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EXTRAITS DE PRESSE
 
FRED KLEINBERG
oeuvres récentes

 
Slave
"Slave", 1999,
huile sur papier, 30 x 40 cm

 

EXTRAITS DE PRESSE - PREFACES - ENTRETIENS
PROPOS CHOISIS

Fred Kleinberg exalte son refus d’une dichotomie – corps : lieu privilégié de la sensation, cerveau lieu unique de la pensée -.

Tout son art exprime le contraire !

La flamboyance de ses couleurs, métaphore extrême de la création de la vie comme les tortues déchiquetées de Tennessee Williams, illustre poétiquement ces corps qui s’affichent au-delà des apparences, nous obligeant par le graphisme obsédant de l’artiste, à dépasser une lecture immédiate pour aller à la vérité existentielle.

Le combat de la vie et de la mort s’exprime dans la mémoire d’un corps soumis à l’instant précis, ténu, où il bascule dans la non-obscénité, dans la fureur, expression de la r évolte.

La beauté est irrationnelle !

Nicole Reding-Hourcade, Genève, mars 2003
Historienne d’art


FRED KLEINBERG :
« Retour de Moscou »

Invité par l’Action Française d’Action Artistique et la Mairie de Paris dans le cadre du programme d’échanges culturels entre Paris et Moscou, Fred Kleinberg a séjourné deux mois dans la capitale russe. Il en rapporte des œuvres saisissantes, humaines, douloureuses parfois, belles aussi.

Peintre, vidéaste et photographe, cet artiste s’est intéressé à l’hier et l’aujourd’hui de ce pays, découvrant une ville à la fois vivante et un peu fantôme, de par les séquelles eu passé. Il a cherché à retrouver la mémoire de cette société dans laquelle souvenir et amnésie se confondent.

Des visages effacés dont ne demeure qu’une tâche de vert nuancé, d’autres, présents, dont les orbites noires et creuses leur donnent presque un masque de mort, s’alignent régulièrement sur la toile, se détachant d’un fond aux coulées de rouge, de sang. Ainsi Fred Kleinberg évoque-t-il les Disparus. L’impression est forte et l’on quitte difficilement ces figures anonymes qui posent question. Qui étaient-ils ? Quel fut leur destin ?

Sans céder à une compassion facile, le peintre perpétue leur souvenir en les imprimant sur la toile et dans le temps, Dans une autre composition plus petite, sur le même thème, il utilise une palette plus douce et dans une alliance de verts aux tonalités dégradées sur un fond toujours très travaillé.

Il y a une vraie beauté esthétique, ce qui évidemment n’est pas le but premier dans ces œuvres à la figuration si personnelle de cet artiste diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Parcourant les rues, il a été frappé par des femmes vendant leurs vêtements sur le trottoir pour survivre. Là encore, il les a fixées en un dessin suggéré mais si évident. Comment oublier leurs regards de détresse et de résignation mêlées ? Le peintre joue ici avec la couleur : turquoise, mauve, bleu, travaillés par tâches en touches animées ou bien plus larges, plus calmes. Collages, grattages, superpositions lui permettent d’exprimer pleinement ses impressions en une écriture singulière qui unit une figuration explicite, bien que réduite pour l’essentiel à des fonds géométriques.

Autre démarche : la peinture sur lithographie. Désireux d’approfondir ses recherches sur la vie moscovite dans ses multiples aspects -, l’architecture comme la sculpture, la réalité la plus quotidienne aussi, celle du passé et du présent -, Fred Kleinberg s’est procuré des affiches soviétiques, souvenirs tangibles d’une époque qui servent de support à sa peinture. Il raconte un monde violent, obéissant à la loi du plus fort dans lequel la richesse insolente cohabite avec la misère. Les portraits Cannibale, Vanité russe, dénoncent ces faits, évoquent l’ancienne U.R.S.S., la prédation, le désastre humain ainsi causé. Il regarde en face ce que fut cette période encore si proche et dont les images sont toujours présentes, telles les sculptures à la gloire du pouvoir soviétique, d’abord déboulonnées et qui aujourd’hui sont installées dans un parc immense. Mais il est demeuré attentif également à la vie contemporaine, plus libre.

