EXTRAITS
DE PRESSE
Un soir à l'atelier
pour Laurent Cybéo
Sans fin les yeux les heures giboyeuses tu ne vis pas encore tu restes à demi replié dans ton regard les gîtes de l'espace les prairies d'émeraude
Et le plus humble s'avance avec ses doigts ses paumes les yeux mi-clos de la divination
Est-il vrai qu'Aphrodite se donna à l'amoureux de son image dis-moi es-tu de la présence ou du divin dis-moi quelle est cette forme de toi entre nous et le monde
Qui s'irise par les yeux le déliement des lèvres vers l'espace le plus proche
Ou est-ce déjà l'infini par ce pur creusement des tempes le dévers des joues
Et voici maintenant que tu t'avances vers lui
Tu acquiesces aux paumes pleines de terre quelle promesse sinon de toi dans les déserts aujourd'hui du monde
Seule dressée dans l'espace avec cet étonnement la pure attente
Des visages à l'instant d'être emportés par la grande marée
Ses doigts retombent lentement il s'est levé dans la chambre claire
A sa fenêtre il voit il songe à l'archipel des hommes des cultures
Quel art direz-vous sinon d'une très grande vision qui se nourrit du proche de vos gestes de vos plis des ravines dans le jour
Votre présence souveraine ô pour lui le plus humble
Son amour le coup d'aile à l'aube le premier pas sur les grandes avenues libres
Errant déjà entre vous et l'œuvre à l'heure giboyeuse
Les eaux les eaux des yeux plissés quand le cœur oscille et bascule vers le cœur des choses
Tu es là tu es la tête et cela lui prendra vingt ans de sa vie
Parfois la face noire au milieu de la lumière
Et déjà les lignes qui l'emportent sur la nuit le corps habitable
Quel art sinon de cela qui rassemble et qui ouvre
Pardonnez-lui soudant farouche il s'esquive s'éloigne vers les quelques mètres de l'atelier il se love dans l'immense creuset
Que serions-nous sans ses doigts invisibles
Qui oeuvrent jour après jour dans le lit du jour
Denys Crapon de Caprona, Critique littéraire et Traducteur
Revue A Bras le Corps, No.1, avril 2005, Genève
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Laurent Cybéo
Devenir post-archétype
Lorsque nous entrons dans l'atelier du sculpteur Laurent Cybéo, nous sommes saisis d'étonnement devant le dépouillement du lieu, son opaque virginalité. Soudain le sculpteur sort un socle couvert d'un sac en plastique noir ou vert, sous lequel nous devinons une forme modelée.Il l'installe précautionneusement sur un présentoir pivotant, puis dévoile l'œuvre. L'apparition nous charge d'une intense présence, d'une inquiétante mais non moins roborative frontalité. Cybéo travaille d'après des modèles et il nous est arrivé, dans un café, de reconnaître un homme que nous avions tout d'abord vu de marbre (!) dans l'atelier du sculpteur.
Au-delà d'une simple ressemblance réaliste, la sculpture de Laurent Cybéo creuse le vide sans le combler, ajoute de la matière au temps dépouillé et n'ôte jamais l'argile déposée sur l'armature, l'argile modelée à la surface de la durée. Ainsi il ressaisit l'essence de l'expression d'un être. On peut dire que la tête, sous tous ses angles, se construit par ajouts de terre et comprend tous les vides, toutes les marques, toutes les bosses et les irrégularités que le temps dessine sur les rideaux de notre peau. L'humanisation qu'il fait subir à l'expression sculpturale rend contemporain le langage antique de la statuaire grecque, et ce pour deux raisons : Tout d'abord on peut dire que par-delà les archétypes hérités des Anciens, les « protos » parfaits désignant les idéaux mythiques, la sculpture de Cybéo est davantage une science précise du visage, une lumineuse expression de la singularité de chacun d'entre nous. L'art de Laurent Cybéo est une bouffée d'affects et un travail sur le Visage qui est l'émotion même.
