Galerie Fallet
 

GALERIE FALLET
 
Micheline Vorbe
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EXTRAITS DE PRESSE
 
Laurent Cybéo

 
Laurent Cybéo Cecilia
48 cm

EXTRAITS DE PRESSE

Un soir à l'atelier

pour Laurent Cybéo

Sans fin les yeux les heures giboyeuses tu ne vis pas encore tu restes à demi replié dans ton regard les gîtes de l'espace les prairies d'émeraude

Et le plus humble s'avance avec ses doigts ses paumes les yeux mi-clos de la divination

Est-il vrai qu'Aphrodite se donna à l'amoureux de son image dis-moi es-tu de la présence ou du divin dis-moi quelle est cette forme de toi entre nous et le monde

Qui s'irise par les yeux le déliement des lèvres vers l'espace le plus proche

Ou est-ce déjà l'infini par ce pur creusement des tempes le dévers des joues

Et voici maintenant que tu t'avances vers lui

Tu acquiesces aux paumes pleines de terre quelle promesse sinon de toi dans les déserts aujourd'hui du monde

Seule dressée dans l'espace avec cet étonnement la pure attente

Des visages à l'instant d'être emportés par la grande marée

Ses doigts retombent lentement il s'est levé dans la chambre claire

A sa fenêtre il voit il songe à l'archipel des hommes des cultures

Quel art direz-vous sinon d'une très grande vision qui se nourrit du proche de vos gestes de vos plis des ravines dans le jour

Votre présence souveraine ô pour lui le plus humble

Son amour le coup d'aile à l'aube le premier pas sur les grandes avenues libres

Errant déjà entre vous et l'œuvre à l'heure giboyeuse

Les eaux les eaux des yeux plissés quand le cœur oscille et bascule vers le cœur des choses

Tu es là tu es la tête et cela lui prendra vingt ans de sa vie

Parfois la face noire au milieu de la lumière

Et déjà les lignes qui l'emportent sur la nuit le corps habitable

Quel art sinon de cela qui rassemble et qui ouvre

Pardonnez-lui soudant farouche il s'esquive s'éloigne vers les quelques mètres de l'atelier il se love dans l'immense creuset

Que serions-nous sans ses doigts invisibles

Qui oeuvrent jour après jour dans le lit du jour

Denys Crapon de Caprona, Critique littéraire et Traducteur
Revue A Bras le Corps, No.1, avril 2005, Genève

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Laurent Cybéo
Devenir post-archétype

Lorsque nous entrons dans l'atelier du sculpteur Laurent Cybéo, nous sommes saisis d'étonnement devant le dépouillement du lieu, son opaque virginalité. Soudain le sculpteur sort un socle couvert d'un sac en plastique noir ou vert, sous lequel nous devinons une forme modelée.Il l'installe précautionneusement sur un présentoir pivotant, puis dévoile l'œuvre. L'apparition nous charge d'une intense présence, d'une inquiétante mais non moins roborative frontalité. Cybéo travaille d'après des modèles et il nous est arrivé, dans un café, de reconnaître un homme que nous avions tout d'abord vu de marbre (!) dans l'atelier du sculpteur.

Au-delà d'une simple ressemblance réaliste, la sculpture de Laurent Cybéo creuse le vide sans le combler, ajoute de la matière au temps dépouillé et n'ôte jamais l'argile déposée sur l'armature, l'argile modelée à la surface de la durée. Ainsi il ressaisit l'essence de l'expression d'un être. On peut dire que la tête, sous tous ses angles, se construit par ajouts de terre et comprend tous les vides, toutes les marques, toutes les bosses et les irrégularités que le temps dessine sur les rideaux de notre peau. L'humanisation qu'il fait subir à l'expression sculpturale rend contemporain le langage antique de la statuaire grecque, et ce pour deux raisons : Tout d'abord on peut dire que par-delà les archétypes hérités des Anciens, les « protos » parfaits désignant les idéaux mythiques, la sculpture de Cybéo est davantage une science précise du visage, une lumineuse expression de la singularité de chacun d'entre nous. L'art de Laurent Cybéo est une bouffée d'affects et un travail sur le Visage qui est l'émotion même.