Nicole Lamothe, Petites Affiches « Au fil des expositions »
Semaine du 11 février 2002, Paris


LA CRITIQUE
de Jérôme Cassou

Immersion à Moscou
Quel regard un artiste français pose-t-il sur la situation politique, sociale et économique d’un pays comme la Russie ? Après deux mois d’immersion créatrice à Moscou, le jeune peintre Fred Kleinberg revient avec toiles, dessins et photographies extraites de ses films vidéos, des traces comme autant de stigmates d’un pays en crise. On retiendra de cette exposition des peintures fabriquées à partir d’affiches déchirées dans la rue sur lesquelles Kleinberg intervient. Par de larges coups de brosses, il dessine des personnages, plus particulièrement des visages (têtes de mort ?). Il y a dans cette peinture, une violence contenue, un mal être sous-jacent, une présence, on l’aura compris, de la mort. Au moyen d’une technique entre collage et peinture, il suggère la gangrène qui terrasse le pays. L’artiste adoucit l’ensemble de sa production avec une palette de couleurs subtiles (terre de sienne, ocre brun et mauve). L’on trouve dans ce travail, une maturité intéressante. A 35 ans, Fred Kleinberg a déjà exposé de nombreuses fois. Cette dernière organisée à l’Hôtel d’Albret par la Mairie de Paris lui donnera un élan supplémentaire et des appuis institutionnels indispensables pour la suite de sa carrière.

Paris Première, Janvier 2002

Les Carnets de voyage de Kleinberg

L’Hôtel d’Albret expose les visions moscovites d’un jeune artiste français

Ce qu’il y a de bien, avec les bourses que donnent la Mairie de Paris et l’AFAA (Association Française d’Action Artistique), c’est que, où que soient envoyés les lauréats, à Ho-Chi-Minh ville comme à Budapest ou à Sao Paulo, ils ne font ni plus ni moins que ce qu’ils ont à faire, qu’ils auraient fait où qu’ils aient été. Ainsi Fred Kleinberg (né en 1966), musicien, vidéaste, peintre … Après Berlin, Séville et Rome, le voilà parti deux mois, durant l’été dernier, à Moscou. Et puisque pour obtenir la bourse il faut définir un projet, il était question d’aller photographier un cimetière de sculptures communistes. De retour, Kleinberg n’a rien fait de ce dépôt en plein-air, devenu, depuis quelques années, un part de sculptures, soigneusement entretenu, indiquant sans détour la nostalgie qui taraude les Moscovites.

Alors quoi ? Les figurines en cire, les momies, les écorchés, apprivoisés depuis longtemps et où qu’il soit par l’artiste ? Eh bien, non, même si la tentation d’infiltrer le laboratoire où fut embaumé Lénine, toujours installé sous la Place Rouge, fut grande ! Les humains l’ont emporté, tant il est vrai, leur allure de morts vivants a frappé l’artiste … Kleinberg a filmé, dessiné et surtout mémorisé : les ivrognes pendant les grosses chaleurs, les enfants aux visages de vieillards, les camions de prostituées réservés aux touristes, les boutiques de luxe jouxtant les lieux du pouvoir politique … Plus que tout, il a observé les femmes. Notamment toutes celles, dans le métro, qui vendent leurs propres vêtements mais ne vendent pas leurs corps. Il a enregistré les mots de jeunes critiques d’art dubitatives et deux de vieilles paysannes désespérées. Résultat ? D’étranges tableaux épais, multicolores, emblématiques, des sortes de drapeaux, des instruments de vigilance et aussi de belles photographies présentées en format géant, au plafond de la salle d’exposition. Les nouveaux « Carnets de voyage » de Kleinberg en disent décidément long sur l’histoire des révolutions.

Françoise Monnin, ArtAujourdhui.com
26 janvier 2002, Paris

Fred Kleinberg « Retour de Moscou »

Un art de mémoire et d’aujourd’hui, une création qui révèle et occulte à la fois, l’œuvre de Fred Kleinberg ne saurait laisser indifférent.

Après avoir passé deux mois à Moscou dans le cadre du programme d’échanges culturels entre Paris et la capitale russe, cet artiste revient avec des œuvres-témoignages du temps d’un passé récent qui a laissé des traces et qui écrivent une partie de l’histoire de ce pays. Fred Kleinberg est un coloriste, (il affectionne le rouge en particulier), il inscrit dans la matière les fragments de corps et des empreintes laissées dans les âmes durant la difficile période traversée. Dans une alchimie personnelle il travaille par couches, gratte, superpose ou supprime, laissant au graphisme une place succincte mais essentielle.

Sa peinture sur lithographie, autre moyen d’expression, où alternent collages et peinture exprime sa vision d’un Moscou passionnant et déroutant par ses oppositions fortes. Il réalise également des vidéos aux images numériques qui lui permettent une émotion différente. Fred Kleinberg porte un regard fasciné, semble-t-il, sur cette Russie qui oscille entre souvenir et amnésie.

