Galerie Fallet
 

GALERIE FALLET
 
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EXTRAITS DE PRESSE
 
Pierre Marie Brisson

 
Pierre Marie Brisson
"La légèreté de l'être", 2006
technique mixte sur toile
100 x 100 cm

EXTRAITS DE PRESSE

« Ces personnages nous rappellent quelque chose, un souvenir doux etprécieux, un entraperçu lointain… ».

Extrait de la préface de Jean Rouaud
Catalogue de l’exposition Traces, Franklin Bowles Gallery, New York

 

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Morceau d’éternité

Si nous nous posions les trois questions de la beauté, du don et du bonheur, la peinture de Pierre Marie Brisson s’imposerait d’elle-même comme un élément de la réponse, si ce n’est la réponse elle-même. En tout cas comme une évidence.

Que l’on parle de regard, de pigment, de lumières, de surface…, le monde de l’Ancien revient comme un essentiel et pertinent refrain, racine rassurante et pleine, d’un art hors du temps. Morceau d’éternité, Age d’Or, où la joie et l’extase semblent être mouvement ascensionnel et vérité éternelle. Comme une mélancolie de bonheurs enfuis ou enfouis, qui s’équilibrent sur la toile, les sourires, les caresses et les danses, s’envolent et disparaissent dans un horizon sans visage. Tout vibre, même le ciel, foulant et refoulant, de profonds vestiges cachés au fond de nos mémoires.

Art antique mais tellement moderniste, primitif et avant-gardiste, modelé et patiné de
substances fragmentées et revivifiées. Picasso aurait pu dire de la peinture de Pierre Marie Brisson : « Je veux en arriver au point où personne ne puisse dire comment est faire une de mes peintures. Pour quelles raisons ? Simplement parce que je veux que ma toile dégage uniquement de l’émotion. ».

Quel départ ? Quelles origines à cet art si céleste, hors des limites du temps et de l’espace ?
« C’est parti d’une image simple, presque banale. Comme beaucoup d’enfants, l’attirance a été immédiate pour le primitif : les pierres taillées, les homme de Cro-Magnon, les peintures rupestres … depuis ce temps-là, ça ne m’a plus quitté. Comme si j’avais avancé à travers diverses époques : celles des Romains, des Etrusques, des Grecs … ».

Parcours initiatique du travail laborieux de la fouille archéologique à l’envol heureux du poète nostalgique, la peinture de Brisson est avant tout autre considération sensuelle, gourmande et céleste. De cette sensualité pure et détachée qui passe du rugueux au vaporeux, de la rigueur rassurante au lâcher créatif, libéré de toute contrainte.

Ce que Pierre Marie Brisson attend du l’œil du public ?
« Surtout un coup de cœur ! Une réaction épidermique, presque primitive. Une attirance presque physique … ».
Physique, comme le rapport qu’il dit avoir lui-même avec sa peinture.

Claire Raffenne, historienne de l’art
Genève, automne 2004

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Exposition « Gestes » de Brisson

Danse des corps, chorégraphie des époques, ronde des figures… L’œuvre de Pierre Marie Brisson bruisse entre art primitif et avant-gardiste, jouant des ramures du temps avec une grâce étonnante. Vivifiant.

Lionel Chiuch, TRIBUNE DE GENEVE – Guide – 8 décembre 2004

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Art « coup de cœur »

Alors qu’elle vient de fêter son dixième anniversaire, la galerie Fallet expose jusqu’au 22 janvier une série de tableaux et de gravures de l’artiste français Pierre Marie Brisson, réunis sous le titre « Gestes ».

