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Serge Jolimeau

EXTRAITS DE PRESSE

SERGE JOLIMEAU
Cousin Zaka;2008
87 x 34 cm

Un musée à Noailles


Jean Eddy Rémy est président de ADAAR ( Association des artistes et artisans de Croix des Bouquets). Avec d'autres congénères, il organise une Foire à Noailles, Croix-des-Bouquets, en l'honneur de Georges Liautaud, célèbre sculpteur en fer découpé. C'est une véritable décentralisation des arts qui commence avec le musée Georges Liautaud et une mise en visibilité d'un village artistique déjà connu. Coup d'oeil sur une initiative d'avenir.
Le Nouvelliste : Pourquoi une Foire Georges Liautaud à Croix des Bouquets ?

Jean Rémy Eddy : Nous profitons du 110 anniversaire de Georges Liautaud pour l'honorer. Durant cette journée il y aura une grande foire réunissant tous les artistes et artisans dans la commune de Croix-des-Bouquets. Nous allons inaugurer aussi un musée, avec le support de Afriamérica et le financement de l'UNESCO, portant le nom de Georges Liautaud. C'est le père du métal découpé.

L.N. : Avant de parler de Georges Liautaud, pouvez-vous dire quelques mots sur l'Association ADAAC-AFRICAMERICA ?

J.R.E. : C'est un regroupement d'artistes et d'artisans au village de Noailles qui est conscient des problèmes en commun qu'ils confrontent. Ils se sont mis ensemble pour trouver des résultats à leurs problèmes. Ces derniers sont d'ordre social, économique, d'encadrement et d'autres. On a commencé à se réunir depuis trois ans. Mais cela date d'un an notre reconnaissance légale. Les activités que nous avions faites avant cette foire du 25 janvier avaient été les suivantes : la Foire du Rosaire en 2007 de concert avec la mairie de la Croix des Bouquets, Foire Village de Noailles en 2008 avec le support de la mairie et de Prima, un programme de l'Union européenne. Notre troisième foire c'est celle de Georges Liautaud.

L.N. : Quel support financier aviez-vous eu pour organiser une telle initiative ?

J.R.E. : Nous sommes supportés par la mairie de Croix-des-Bouquets, L'Union européenne, L'Unesco et la cotisation des membres de l'Association et de la communauté crucienne.

L.N. : Pour mettre sur pied un musée cela demande beaucoup de débours. Comment vous vous êtes pris pour réaliser le Musée Georges Liautaud ?

J.R.E.
: Pour construire le musée nous avons eu un support de l'Unesco et du volontariat des artistes de la communauté. Approximativement, le musée coûte déjà 30 000 dollars us. Ce n'est pas encore terminé. Les structures les plus importantes sont là à partir desquelles nous allons organiser l'exposition Liautaud. Le bâtiment est construit à partir d'un socle de béton sur lequel nous avons mis sur place les containers avec des ouvertures pour éviter la chaleur. Pour isoler le métal des containers nous avons disposé des plywood.

L.N. : Il n'y avait pas d'architecte à vous aider ?

J.R.E. : L'architecture originale du musée est une idée de Barbara Prézeau. Elle a travaillé avec nous avec ses moyens financiers. Nous avons trois espaces disposés pour recevoir des oeuvres, un autre espace est réservé pour le bureau administratif et une mini bibliothèque et un autre pour conserver les oeuvres. La cour est disponible pour recevoir des expositions d'oeuvres en trois dimensions, des sculptures. Nous avons aussi un projet d'école de design que nous comptons mettre bientôt sur pied.

Le Maître du métal découpé

L.N. :Qu'en savez-vous de Georges Liautaud ?

J.R.E. : Il est né à Croix-des-Bouquets le 6 janvier 1898. Il était un mécanicien et un forgeron. Il travaillait à la Hasco. Il savait fabriquer les crucifix des tombes des cimetières de Croix-des-Bouquets. En 1953, il rencontra Dewitt Peters pendant une fête patronale à Notre Dame du Rosaire. Les croix des cimetières avaient frappé l'imagination du visiteur. Il lui a donné une commande. Les tôles servaient de base à la fabrication des crucifix. Un jour, il décida de faire une oeuvre avec les tôles. Peters avait été fasciné par le travail .Il a mis sur pied une équipe avec des élèves en tôle découpé. Parmi ces élèves, on peut citer les trois frères Louis Juste. Ils ont maîtrisé la technique de Liautaud. Ils se sont établis à Noailles. Ils ont constitué aussi leurs élèves comme Gabriel Bien-Aimé, Serge Jolimeau, les frères Bernard, les frères Ulysse, les frères Balan et d'autres. De génération en génération, la tradition de la sculpture de fer a été maintenue. Maintenant, on a plus qu'une centaine d'ateliers à Noailles. C'est une famille artistique qui fait l'originalité de ce village.