Nicole Lamothe, L’Univers des Arts, Février 2002

La fureur de peindre
Deux regards sur le sens tragique de la vie

C’est sous l’intitulé « D’obscénité et de fureur », que Fred Kleinberg et Emmanuelle Renard présentent une double exposition très marquante. Si chacun développe un style personnel, ils ont en commun une grande maîtrise de la couleur et du dessin, une mise en perspective de la souffrance humaine et un rapport conflictuel au temps qui passe. Corps « déchirés », visages transfigurés et âmes blessées : leurs toiles nous mènent sur un chemin de traverse, entre la vie et la mort.

Hervé Godard, L’EXPRESS, 22 août 2002, Paris

Fred Kleinberg un artiste français en Russie

Grâce à une allocation de recherche à l’étranger des Affaires Culturelles de la Ville de Paris et de l’AFAA, Fred Kleinberg qui travaille sur la mémoire du corps dans des œuvres sauvages, à l’expressionnisme sous-jacent, est parti deux mois en Russie, entre Moscou et Saint-Pétersbourg. « J’ai réalisé un carnet de voyages, mêlant à mes propres émotions des interviews, des rencontres, des croquis de lieux, des photos, des sentiments ressentis sur le vif ». Il en ramené des œuvres fortes qui n’en finissent pas d’explorer la chair sur de grands formats, impressionnants : de ces œuvres qui ne sont pas de celles qu’on regarde distraitement et que l’on oublie l’instant d’après. La sublimation de la chair rythme ici avec ce que Fred Kleinberg a vu. Une oeuvre obsédante. L’artiste inscrit ses interrogations étonnées au plus profond de la matière, dans ce chaos de mauve, de rose, de rouge où la nuit remue et se retire, laissant place à une cruauté pourtant sensible, sensuelle mais réaliste. Kleinberg ne triche pas. Sans doute l’émotion de ses toiles vient-elle de ce que l’artiste ne cesse de ressentir avec une extrême intensité le drame des problèmes des Russes actuellement.

Un art implacable.

Murielle Carbonnet, Demeures et Châteaux, Edition Suisse,
Hors série Musée Guggenheim, octobre 2001


Allemagne – Exposition
Fred Kleinberg
Chaque jours je meurs, chaque jours je vis

Par des mots poétiquement barbouillés d’une faute d’orthographe volontaire et symbolique, l’artiste français poursuit son œuvre ancrée dans un rapport au temps qui passe, une petite mort de chaque instant, inexorable et insidieuse. Sa série de 22 autoportraits est un prétexte à l’exploration de cette mémoire du corps entreprise il y a plusieurs années en conjuguant supports et techniques différents.
Avec un trait insoumis, un chromatisme sanguin et dérangeant, il peint une conscience, la sienne, honnête et introvertie.

Christophe Averty, L’EXPRESS, 1er mars 2001, Paris

 

PREFACES et ENTRETIENS

Préface du catalogue de l’exposition Acte II : d’Obscénité et de Fureur
Propos recueillis par Joëlle Péhaut, janvier 2002, Paris

Fred Kleinberg, travailler sur l’ « Obscénité et la Fureur »
N’est-ce pas simplement désigner aujourd’hui un thème qui accompagne, voire guide, ton travail déjà de longues années ?

Bien sûr que ce thème me colle à la peau, mais ce qui m’intéresse c’est de parler des choses qui ont toujours été là, à la fois dans ma peinture mais plus évidemment encore dans la Comédie humaine. En plus, le fait de nommer aujourd’hui, génère un autre enjeu. Celui d’utiliser un thème à vocation plutôt littéraire, dans un domaine que je ne considère pas littéraire, à savoir, la peinture. Comment faire pour produire des images en exacerbant davantage le thème, en essayant d’en révéler sa substance, et d’aller vers des situations extrêmes sans céder à la tentation du romantisme ou de la gratuité ?


S’agit-il de réincarner des mots que tu juges galvaudés ?

C’est peut-être ça. Comme une ambition, une utopie. Mais il ne s’agit pas seulement de réincarner des mots sinon de leur redonner du sens avec, évidemment, un parti pris. De plus, il existe quelque chose de contradictoire dans l’association de ces deux termes : obscénité et fureur. Dans la fureur, il y a pour moi, quelque chose qui relève de l’instinct de survie, une résistance alors que l’obscénité me tire vers le morbide. Cette ambiguïté du thème me convient bien car ce qui m’intéresse dans l’image, c’est l’ambivalence de la lecture qu’elle peut susciter.


Tu penses à cela lorsque tu peins ?