L’artiste, toujours quelque peu méconnu en Europe et en France, jouit d’une excellente réputation outre-Atlantique et se trouve notamment exposé aux Franklin Bowles Galleries de San Francisco et de New York, aux côtés de Chagall, Picasso, Neiman ou Horowitz. Sa première source d’inspiration se trouve probablement dans les grandes fresques du néolithique qui recouvraient les parois de vastes cavernes. Mais si l’Antiquité, de la préhistoire aux Romains, est à la source de l’œuvre de Brisson, son art est néanmoins résolument moderniste et avant-gardiste. Le but ultime de l’artiste ne vise pas forcément la compréhension ou le décryptage de son œuvre, mais l’émotion que chacune de ses toiles pourrait susciter auprès des visiteurs. Plus que tout, il attend du public un coup de cœur, une réaction épidermique, une attirance presque physique.

Anaïs Gfeller, TRIBUNE DES ARTS « Ne manquez pas »
Décembre 2004 no. 327

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L’atelier

Petite souris dans l’atelier, je me faufile. J’observe.

Les poutres aux têtes de chats soutiennent l’antre du peintre. Haut, le plafond respire les vapeurs acryliques des couleurs qui se mélangent, se fondent et se côtoient plus bas sur la planche que deux tréteaux supportent. Les moustiques joyeux zozotent et se chamaillent, dans une farandole asynchrone. Les mouches ont dû fumer de l’herbe et les moucherons boire du vin au verre qui trône sur le bar qui traîne sa longue figure de comptoir. Les cousins cousinent avec leurs reflets dans la grande baie vitrée qui donne sur la vigne. Le billard berce les épreuves du prochain livre d’art, des dessins, des esquisses, deux ou trois photos et réceptionne le courrier. Le frigidaire agenda assure glacial, sérieux, la mémoire du quotidien. Droit, rigide, il restitue numéros de galeries, dates des prochaines expos, contacts, pensées, urgences. Debout, couchés, entassés, empilés, de dos, de face, à plat et sur le côté, en compagnie de feuilles de papier, de cadres, de gravures, de cartons, de sous-verres, de tubes et de pots, enivrés de parfums vinyliques, les tableaux esseulés bâillent dans l’attente de connaître leur sort. Mystère. La scène du ballet qui commence est un sol étoilé de tâches multicolores comme les souliers de Pierre Marie Brisson. Aérien, il danse. Les toiles s’étendent sous la main de l’artiste, s’étalent sous les pinceaux caressants, s’abandonnent sous le regard bleu du maître, rigolent sous les brosses chatouilleuses. L’air taquin, il évolue puis l’œil aigu, il perce la toile, observant son fond méticuleusement préparé. A la surface, il devine déjà le contour d’une silhouette, l’ombre d’un sein, une fleur, un enfant et peut-être rien. Le mystère opère. Son choix est suspendu à l’instant. Il n’appartient qu’à lui. Plus tard, il décidera, quand l’heure de l’évidence viendra de faire apparaître ou non un sujet. Son talent est de faire disparaître toute réalité pour que chacun puisse la réinventer. Pour offrir à chacun sa part de rêve. Il continue. La toile accueille l’élan de la main promeneuse qui tangue et balance au rythme de l’inspiration, une crème onctueuse s’étale sur sa largeur et dégouline sur sa longueur, soulevée par le souhait du peintre. Il veut que la matière se répande de bas en haut. Il veut découvrir les effets et les accompagner, les inviter sur son chemin. Sont-ils en train de se rejoindre, l’intention et l’inattendu ? Doute, regard, temps. Marcher, tourner, chercher l’objet, l’idée, la continuité de l’œuvre. Allumer une cigarette, avec un bout de bois, touiller un mélange de peinture dans un pot, diluer, épaissir, allonger la mixture, délayer pour entamer un autre fond et tourner le dos à cette toile qui se détend, relâcher la tension pour lui aussi, se détendre sur une autre aventure. Simultanément et amoureusement, agir. Aimer multiple, parler plusieurs langues, différemment et pourtant toujours la même. Infidèle sans ne jamais trahir. La deuxième est l’antithèse et la sœur de celle qui dort en séchant. Frénésie. Reprendre au début, recommencer encore une tambouille, épicer, relever, adoucir, légèreté cette fois, oxygène, le ton est donné. Cette troisième toile semble apporter la réponse aux deux autres. Merveille. Alchimie. Bleu sur noir, noir sur bleu, gris bleu noir. Une toile d’araignée, l’indissociable, le grillage, un voile, une forêt d’herbes folles, d’arbres enchevêtrés comme parfois le sont nos idées. La peinture coule, court sur la toile guidée par son père. Le papier journal, les nouvelles du monde boivent la matière, absorbent l’excès, le brillant, réconcilient les frontières, estompent, suggèrent avec subtilisé. Ses gestes précis, déterminés lui donnent l’élégance d’un toréador. C’est un virtuose du trait, de la lumière. Sous son contrôle, les toiles prennent vie. Son habilité est spectaculaire, le spectacle est fascinant. Avec quelle maestria il réalise son œuvre, c’est du grand art. Vive la création ! La tension a atteint son apogée, l’explosion a eu lieu. Le calme succède à l’excitation. Un miracle s’est produit. Il faut se taire. Chut !