L.N. : Ce village est-il très visité par des collectionneurs ?

J.R.E. :C'était un village très animé par des visiteurs et collectionneurs étrangers. Actuellement, il y a beaucoup d'entrepreneurs de l'art haïtien qui font le déplacement à Noailles. On ne peut organiser une foire de l'art et de l'artisanat sans passer par Noailles.

L.N. : D'après vous, pourquoi c'est le fer découpé qui caractérise la sculpture à Croix-des-Bouquets ?

J.R.E. : Les élèves de Liautaud, les frères Louis Juste, avaient leurs amis à Noailles. Ils vont révolutionner la zone avec des jeunes qui s'occupaient simplement de l'agriculture. Ils sont sortis du travail de la terre pour entrer dans le domaine de l'art.

L.N. : C'est de là que vient l'imaginaire vodou dans le fer découpé.

J.R.E : Ils s'inspiraient de leur environnement immédiat, la foi vodou, la nature, des histoires bibliques chez des protestants. Maintenant, le fer découpé sort des sujets traditionnels pour explorer le monde contemporain. L'art de la récupération commence par se manifester aussi au petit village de Noailles.

L.N. : Parlez-nous de l'exposition du 25 janvier au musée Georges Liautaud.

J.R.E.
: Il y aura 20 artistes à exposer : 10 de la Croix des Bouquets, les autres viennent de la Grand'rue, de Rivière Froide. Chaque artiste donne deux ou une oeuvre. Il y aura de la pierre taillée, sculpture sur bois, sur tôle et des tableaux de Barbara Prézeau, Philippe Dodard, Serge Jolimeau et votre serviteur Rémy Jean Eddy, Wilbert Bruno, Rony Jacques, Tessa Mars...
L.N. : Il n'y aura pas de thème, seulement un hommage à Liautaud.

J.R.E. : C'est l'apport de tous pour faire honneur à ce grand sculpteur. Le commissaire de l'exposition est Maxence Denis.

L.N. : Quel est selon vous l'apport de ce musée sur Croix-des-Bouquets ?

J.R.E. : Cela donnera plus de visibilité à Croix-des-Bouquets. Il portera les artistes à mieux produire et mieux écouler leurs oeuvres. Le musée forcera les artistes à mieux conceptualiser leurs oeuvres. Ils auront un espace d’exposition  permanente.

L.N. : La gestion d'un musée est une chose très élaborée.

J.R.E. : ADAAC et AFRIAMERICA mettront des dispositifs sur pied pour gérer le musée. On devra écrire aux musées à l'extérieur pour mieux gérer le musée Georges Liautaud. Le musée fait partie d'un projet social plus vaste qui inclut : l'asphaltage de la Route de Noailles, la « Rue de Georges Liautaud », la rue de Rémy. Nous comptons aussi encadrer des jeunes dans plusieurs domaines. L'exposition commencera le 25 janvier pour se terminer vers la fin du mois de février.

L.N. : Pour terminer, parlez-nous de vous comme jeune sculpteur .

R.J.E. : Je suis originaire du village Noailles. Entre l'école et le travail, j'ai commencé à exposer en 1986 en compagnie des oeuvres de Georges Liautaud, de Gabriel Bien-Aimé, de Serge Jolimeau, Gary Darius, Miché Rémy. J'ai travaillé pour des officiels visitant la commune. En 1991 j'ai exposé à la galerie Marassa à Pétion-Ville. J'ai participé à des levées de fonds pour le groupe Geskio. J'ai exposé en Guadeloupe, à New Orléans. J'ai réalisé des conférences à Mississipi. J'ai mis sur pied des ateliers en arts plastiques. Récemment, en 2008, j'ai exposé au Panama. J'ai été au Togo à une résidence d'artistes, l'année dernière.

Le Nouvelliste, 23 Janvier 2009, Port-au-Prince

 

***

Serge Jolimeau : toute une vie dans l'art du fer


L'imaginaire de Serge Jolimeau exalte le syncrétisme catholico-vaudou. Deux croyances qui habitent son coeur. Amants et amateurs de la ferronnerie d'art sont invités à découvrir les talents de ce forgeron les 6 et 7 octobre 2007 au Parc Historique de la Canne à Sucre. Sensible à l'écoute de son âme et fier de sa solide expérience professionnelle dans le domaine de la ferronnerie d'art, Serge Jolimeau, 55 ans, est né à Noailles. C'est dans ce village qu'il a grandi et a appris l'art du fer découpé avec Cérisier Louisjuste, Janvier Louisjuste et Joseph Louisjuste. Malheureusement tous les trois ont déjà rendu l'âme. Il garde aujourd'hui encore les souvenirs indélébiles des frères Louisjuste, disciples du premier forgeron de cette région : Georges Liautaud.