Non, je ne pense à rien. Quand je peins, je peins. Quand je peins, je suis perdu. Mais je suis toujours surpris par les réactions des uns et des autres. On me dit souvent, ça revient comme une litanie, que ma peinture est dure. En réalité, quand j’allume la télévision, ouvre n’importe quel journal ou sors simplement dans la rue, je trouve cela bien plus violent. Ce qui est vrai c’est que c’est ce contact avec le réel qui me nourrit et me fait peindre. Pour moi, aujourd’hui, il n’y a que le drame qui me fait peindre.


De quel drame parles-tu ?

Celui, banal, de chacun d’entre nous. A savoir la difficulté à trouver une bonne raison d’être là. Du malentendu permanent, de l’opacité de toute tentative d’échange. Je parle d’aliénation. De la loi du plus fort, de l’éternel appel du sang et de la terre.


Tu parles d ’âme et tu peins des corps.

Le corps m’intéresse parce que c’est un monde à lui seul. Il est un terrain d’expériences, celui de l’expérience intime aussi. C’est le mien, principalement. Celui où je travaille, où j’ai quelque chose à dire. Dans mon corps, je suis chez moi et c’est quelque chose que je partage avec les autres. Alors je pense que ça peut les intéresser. De façon un peu emphatique, on peut dire que c’est le lieu de l’expérience existentielle. Le corps n’est pas pour moi, une enveloppe, une vitrine, un filtre ou je ne sais quel médiateur de l’expérience. Mais il s’agit de rendre compte aussi d’autres choses que des aléas de l’âme ou du sentiment. Dans un entretien avec Emmanuel Daydé, je dis que le cerveau est une tripe. A partir de là, on peut commencer à discuter.


Le corps pense et l’esprit éprouve

Oui, mes images se fabriquent avec un amalgame de ressenti et de construit. Le mélange d’une pensée contre et d’un ressenti brutal. De cette façon, je produis des images à valeur emblématique, que je considère, sans jeu de mot, comme des expressions minimales de notre condition. Je me méfie des choses qui sont contextualisées. Figurer l’environnement est pour moi superflu.


C’est quoi une « pensée contre »

C’est simplement une pensée qui refuse de se soumettre. Une façon de non croire. Finalement, il n’y a pas de jugement. Je donne à voir et je choisis ce que je montre.


Tu t’engages sur l’essentiel …

En quelque sorte une manière de donner un avis sur des choses qui ont toujours existé et par seulement de produire l’information. De toute façon, ne n’adhère par du tout à cette pensée qui dissocie l’esprit du corps. Toute vision dichotomique est absente de mes convictions. Le bien, le mal, ce qui est obscène et ce qui ne l’est pas, le positif, négatif…


Un homme en position de chien, deux autres s’adonnant à une scène de cannibalisme, une série de personnages dont on ne sait si leurs bouches attendent u ne pitance, poussent un cri ou envoient des baisers…

J’ai vraiment l’impression de vivre dans un univers cannibale. Evidemment, ça paraît toujours plus cruel lorsqu’on montre deux êtres qui s’entre-dévorent. Ca exacerbe le propos, ça le prend au pied de la lettre. C’est une façon de rester dans ce qui me semble plus juste, de ne pas s’égarer.


On va encore te dire que ta peinture est dure …

Ce serait refuser de reconnaître l’ambiguïté des situations. Cette image de chien, c’est à la fois une attitude de soumission, commandée par un système social qui l’induit en permanence, mais c’est aussi recouvrer une part d’animalité.

Refuser d’admettre nos contradictions ?

Et surtout refuser d’approcher la valeur hybride de l’image. Ca tire des deux côtés. Peut-être même vers une troisième, une quatrième possibilité. C’est cela qui m’intéresse. Ca ouvre des portes. A ce moment-là, on n’est plus tout à fait sûr de ce qui est obscène ou de ce qui ne n’est pas. Il s’agit de provoquer. En inscrivant des images dans un panel plus large. On n’est pas homme ou chien, de façon si catégorique …


Notre destin est alors plus complexe …

Oui, et c’est plus riche. Ce thème du destin, de la fatalité et des choses inextricables que j’ai abordées avec les vanités est encore présent aujourd’hui. Mais maintenant, je parle plutôt de vanités collectives. Plutôt que de peindre un seul crâne, je peins un tas de crânes.


L’humanité est en progrès …

Ce n’est pas cynique. J’ai envie de maintenir l’alerte. J’exprime des choses avec une lucidité qui n’engage que moi. Je suis compagnon de route d’une peinture qui, sans être expressionniste comme référence historique, montre des états du corps en exprimant une grande colère.

