séchages successifs, tout en transparences et en profondeur, afin d'en faire remonter la lumière.
Wojciech Mucha a adopté la série. Dans un décor musical électro-acoustique signé Emile Ellberger, les ouvres présentées à Peseux sont des variantes anthropomorphiques pour la plupart, d'autres des compositions sur une couleur de base (violet, carmin, garance, etc.). En résulte une véritable chorégraphie et, comme si les danseurs changeaient de costume, les couleurs vont, elle aussi, explorer toutes les richesses chromatiques. Wojciech Mucha juxtapose des rouges aux violacés et orangés, fait éclater de sonores chocs visuels. Des plages plus propices à la méditation se retrouvent dans des accords blanc-jaune, voire à dominante bleue.
Ayant grandi dans le milieu international de Genève où il est né en 1945, Wojciech Mucha a eu la révélation du constructivisme et du suprématisme lorsque ses camarades russes lui en firent découvrir des images. Des lors, son œuvre pictural ne pouvait qu'en être dérivé et sans cesse nourri. La passion de l'essentiel et du perfectionnisme sans doute lui dicte de travailler ses innombrables variations sur un même thème, jusqu’à épuisement des formes et des couleurs. Le contour de base peut alors changer, pour de nouvelles séries éclairées des profondeurs par la magie et le mystère de l'application de la matière picturale.
Si l’activité principale de Wojciech Mucha est la peinture, sa formation professionnelle fut l'architecture. Il a, en effet, commencé de peindre au cours de ses études à l'Ecole d’architecture de Genève. D'autres expériences artistiques l'ont d'ailleurs également occupé. Par exemple, comme designer, il a réalisé sur commande divers mobiliers et objets pour le marché italien que l’on sait gourmand en la matière (Cerrutti), montres (Zenith-Giallo), de même que pour des commanditaires en Suisse et en France. Depuis quelques années, le Genevois semble s’être retiré en peinture.
S.G., L’Impartial, Neuchâtel, 12 juillet 1995
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Wojciech Mucha (1945) , architecte genevois d’origine polonaise, est depuis 1979 passionné par la nouvelle dimension qu’a prise le design. « Sous l’impulsion des créations réalisées à la fin des années septante par les groupes Menphis (Milan) et Totem (Lyon), le design a vécu un véritable tremblement de terre. De l’art moderne, on a passé a postmodernisme. A travers ce mouvement, je recherche quelque chose de plus lyrique, de plus parlant, où la forme éclate aux yeux. »
Depuis le jour où, lors d’une visite à Lyon, il a découvert un fer à repasser auxformes nouvelles d’Ettore Sotsall, le leader du groupe Menphis, Wojciech Mucha a été complètement « flashé », comme il aime à le dire.
« Je désire tout faire rêver. C’est la proposition de transformer qui rend les choses intéressantes. Il n’y a jamais eu de vérité dans l’art moderne, seulement des innovations. L’art moderne est accessible à tout le monde. Chacun peut inventer, chacun peut y ajouter sa poésie. »
Et Wojcieeh Mucha invente, réinvente et crée perpétuellement. « Mais, il est aujourd’hui impossible de vivre uniquement de cela. Cette forme d’expression est encore trop nouvelle. C’est en Italie que la puissance de créativité et de productivité est la plous élevée. En Suisse, et à Genève notamment, le mouvement a également pris racines, bien qu’il soit encore difficile de s’exprimer. »
Partir sans but défini
Architecte le jour, Wojciech Mucha est tourmenté la nui par ses émotions créatives. Son processus de travail est simple : « JE m’assieds avec un crayon et du papier et je laisse filer mon imagination à travers ma main sans but défini… Parfois, je n’aboutis à rien mais il arrive aussi que des formes se conceptualisent. »
L’artiste genevois s’exprime surtout à travers la création de meubles. « Le meuble est devenu quelque chose de standard, même lorsqu’i9l est fait de façon artisanale. Ma volonté, qui est surtout un plaisir, est de changer la perception que les gens peuvent avoir de l’objet et ainsi augmenter leurs exigences ». Une volonté qui nécessite beaucoup d’efforts. « On véhicule beaucoup de choses derrière soi. Un patrimoine culturel, une histoire : il est difficile de se débarrasser de cela .»
Réinventer un langage
Le postmodernisme doit, selon Wojciech Mucha, être dynamisé par la joie de la découverte. « Tout a été brisé intellectuellement dans les années septante. Aujourd’hui, il n’existe plus de limitations et chacun pose soi-même ses propres barrières. Ce n’est pas toujours évident pour le public qui n’a plus rien à quoi se raccrocher ». Mais ce qui fascine le plus l’architecte, « c’est la possibilité de réinventer un langage formel. Une fois que l’on possède un nouveau vocabulaire, on peut refabriquer des formes et les placer dans l’espace. Grâce à un nouveau langage on découvre un nouveau discours qui permet de former de nouveaux objets. Ceux-ci explosent et surprennent car ils ont une logique que l’on n’imaginait point. Finalement on pervertit les formes et les objets. »
Le mobilier d’un restaurant
Wojciech Mucha doit attendre 1984 avant d’entrer dans le circuit public. Il réalise un service à thé pour Cleto Munari. La même année, il crée des projets pour les montres Zenith et des pipes en porcelaine. L’année suivante, il expose son mobilier à Lyon et à Lausanne. Le restaurant « Gamb’s » à Lyon lui commande un mobilier complet. En 1086, il réalise une étude de mobilier pour une maison d’édition italienne et répond à de nombreuses commandes privées.
L’aspect fonctionnel d’un meuble est-il pris en compte ? « Il faut penser l’aspect fonctionnel en fonction d’exigences purement techniques. Pour créer par exemple une chaise, il n’existe qu’un seul impératif : il faut q’il y ait un plan horizontal de 42 centimètres de haut. A partir de cette donnée on peut tout inventer… Cette manière de voir n’est nullement une vérité, c’est une démarche. »
Ce n’est pas l’attitude puriste qui intéresse Wojciech Mucha, mais l’expressivité des choses. » Un clown ou une église baroque, c’est le sommet de l’expressivité. A Genève par exemple, le nouveau bâtiment du collège Calvin et l’école primaire Le Corbusier représentent à mon sens le début d’un mouvement architectural dont la caractéristique fondamentale est la joie de faire, de créer. »
Comment le public juge-t-il ses créations ? « Les yeux du public vont également changer ! » répond dans un large sourire Wojciech Mucha…
Wojciech Mucha exposes jusqu’au 7 avril chez Jean-Jacques Favre à la rue Verdaine
Paulo David, Le Courrier, Genève, 4 et 5 avril 1987 |