Gilles Deleuze définit l'affect en plaçant le visage au centre de l'expression affective: « C'est l'ensemble d'une unité réfléchissante immobile et de mouvements intenses expressifs qui constitue l'affect. Mais n'est-ce pas la même chose qu'un Visage en personne? Le visage est cette plaque nerveuse porte-organes qui a sacrifié l'essentiel de sa mobilité globale, et qui recueille ou exprime à l'air libre toutes sortes de petits mouvements locaux que le reste du corps tient d'ordinaire enfouis. »1

C'est aussi avec un respect infini pour l'Autre dans son altérité que Cybéo fait figurer l'infigurable, le temps et ses scories, les corps et leurs langages. C'est pourquoi son travail est en devenir et porte sur le devenir. Sculpter c'est, disait Alberto Giacommetti, vouloir arrêter le temps, lutter contre la mort et la disparition des choses. Chez Cybéo, le langage est bien plus affirmatif : son travail rend sensation, à travers l'argile, la cire et la craie, du devenir irrépressible des formes, de l'existence immédiate d'autrui, de son humanité universelle. Cette humanité s'exprime fortement à travers les faiblesses, les marques, les aspérités de la peau. Ce travail nous réapprend à voir, à regarder l'Autre en un temps où nous ne faisons souvent qu'appréhender schématiquement les présences. Contre le zapping continuel des formes stables, la constante apparition des formes en devenir.

Ainsi la sculpture de Laurent Cybéo actualise, par une touche nouvelle, un savoir-faire antique, une mémoire séculaire qui permet de dire de son œuvre qu'elle est l'expression d'une durée mouvante, selon la terminologie de Bergson, qui nous offre le don de l'Autre à travers des nappes de temps purs, non segmentées.

En un temps d'exaltation mécanique de soi, vive le devenir-autrui de Laurent Cybéo, car le devenir est éternel, seule la mort est temporelle.

Sebastian Roth,
Philosophe, Revue A Bras le corps, No. 1, avril 2005, Genève

1 Gilles Deleuze, L'image-mouvement, Paris, Minuit, Critique, 1983, p.126

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Metteur en scène de l’impalpable

… Laurent Cybéo devient chorégraphe de l’expression humaine… Par le jeu dsubtil des volumes, les personnages translucides semblent se détacher de leur support afin d’inviter le spectateur à percevoir, au-delà des apparences, les caractères, la vie intérieure et surtout l’essence même des êtres.

Extrait t’un texte de Mariam Blanchard,  Historienne de l’art
A bras le Corps, No. 2, septembre 2005

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Laurent Cybéo à la Galerie Fallet

Portraits de cire

Laurent Cybéo est sculpteur, pourtant les œuvres récentes qu’il présente à la Galerie Fallet sont des portraits peints à la cire. L’artiste a trouvé dans la plasticité de cette matière le moyen d’exprimer toutes les subtilités du modelé d’un corps, le sens des masses et volumes, les valeurs évanescentes de la lumière. Ces travaux d’une rare sobriété invitent à porter un nouveau regard sur l’art du portrait.

Dans sa seconde méditation, Descartes affirme : « J’ai pensé que j’étais un homme. Mais qu’est-ce qu’un homme », il poursuit sa réflexion par une étonnante description des parties du corps, de ses facultés mécaniques et perceptuelles. . Ayant clos cet inventaire, il bute sur une interrogation autrement plus délicate ; « Mais moi, qui suis-je ? ». alors pour mieux déplier sa pensée, le philosophe a recours au célèbre exemple du bloc de cire qui lui permet de comprendre que seul l’esprit a la capacité de concevoir la mutabilité des corps en général et de celle de l’homme en particulier. Dans les portraits de Laurent Cybéo, la cire joue à nouveau ce rôle de révélateur physique et métaphysique, et les figures qu’il construit et modèle couche par couche sur ses tableaux affirment autant la réalité d’un corps qu’elles expriment l’état d’une pensée.

Mises en scène
Dès ses années de formation, autour des années quatre-vingts, l’artiste est préoccupé par la figure humaine,. Mais dans la plupart des écoles, l’art de la figuration est considéré comme rétrograde, aussi l’apprentissage des techniques académiques se fait-elle dans l’ombre et l’isolement. Malgré sa dévaluation, l’image du corps nu reste pour Laurent Cybéo le centre et le sens de ses recherches, il attend patiemment le bon moment pour réintroduire la figuration dans l’espace visuel contemporain. Durant cette période difficile, il va progressivement acquérir son propre langage, d’abord en travaillant sur les échelles réduites et les contrastes de styles et d’époques. Il crée alors d’étonnantes mises en scène avec de petites figurines, rappelant la statuaire primitive ou antique, et des objets usuels auxquels in confère une patine millénaire. Ses travaux sont remarqués par Eric Frank, un important galeriste genevois aujourd’hui installé en Angleterre, qui va lui consacrer une exposition personnelle.