 

Avant-propos du catalogue Fred Kleinberg – peintures 2001


Et incarnatus est

La chair, la peau, les trous, les éclats qui play blessures, la charogne envahissante, le corps pourrissant, les oiseaux migrateurs aux serres de rapaces, du vent mort et des yeux clairs dans les crânes traversés, les couleurs de la télévision au de l’horreur vision, ce que nous sommes, ce que nous devenons, des cadavres en sursis, rougis au violet impérial, des écorchés vifs torturés de silence, qui vivons, aimons et mourrons ensemble, en nous mangeant nous-mêmes, histoire de satisfaire le goût des autres, à mâcher, à recracher, résurrection, érection, religion des morpions, omnia tempus habent, un temps pour tout, aimer et mourir, dans des solarisations vert pomme et des déflagrations rose bonbon, attentat à la couleur, vite, vite, puisqu’il faut encore vivre, et mourir, et pourrir, et nourrir. Et incarnatus est.

Emmanuel Daydé, Directeur adjoint des Affaires Culturelles
de la Ville de Paris, mars 2001, Paris


Propos recueillis par Emmanuel Daydé, Paris, mars 2001
Préface du catalogue Fred Kleinberg - Peintures 2001

Incarnat - Incarnation - Incendie - Incendiaire


Emmanuel Daydé
Vous peignez aujourd’hui des étreintes, des charognards et des vanités, qui sont un peu toutes les étapes du dépérissement du corps. Faut-il y voir la mise en marche d’un certain dépérissement de la peinture ?

Fred Kleinberg
Je ne l’ai pas vu comme ça. Le vrai danger concerne l’homme. C’est l’histoire de l’homme qui me fait peindre.

E.D.
Mais vous utilisez également des images numériques.

F.K.
Il n’y pas d’opposition. Au contraire, chaque technique, chaque outil propose ses propres règles et c’est cette diversité qui nourrit mon travail. Il y a un effet « boomerang » dans tout ça, je rebondis,. L’image numérique alimente la peinture qui, elle-même, fertilise la production d’autres images (gravures, litho, dessins…). Par exemple, à partir d’une vidéo que j’ai réalisée an musée de cire anatomique de Florence, j’ai extrait des images numériques qui ont, par la suite, donné lieu à des peintures. L’ensemble de ces travaux a été présenté lors d’une exposition « La Mémoire au corps » dans laquelle les passages d’une technique à l’autre témoignaient d’une cohérence et non d’une contradiction. Il y a dans tous ces mouvements un plaisir du jeu du jeu, du détournement des contraintes et de l’invention.

E.D.
Vous pratiquez néanmoins une peinture du pourrissement. Vos toiles sont attaquées, mangées, menacées.

F.K.
Si dans le pourrissement, vous envisagez le passage du vivant d’un état à un autre, alors oui – et seulement dans ce cas. C’est ce passage qui m’intéresse, et bien que mes images soient « attaquées, mangées, menacées », elles résistent. Mes tableaux sont toujours à la fois les témoins mais aussi les acteurs d’une lutte dont ils font la mémoire. En cela, motif et procédés sont intimement liés. Je situe radicalement mon travail dans une prise en compte de la mort, afin d’éviter l’écueil de la morbidité. La peinture reste toujours en deça du contact avec le réel. Ce que je fais me paraît alors d’un optimisme forcené.

E.D.
Les couleurs que vous utilisez, comme le violet, le rose ou le vert semblent venir contrarier la violence du sujet.

F.K.
Je me laisse envahir par la couleur. Je ne suis pas sûr qu’il existe une hiérarchie dans le temps, entre la couleur et le sujet, dans la fabrication du tableau. Je ne pense pas que la violence ait une couleur ou une tonalité. Je pense que cette idée de correspondance absolue est un reste du XIX siècle, de ce qu’est la peinture pompier. Après la Seconde Guerre mondiale, quant on voit tout ce qui a été fait, dans le courant existentialiste par exemple, tout est noir, ou gris. Même chez des artistes comme Wols ou Gillet. Je ne me sens pas du tout dans cette filiation d’une certaine peinture française.

E.D.
N’oublions pas Delacroix, ou même Hugo, avec lesquels vous semblez entretenir des affinités. N’y aurait-il pas un côté romantique dans votre peinture, avec cette alliance des complémentaires, et notamment du vert et du rouge-violet, quelque chose de plus violent, excessif ?