Père de deux garçons et d'une fille vivant actuellement aux Etats-Unis, Serge Jolimeau croit qu'avec les leçons qu'il a reçues des frères Louisjuste, la relève est encore bien assurée. La raison est simple: ouvert au dialogue et homme de partage, il continue à transmettre aux jeunes artisans de son village le fruit de son savoir-faire de plus d'une trentaine d'années.

La ferronnerie d'art : une source de revenus

L'air gai et le visage visiblement frais, de grande taille, quelque peu timide mais attentif, Serge Jolimeau, s'attache beaucoup à la ferronnerie d'art. Il se lève tôt le matin, prend son petit-déjeuner, puis se met au travail jusqu'au coucher du soleil. Il n'a pas de jour de repos. Il n'a pas de temps pour raconter de petites anecdotes. Son temps, c'est de l'argent. Son atelier comprend deux salles d'exposition permanente. Il y expose ses oeuvres et celles de ses ouvriers. L'atelier est situé dans la même cour que sa maison. Il recrute près d'une dizaine d'apprentis pour découper les drums, laminer le fer.

Ce forgeron au talent sûr porte Noailles dans son coeur et ne le quittera jamais. Ce village le fascine et devient pour ce créateur une obsession, une mère nourricière, une chère épouse.

« La ferronnerie d'art est toute ma vie. Je la porte dans mon âme. Je vis de ce métier. Je ne peux le laisser pour m'adonner à un autre. Je me sens fort aise en le pratiquant. Heureusement, j'avais appris ce métier dès mon plus jeune âge. Il fallait être à ma place, vivre chez moi, pour comprendre ce qu'il me rapporte et comment ce métier a orienté ma vision de la vie, amélioré ma relation avec mes semblables, avec mes amis », confie Serge Jolimeau.

Il n'avait pas la possibilité d'achever ses études classiques. Il est arrivé en 4e secondaire et a dû abandonner l'école pour se consacrer entièrement à la ferronnerie d'art, devenue sa principale source de revenus. En 1972, grâce à sa rencontre avec le directeur d'alors du Centre d'Art, Pierre Monosier, il sera pris en charge pour une formation dans le domaine.

« Serge Jolimeau, sans doute à cause de ce talent qu'il manifeste dès le début, est tout de suite pris en charge par le Centre d'Art. Déjà dans ses premiers fers découpés, il manifeste un goût poussé pour une certaine élégance des formes soutenue par une découpe selon la ligne courbe. Ce goût va se renforcer lorsqu'il rencontre les oeuvres d'artistes comme Bernard Séjourné et Jean-René Jérôme, appartenant à l'école dite de la Beauté » (Gérald Alexis, revue Conjonction, 1995).

L'imaginaire populaire revisité par Jolimeau

Habitée d'images fabuleuses et mythiques, l'oeuvre de Serge Jolimeau parle de la réalité sociale d'Haïti. Il réalise des pièces représentant toute une parade de personnages légendaires tirés en grande majorité de l'imaginaire populaire haïtien. Mais ce qui est singulier et curieux chez Serge Jolimeau, c'est la place que l'artisan donne aux dieux et déesses de la mythologie du vaudou, surtout dans ses pièces montrant la sirène, le vèvè ou Erzulie Freda.

Par sa conception de l'art du métal découpé et par sa dextérité, Serge Jolimeau transporte les amateurs d'art dans un monde mystérieux, sinistre, débridé. Un monde peuplé d'oiseaux, d'anges munis de leurs trompettes, de silhouettes de femme, de crucifix, d'églises et de scènes marines. C'est effrayant et même agaçant. Au second degré, son univers mêle l'imaginaire catholico-vaudou. Deux croyances qui habitent son coeur.

« Sans avoir la possibilité d'un recours à la couleur, Jolimeau va rechercher et trouver l'expression de la sensualité et de l'érotisme par le biais d'un matériau froid et tranchant. Sa découpe de la tôle est fine, rythmée. Il privilégie les profils pour mieux faire triompher la ligne. Il galbe ses formes, leur ajoute des atouts et recouvre le tout d'un vernis brillant pour affirmer le fini de ses pièces. Ces sujets sont d'un monde alimenté par l'imagination d'un homme timide, renfermé même. Dans ce monde les animaux se confondent avec ou se métamorphosent en humains fantastiques, parfois hermaphrodites, quelquefois diaboliques, toujours gracieux » (Gérald Alexis, revue Conjonction, 1995).

Serge Jolimeau a le souci de bien faire. Il a du talent. Il martèle le fer avec fougue et passion pour présenter aux amateurs de la sculpture sur métal une oeuvre finie, utile, novatrice. Ce ferronnier a donc la maîtrise de son art et sait découper le métal pour créer des formes. Avec éclat, bien sûr. Sans fard.

Le Nouvelliste, 6 août 2007, Port-au-Prince

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