Gilles Deleuze définit l'affect en plaçant le visage au centre de l'expression affective: « C'est l'ensemble d'une unité réfléchissante immobile et de mouvements intenses expressifs qui constitue l'affect. Mais n'est-ce pas la même chose qu'un Visage en personne? Le visage est cette plaque nerveuse porte-organes qui a sacrifié l'essentiel de sa mobilité globale, et qui recueille ou exprime à l'air libre toutes sortes de petits mouvements locaux que le reste du corps tient d'ordinaire enfouis. »1
C'est aussi avec un respect infini pour l'Autre dans son altérité que Cybéo fait figurer l'infigurable, le temps et ses scories, les corps et leurs langages. C'est pourquoi son travail est en devenir et porte sur le devenir. Sculpter c'est, disait Alberto Giacommetti, vouloir arrêter le temps, lutter contre la mort et la disparition des choses. Chez Cybéo, le langage est bien plus affirmatif : son travail rend sensation, à travers l'argile, la cire et la craie, du devenir irrépressible des formes, de l'existence immédiate d'autrui, de son humanité universelle. Cette humanité s'exprime fortement à travers les faiblesses, les marques, les aspérités de la peau. Ce travail nous réapprend à voir, à regarder l'Autre en un temps où nous ne faisons souvent qu'appréhender schématiquement les présences. Contre le zapping continuel des formes stables, la constante apparition des formes en devenir.
Ainsi la sculpture de Laurent Cybéo actualise, par une touche nouvelle, un savoir-faire antique, une mémoire séculaire qui permet de dire de son œuvre qu'elle est l'expression d'une durée mouvante, selon la terminologie de Bergson, qui nous offre le don de l'Autre à travers des nappes de temps purs, non segmentées.
En un temps d'exaltation mécanique de soi, vive le devenir-autrui de Laurent Cybéo, car le devenir est éternel, seule la mort est temporelle.
Sebastian Roth,
Philosophe, Revue A Bras le corps, No. 1, avril 2005, Genève
1 Gilles Deleuze, L'image-mouvement, Paris, Minuit, Critique, 1983, p.126
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Metteur en scène de l’impalpable
… Laurent Cybéo devient chorégraphe de l’expression humaine… Par le jeu dsubtil des volumes, les personnages translucides semblent se détacher de leur support afin d’inviter le spectateur à percevoir, au-delà des apparences, les caractères, la vie intérieure et surtout l’essence même des êtres.
Extrait t’un texte de Mariam Blanchard, Historienne de l’art
A bras le Corps, No. 2, septembre 2005
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Laurent
Cybéo à la
Galerie Fallet
Portraits de cire
Laurent
Cybéo est sculpteur, pourtant les œuvres
récentes qu’il présente à la Galerie
Fallet sont des portraits peints à la cire. L’artiste
a trouvé dans la plasticité de cette matière
le moyen d’exprimer toutes les subtilités du modelé d’un
corps, le sens des masses et volumes, les valeurs évanescentes
de la lumière. Ces travaux d’une rare sobriété invitent à porter
un nouveau regard sur l’art du portrait.
Dans sa seconde méditation, Descartes affirme : « J’ai
pensé que j’étais un homme. Mais qu’est-ce
qu’un homme », il poursuit sa réflexion par
une étonnante description des parties du corps, de ses
facultés mécaniques et perceptuelles. . Ayant clos
cet inventaire, il bute sur une interrogation autrement plus
délicate ; « Mais moi, qui suis-je ? ». alors
pour mieux déplier sa pensée, le philosophe a recours
au célèbre exemple du bloc de cire qui lui permet
de comprendre que seul l’esprit a la capacité de
concevoir la mutabilité des corps en général
et de celle de l’homme en particulier. Dans les portraits
de Laurent Cybéo, la cire joue à nouveau ce rôle
de révélateur physique et métaphysique,
et les figures qu’il construit et modèle couche
par couche sur ses tableaux affirment autant la réalité d’un
corps qu’elles expriment l’état d’une
pensée.
Mises
en scène
Dès ses années de formation, autour des années
quatre-vingts, l’artiste est préoccupé par
la figure humaine,. Mais dans la plupart des écoles, l’art
de la figuration est considéré comme rétrograde,
aussi l’apprentissage des techniques académiques
se fait-elle dans l’ombre et l’isolement. Malgré sa
dévaluation, l’image du corps nu reste pour Laurent
Cybéo le centre et le sens de ses recherches, il attend
patiemment le bon moment pour réintroduire la figuration
dans l’espace visuel contemporain. Durant cette période
difficile, il va progressivement acquérir son propre langage,
d’abord en travaillant sur les échelles réduites
et les contrastes de styles et d’époques. Il crée
alors d’étonnantes mises en scène avec de
petites figurines, rappelant la statuaire primitive ou antique,
et des objets usuels auxquels in confère une patine millénaire.
Ses travaux sont remarqués par Eric Frank, un important
galeriste genevois aujourd’hui installé en Angleterre,
qui va lui consacrer une exposition personnelle.