F.K.
La couleur est un élan, une façon de défier l’équilibre avéré, de prendre à contre-pied les idées toutes faites sur la représentation de l’expérience humaine. Finalement, il s’agit plutôt d’être rebelle pour être juste. Disons que dans le romantisme je retiens plus la sensibilité et l’exaltation que la rêverie.

E.D.
Malgré votre goût pour des couleurs exaltées, peut-on dire, pour autant, qu’il s’agit de tonalités
Pop ?

F.K.
Le fait que je travaille les images à l’ordinateur, que j’aime la sérigraphie et que je m’intéresse à la peinture abstraite américaine, me rend proche d’une certaine sensation électrique de la couleur. Mais mon travail n’est pas détaché.

E.D.
Même si vous jouez de la guitare électrique, on ne peut pas dire pour autant que votre peinture soit une peinture « Rock ».

F.K.
Non. Je crois que ce sont deux univers antinomiques. J’aimerais bien peindre comme Sonic Youth ! Mais en peinture, on n’est pas dans l’immédiat. Les chansons de deux minutes n’ont rien à voir avec la sédimentation des couches et des couleurs que je cherche à obtenir.

E.D.
Le fait de superposer des couches de papier sur votre toile donne une image de type archéologique …

F.K.
Ce qui m’intéresse, c’est de montrer le passage du temps. Je veux figurer la mémoire du passage du temps, la matérialité du passage du temps, de ces parties érodées qui sont presque des zones d’amnésie. Lorsque je crée un éclat, un impact, il y a un morceau de l’œuvre qui fait accident, histoire. C’est pourquoi je travaille par strates en mêlant l’arrache à la superposition, l’enlèvement à l’accumulation. L’histoire du tableau est faite d’accidents. Ces zones accidentelles que j’appelle des impacts ont la double vertu d’être des éléments de compréhension de l’œuvre mais aussi des objets purement graphiques.

E.D.
Si vos peintures étaient lisses et sans impact, elles pourraient presque être « belles ». Mais voilà, il y a ces impacts qui représentent toujours une menace, un danger.

F.K.
Le fait de créer quelque chose et en même temps de le détruire, c’est peut-être cela, peindre.

E.D.
Vous appelez une de vos toiles «Incarnat » que vous déclinez ensuite en « Incarnat, Incarnation, Incendie, Incendiaire »…

F.K.
« Incarnat » c’est la couleur de la chair. Un rouge clair et vif, qu’en l’occurrence je n’utilise pas puisque c’est plutôt le rouge sang qu’on trouve sur mes toiles. Je peins vraiment là dans un rapport avec le corps vivant. Même s’il est affligé, atteint, défait ou supplicié, c’est sa présence et sa vie qui m’intéressent. Ma peinture se situe dans cette périphérie-là, une expérience que l’on retrouve dans le body-art ou dans l’actionnisme viennois. Entre « Incarnat » et « Incendiaire », il y a « Incartade ». Le propos qui se veut incendiaire, c’est une question de chaleur, de couleur et de mouvement, mais c’est aussi un écart de conduite.

E.D.
Comment les charognards sont-il arrivés dans votre peinture ?

F.K.
Vous savez que ce mot renvoie autant au vautour, l’animal, qu’à une version plus figurée de l’homme qui exploite. Le charognard, ce n’est pas un symbole mais une fatalité.

E.D.
Comme si la vie continuait après la mort, à travers l’ingurgitation ?

F.K.
Oui, il y dans l’acte de manger les morts quelque chose de très social, d’économique et de politique. Pour certains peuples, je pense aux Parcys, c’est une pratique rituelle en forme d’éco-système. En art, c’est évidemment une métaphore à la façon d’une vidéo en boucle, par exemple. On nourrit le monstre qui lui-même nous nourrit… On veut même que les vaches deviennent carnivores…

E.D.
Vous pratiquez l’humour, comme avec ce singe qui contemple un crâne. Tout à fait dans l’esprit du XVIIIème siècle qui raffolait des peintures de singes savants jouant aux peintres. Sans oublier la « Planète des singes » qui est plus récente …

F.K.
Le tableau dont vous parlez est sur le thème des vanités. Il s’appelle « Nique Ta Mort ». C’est un homme-singe qui baise un crâne. Mais est-ce vraiment si drôle ?

E.D.
La peinture, ce n’est pas cérébral ?

F.K.
Non, c’est corporel, Même si le cerveau est une tripe. Les peintres sont aussi des gens qui réfléchissent.