L’idée d’organiser des scénographies pour amener le spectateur à découvrir l’objet sculpté figuratif sous un angle insolite permet à l’artiste de développer un authentique art d’installation, une démarche qui s’insère parfaitement dans l’évolution de la sculpture contemporaine. C’est aussi une façon de maintenir un lien avec l’art statuaire et d’affirmer sa nécessaire présence dans l’environnement actuel. Les portraits de cire viennent à leur tour, avec leu5r volumétrie translucide et incolore, souligner ce même besoin de représentation esthétique du corps. La technique utilisée permet à l’artiste d’exercer son talent de sculpteur sur une surface plane et de créer une illusion graphique, alors que ses images restent fondamentalement une construction en volume. En effet, les couches de cire superposées forment des empâtements qui sont retravaillés afin de leur conférer un modelé digne d’un bas relief ou d’un camée.

Mais par-dessus tout, ces œuvres frappent par leur prégnance tactile, chairs d’un blanc opalescent se détachent des fonds noirs dans une atmosphère théâtrale. Baignant dans une lumière rasante qui fait saillir les expressions, vibrer les regards, ces corps nus révèlent une étrange proximité, une force et une présence corporelles qui interpellent l’attention du spectateur pour le conduire à entamer avec eux un dialogue silencieux.

Françoise-Hélène Brou, Historienne et critique de l’art,
Scènes Magazine, Genève, No Octobre 2004

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Galerie Fallet : inquiétants personnages

La Galerie Fallet, à Genève, présente une impressionnante exposition de figures, grâce aux sculptures de Tamara Lunginovic et aux peintures-reliefs de Laurent Cybéo.

.. Invité pour la première fois par Micheline Vorbe, Laurent Cybéo présente des personnages émergeant de leur ombre : des tableaux de fins reliefs de cire étendus par couches sur fond noir. Avant tout, Cybéo est sculpteur…. Il passe naturellement à ses tableaux, véritables peintures en relief. «Je prends un noir costaud, une peinture pour fourneaux qui résiste à la chaleur de la cire que je fonds dessus, ainsi qu’aux grattages». Il commence par dessiner à la craie, puis attaque à la cire chaude, par petites couches, au pinceau. La cire est un matériau fascinant, translucide, qui en fondant permet d’étendre des touches et des couches plus ou moins fines, blanchissant en séchant. Cybéo peut ainsi modeler ses reliefs, saisir au plus près les expressions du visage et du corps des modèles qui, longuement, posent pour lui.

Cette galerie de personnages dégage une forte présence, un peu inquiétante, d’ailleurs non pas à cause de l’ombre d’où ils jaillissent, mais bien plutôt de par la mise à nu psychique de leur nudité – manière personnelle, combien respectueuse, d’approcher le caractère sacré de tout être humain.

Pierre Hugli
rédacteur en chef, PH+ Arts, Lausanne, no. 52 septembre-0ctobre 2004


BIBLIOGRAPHIE (sélection)


Fluides essentiels , par Julien Lambert, Scènes Magazines, No. 187, Eté 2006

Le mouvement « A Bras le corps » saisit l’acte artistique dans l’instant même de sa création, par Lionel Chiuch, Tribune de Genève 13-14 mai 2006

Metteur en scène de l’impalpable,  par Myriam Blanchard, historienne de l’art, A Bras le Corps, No2, septembre 2005, Genève

Un soir à l’atelier – Pour Laurent Cybéo, Poème de Denys Crapon de Crapona, Critique littéraire et traducteur, A Bras le Corps,  No. 1, avril 2005, Genève

Devenir post-archétype, par Sébastian Roth, Philosophe, A Bras le Corps No.1, avril 2005, Genève

Laurent Cybéo : portraits de cire, par Françoise-Hélène Brou, Scènes Magazine, numéro octobre 2004

Galerie Fallet : Inquiétants personnages, par Pierre Hugli, PH+ no. 52, septembre-octobre 2004.

Crédit Suisse – Fides 1999

Le Taylleur d’ymages n’a pas d’horaire mais beaucoup de plaisir, par Thierry de Faveri, TRIBUNE DE GENEVE, 27 mars 1996.

Contre-pied au Mamco - Bernard transforme André L’Huillier en collectionneur à principes !, par Carole Varvier, LA TRIBUNE DES ARTS, Novembre 1995.

Il créa l’homme à son ymage, par Isabelle Cerboneschi, LE NOUVEAU QUOTIDIEN, 22 août 1995.



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