L’idée d’organiser des scénographies
pour amener le spectateur à découvrir l’objet
sculpté figuratif sous un angle insolite permet à l’artiste
de développer un authentique art d’installation,
une démarche qui s’insère parfaitement dans
l’évolution de la sculpture contemporaine. C’est
aussi une façon de maintenir un lien avec l’art
statuaire et d’affirmer sa nécessaire présence
dans l’environnement actuel. Les portraits de cire viennent à leur
tour, avec leu5r volumétrie translucide et incolore, souligner
ce même besoin de représentation esthétique
du corps. La technique utilisée permet à l’artiste
d’exercer son talent de sculpteur sur une surface plane
et de créer une illusion graphique, alors que ses images
restent fondamentalement une construction en volume. En effet,
les couches de cire superposées forment des empâtements
qui sont retravaillés afin de leur conférer un
modelé digne d’un bas relief ou d’un camée.
Mais par-dessus tout,
ces œuvres frappent par leur prégnance
tactile, chairs d’un blanc opalescent se détachent
des fonds noirs dans une atmosphère théâtrale.
Baignant dans une lumière rasante qui fait saillir les
expressions, vibrer les regards, ces corps nus révèlent
une étrange proximité, une force et une présence
corporelles qui interpellent l’attention du spectateur
pour le conduire à entamer avec eux un dialogue silencieux.
Françoise-Hélène Brou, Historienne
et critique de l’art,
Scènes Magazine, Genève, No Octobre 2004
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Galerie
Fallet : inquiétants personnages
La Galerie
Fallet, à Genève, présente une impressionnante
exposition de figures, grâce aux sculptures de Tamara
Lunginovic et aux peintures-reliefs de Laurent Cybéo.
.. Invité pour
la première fois par Micheline Vorbe, Laurent Cybéo
présente des personnages émergeant de leur ombre
: des tableaux de fins reliefs de cire étendus par couches
sur fond noir. Avant tout, Cybéo est sculpteur….
Il passe naturellement à ses tableaux, véritables
peintures en relief. «Je prends un noir costaud, une
peinture pour fourneaux qui résiste à la chaleur
de la cire que je fonds dessus, ainsi qu’aux grattages».
Il commence par dessiner à la craie, puis attaque à la
cire chaude, par petites couches, au pinceau. La cire est un
matériau fascinant, translucide, qui en fondant permet
d’étendre des touches et des couches plus ou moins
fines, blanchissant en séchant. Cybéo peut ainsi
modeler ses reliefs, saisir au plus près les expressions
du visage et du corps des modèles qui, longuement, posent
pour lui.
Cette galerie
de personnages dégage une forte présence, un
peu inquiétante, d’ailleurs non pas à cause
de l’ombre d’où ils jaillissent, mais bien
plutôt de par la mise à nu psychique de leur nudité – manière
personnelle, combien respectueuse, d’approcher le caractère
sacré de tout être humain.
Pierre
Hugli
rédacteur en chef, PH+ Arts, Lausanne, no. 52 septembre-0ctobre
2004
BIBLIOGRAPHIE
(sélection)
Fluides essentiels , par Julien Lambert, Scènes Magazines, No. 187, Eté 2006
Le mouvement « A Bras le corps » saisit l’acte artistique dans l’instant même de sa création, par Lionel Chiuch, Tribune de Genève 13-14 mai 2006
Metteur en scène de l’impalpable, par Myriam Blanchard, historienne de l’art, A Bras le Corps, No2, septembre 2005, Genève
Un soir à l’atelier – Pour Laurent Cybéo, Poème de Denys Crapon de Crapona, Critique littéraire et traducteur, A Bras le Corps, No. 1, avril 2005, Genève
Devenir post-archétype, par Sébastian Roth, Philosophe, A Bras le Corps No.1, avril 2005, Genève
Laurent Cybéo : portraits de cire, par Françoise-Hélène
Brou, Scènes Magazine, numéro octobre 2004
Galerie
Fallet : Inquiétants personnages, par Pierre
Hugli, PH+ no. 52, septembre-octobre 2004.
Crédit
Suisse – Fides 1999
Le Taylleur
d’ymages n’a pas d’horaire mais beaucoup
de plaisir, par Thierry de Faveri, TRIBUNE DE GENEVE,
27 mars 1996.
Contre-pied
au Mamco - Bernard transforme André L’Huillier
en collectionneur à principes !, par Carole Varvier,
LA TRIBUNE DES ARTS, Novembre 1995.
Il créa
l’homme à son ymage, par Isabelle Cerboneschi,
LE NOUVEAU QUOTIDIEN, 22 août 1995.
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