Préface du catalogue de l’exposition à la Fondation COPRIM
Par Itzahk Goldberg, Historien d’art, Paris 1999


La mémoire au corps. Chaque image dans l’œuvre de Fred Kleinberg peut en cacher une autre. Ou plutôt, chaque image est une autre image en puissance. Employant différentes techniques et divers supports (vidéo, photographie, peinture), l’artiste suit de près leurs parcours, leurs métamorphoses, leurs recyclages. Des histoires d’amour, mais aussi des histoires de trahisons sans fin, car ce sont les écarts et les passerelles entre ces différentes représentations qui fascinent l’artiste et qui forment une production riche en ramifications. Parfois, on serait même tenté de croire que pour Fred Kleinberg la fonction essentielle de l’image est d’être détournée de son rôle initial ou de devenir image au second degré. Manipulateur, sans être iconoclaste, il retouche et bricole, modifie et ajoute, bref il invente.

Ainsi, il filme le célèbre musée de cire anatomique situé à Florence. La caméra glisse sur ses répliques transparentes des corps, les pénètre, conjugue l’érotisme au macabre. Ici, la pulsion scopique, qui se cache derrière la prétendue innocence du regard artistique est mise à nu. Mise à distance ou mise en abîme également, car le regard du spectateur est relayé par celui des visiteurs du musée, à leur tour occupés à enregistrer le même spectacle sur une pellicule.

De temps à autre, un cors ou fragment, de cire ou bien vivant, se fixe sur l’écran. Toutefois, cet arrêt sur l’image n’a rien d’une image arrêtée. Fred Kleinberg l’extrait de son contexte, l’imprime sur du papier glacé, en fait la matrice d’une suite de variations peintes sur des papiers du même format. Chacune des composantes de ces mini-séries partage la même tonalité chromatique et malgré une apparence souvent abstraite, suggère la structure de l’image d départ.

Une ligne de force, une courbe, un entrelacs brossés avec vigueur, rappellent un détail photographié, transformé et recouvert par la mati¨ère picturale. La chair remonte à la surface, la mémoire du corps se maintient par la logique de la série. On le sait, la mémoire est comme le ciment de la série, car comme l’écrit Jean-Louis Schefer : « Chaque surface, chaque tableau est habité par la mémoire, c’est-à-dire par le temps du déplacement et de l’effleurement successif de plusieurs temps de la peinture »1. Il est probable que ce besoin de reprendre les mêmes éléments, de les retravailler sans cesse, vient de la volonté de Fred Kleinberg de trouver une manière propre à lui d’occuper la surface du tableau, d’atteindre une animation qui se passe de toute narration. Ses œuvres récentes font croire qu’il s’engage dans un long processus de lutte contre les images existantes. C’est ainsi que des toiles rouges se couvrent de taches et de nuages noirs ou des fonds bleus foncés sont traversés par des formes roses, comme des cartes imaginaires mais vraisemblables d’une tempête qui ne finit pas de se déclarer. Recouvertes ou plutôt raturées, elles semblent être chargées d’une violence, où la création se mêle intimement à la destruction.

Cependant, malgré le refus de toute illusion spatiale, malgré le rejet de toute référence à une réalité quelconque, la sensation d’un espace implicite, l’apparition des figures en filigrane persiste. Les trajets irréguliers forment des réseaux inextricables, des mailles flottantes, des volumes en expansion. Ces nœuds organiques, souvent au centre du tableau, font surgir parfois des formes menaçantes et séduisantes à la fois, à mi-chemin entre un fœtus et un corps inachevé.


Face à cette abstraction particulière, une dernière série : des visages qui accompagnent l’artiste depuis toujours. Des « portraits » anonymes, griffonnés, des visages qui surgissent d’un magma de traits bouillonnants. Il est probable que Fred Kleinberg ait croisé ces fameuses lignes de Henri Michaux : »Dessinez sans intention particulière, griffonnez machinalement, il apparaît presque toujours sur le papier des visages. Menant une excessive vie faciale, on est aussi dans une perpétuelle fièvre du visage. Dès que je prends un crayon, un pinceau, il m’en vient sur le papier, les uns après les autres, dix, quinze, vingt. Et sauvages la plupart. Est-ce moi tous ces visages ? Ce sont d’autres ? De quels fonds venus ? Ne serait-il pas simplement la conscience de ma propre tête réfléchissante « ? »2.

Peut-être, comme le dit ce poète, ce que l’on cherche, est ce à quoi on revient toujours, parfois malgré soi, est le visage. Peut-être, « La mémoire au corps » est-elle avant tout la mémoire du corps de soi, celle à laquelle on n’échappe jamais.

  1. 1 J.L. Schefer, « Ténèbres du blanc », catalogue de l’exposition, Martin Barré, Musée d’Art
    Moderne de la Ville de Paris, 1979.
  2. Henri Michaux, Peinture, Paris, 1979.


