EXTRAITS DE PRESSE Préface
de Jean Monod, poète et ethnologue, 2001 Il y a dans la peinture d’Aziz Elhihi un homme en marche. Dans cette marche il y a une migration d’animaux. La première fois que je l’ai vu peindre, j’ai pensé à un taureau. La peinture, comme l’arène, est le lieu d’un combat. Ce combat est l’ultime rencontre entre l’homme et l’animal. Dans la peinture de Picasso, Picasso est le taureau. Cette métamorphose en recouvre une autre, mythico-originelle, où Picasso s’identifie au Minotaure. C’est alors le taureau qui dévore l’homme. Du Minotaure dévoreur d’hommes au taureau mis à mort par le torero, un cycle se boucle. Mais le drame n’est pas clos. Dans la peinture d’Aziz Elhihi, le tableau est peut-être une arène, mais on ne voit pas le taureau. Le taureau est devant la toile. Son ancêtre n’est pas une créature imaginaire, mais une espèce bien réelle, bison ou aurochs, longue horde d’animaux migrant au fil des millénaires jusqu’à rencontrer leur fin aux mains de l’homme. Le taureau Elhihi devant la toile est le survivant de ces hordes. Il s’arrête, piétine, racle le sol. La peinture – une histoire de sang – lui sort par les nasaux. Il y a dans la peinture d’Aziz Elhihi un enfant qui rêve. Il est à une fenêtre. Le monde pourrait être beau… Il y a dans la peinture d’Aziz Elhihi une terre qui s’enfle. La couleur dans les tableaux d’Aziz Elhihi n’est pas une nuance. C’est une matière, la trace d’un feu. Il y a dans la mémoire embrasée de l’enfant ayant fui la terre de sa naissance un volcan de lumière qui oppose ses fulgurances aux vomissures du mensonge. C’est pourquoi tout tableau d’Aziz est un moment du désert où, comme des pustules, naissent des figures de sable. Monuments du désir. Sacs de peau gonflés vers une existence incertaine. Fondus au sol. Et des mères. Des nativités. A ne plus savoir qu’en faire. Quand les mères ne sont plus le lien avec la terre, ou si elles le sont, ce lien n’est pas une langue. Quand les mères ne sont plus le lien avec le vrai. Mères cernées de monstres, que l’enfant à naître tente de dompter en leur opposant ses esprits familiers. Pas le bœuf et l’âne: le bison, et quelques insectes non identifiés. C’est le malheur qui fait le poète. La langue arrachée, dit Serge Pey. Le poème est la parole d’une langue manquante. Sa conscience. Qu’est-ce qui fait le peintre? Tout artiste est l’orphelin d’une langue qu’il crée. La peinture serait le rêve d’un monde sans langue? Dans tout tableau d’Aziz la nuit recommence d’où la couleur sort comme une tentative de changer l’origine du monde.
La
Galerie Fallet accueille L’artiste expose son univers peuplé d’animaux et d’êtres primitifs Il y a des fables en devenir dans la peinture d’Azi Elhihi, artiste d’origine berbère né à Meknes en 1960. Une vie cueillie à la source, dans son innocence et sa chaleur intacte et généreuse. L’ethnologue Jean Monod, dans un magnifique texte dédié au peintre , y voit également un « enfant qui rêve ». C’est un rêve de sable qui passe là. On voudrait y plonger les mains, en extraire d’étranges oiseaux dont on lisserait soigneusement les ailes. Parfois, un enfant en surgit comme d’un ventre rond. La mère est là, qui veille, attentive et radieuse. Débarqué à Genève en 1981, Aziz Elhihi a notamment exposé au Palais des Nations Unies ou encore à la Biennale de Venise. En parallèle, il a animé des cours de peinture destinés aux patients de l’Hôpital psychiatrique de Mendrisio. Utilisant la technique mixte sur toile, l’artiste a conçu une œuvre à la fois tendre et sauvage, instinctive et authentique. Les couleurs y sont matière vive, « Trace d’un feu », pour reprendre encore les termes de Jean Monod. Un feu « fondateur » dont on ne peut détourner le regard. Lionel Chiuch, Tribune de Genève, 16 septembre 2005
Aziz
Elhihi The paintings of Aziz Elhihi are like the vision of a child daydreaming, looking into the distance, and it seems to him that the world has everything it needs to be beautiful. But it is not. Aziz’s work is direct, brutal, uncompromisingly true, excluding any hyprocrisy or lies. A self-taught artist born in Meknes in 1960, his style, which is straightforward and primitive, sends the world a mirror image of part of it: it’s savage, yet poetic tribalism. Claire
Raffenne, Swiss Style Magazine, nr. 4 2005, Geneva
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