PROPOS CHOISIS

« Le vrai danger concerne l’homme. C’est l’histoire de l’homme qui me fait peindre ».


« Chaque technique, chaque outil propose ses propres règles et c’est cette diversité qui nourrit mon travail. Il y a un effet « boomerang » dans tout ça, je rebondis. L’image numérique alimente la peinture qui, elle-même, fertilise la production d’autres images (gravures, lithos, dessins…)… Il y a dans tous ces mouvements un plaisir du jeu, du détournement des contraintes et de l ’invention ».


« … bien que mes images soient « attaquées, mangées, menacées », elles résistent. Mes tableaux sont toujours à la fois les témoins mais aussi les acteurs d’une lutte dont ils font la mémoire. En cela, motifs et procédés sont intimement liés. Je situe radicalement mon travail dans une prise en compte de la mort, afin d’éviter é’écueil de la morbidité. La peinture reste toujours en deça du contact avec le réel. Ce que je fais me paraît alors d’un optimisme forcené… ».


« Je me laisse envahir par la couleur. Je ne suis pas sûr qu’il existe une hiérarchie dans le temps, entre la couleur et le sujet, dans la fabrication du tableau. Je pense que cette idée de correspondance absolue est un reste du XIXe siècle, de ce qu’est la peinture pompier. Après la Seconde Guerre Mondiale, quant on voit tout ce qui a été fait, dans le courant existentialiste par exemple, tout est noir, ou gris. Même chez des artistes comme Wols ou Gillet. Je ne me sens pas du tout dans cette filiation d ’une peinture française ».


« La couleur est un élan, une façon de défier l’équilibre avéré, de prendre le contre-pied des idées toutes faites sur la représentation de l’expérience humaine. Finalement, il s’agit plutôt d’être rebelle pour être juste. Disons que dans le romantisme, je retiens plus la sensibilit é et l’exaltation que la rêverie ».

« Le fait que je travaille les images à l’ordinateur, que j’aime la sérigraphie et que je m’intéresse à la peinture abstraite américaine me rend proche d’une certaine sensation électrique de la couleur. Mais mon travail n’et pas détaché ».


« …en peinture, on n’est pas dans l’immédiat. Les chansons de deux minutes n’ont rien à voir avec la sédimentation des couches et des couleurs que je cherche à obtenir ».


« Ce qui m’intéresse, c’est de montrer le passage du temps. Je veux figurer la mémoire du passage du temps, la matérialité du passage du temps, de ces parties érodées qui sont presque des zones d’amnésie. Lorsque je crée un éclat, un impact, il y a un morceau de l’œuvre qui fait accident, histoire. C’est pourquoi je travaille par strates en mêlant l’arrachage à la superposition, l’enlèvement à l’accumulation. L’histoire du tableau est faite d’accidents. Ces zones accidentées que j’appelle des impacts ont la double vertu d’être des éléments de compréhension de l’œuvre mais aussi des objets purement graphiques ».


« … Je parle du malentendu permanent, de l’opacité de toute tentative d’échange. Je parle d’aliénation,. De la loi du plus fort, de l’éternel appel du sang et de la terre. »


« … mes images se fabriquent avec un amalgame de ressenti et de construit. Le mélange d’une pensée contre et d’un ressenti brutal. De cette façon, je produis des images à valeur emblématique, que je considère, sans jeu de mot, comme des expressions minimales de notre condition… »


« …De toute façon, je n’adhère pas du tout à cette pensée qui dissocie l’esprit du corps. Toute vision dichotomique est absente de mes convictions. Le bien, le mal, ce qui est obscène et ce qui ne l’est pas, le positif, le négatif… »


« Le fait de créer quelque chose et en même temps de le d étruire, c’est peut-être cela, peindre ».

« Incarnat » c’est la couleur de la chair. Un rouge clair e vif, qu’en l’occurrence je n’utilise pas puisque c’est plutôt le rouge sang qu’on trouve sur mes toiles. Je peins vraiment là dans un rapport avec le corps vivant. Même s’il est affligé, atteint, défait ou supplicié, c’est sa présence et sa vie qui m’intéressent. Ma peinture se situe dans cette périphérie-là, une expérience que l’on retrouve dans le body-art ou dans l’actionnisme viennois. Entre « Incarnat » et « Incendiaire », il y a « Incartade ». Le propos qui se veut incendiaire, c’est une question de chaleur, de couleur et de mouvement, mais c’est aussi un écart de conduite ».


« Les peintres sont aussi des gens qui réfléchissent ».




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