A pas de loup, sur la pointe des pieds, je quitte l’atelier.

Marianne Guillerand, Paris, le 10 octobre 2004
Ecrivain, chroniqueuse, comédienne

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Texte de l’écrivain Jean Rouaud – Prix Goncourt 1990

Ce vers du jeune Eluard, tout plein d’une fraîche arrogance : J’ai la beauté facile et c’est heureux, qui pose d’emblée les trois questions de la beauté, du don et du bonheur, auxquelles le siècle qui s’est achevé a tenté à chacune des trois de faire un sort. La beauté parce que de réfutation des canons académiques en révolutions artistiques on ne savait plus trop comment la définir, parce qu’elle apparaissait comme l’affirmation de critères de classe bien plus que comme la recherche d’un absolu, parce que le ready-made avait aboli la frontière entre la forme artistique et la forme d’usage, et qu’en conséquence l’œuvre d’art ne tenait plus qu’au fil du discours et relevait principalement de l’autoproclamation, le don parce qu’il s’apparentait à l’élection et était par là même fondamentalement antidémocratique, parce qu’il s’opposait au courant de pensée dominant qui à travers Beuys affirmait que tout le monde est artiste, parce que ne pouvant se transmettre et s’enseigner comme n’importe quel savoir, principe sur quoi reposait l’idée même de progrès mise en avant depuis deux siècles, le mieux était tout simplement de le nier, et enfin le bonheur parce que inacceptable individuellement – nul ne pouvant décemment se réjouir au milieu du malheur des autres – il ne devenait concevable, version laïque du salut, que s’il prenait en charge l’ensemble de l’humanité sur un mode égalitaire, un bonheur par répartition en parts strictement égales, ce qui suffisait à recaler la beauté et le don, lesquels ne répondent ni l’un ni l’autre à ce critère discriminant. C’est ainsi que le même Eluard, mettant sa langue poétique au service de son engagement politique, lançait quelques années plus tard le slogan épuré et définitif de son programme universel, d’où avaient entre-temps disparu les deux ferments producteurs d’injustice : Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d’autre. Sur le coup on est tenté de hocher doctement la tête en connaisseur et d’applaudir. Jusqu’au moment où l’on remarque que four faire un monde on devra désormais se passer de la beauté et du don, et l’on comprend pourquoi la promesse du bonheur a été une ces catastrophes majeures de ce siècle défunt.

Alors exeunt la beauté, le don et le bonheur? On n’en parle plus? Non, on n’en parle plus, mais il arrive parfois que confronté à un événement, une manifestation, artistique ou autre, à l’émergence de quelque chose d’inédit, qui emporte, élève, contente, ravit, réconcilie avec soi-même, avec la vie, avec sa vie, avec le monde, on éprouve ces étranges remuements de l’être, comme un soulèvement intérieur, une émotion presque enfantine, refoulée au nom de la raison et de la musique du temps, et qu’on n’ose formuler de crainte de passer pour un rétif à la modernité. On s’arrange alors pour glisser nonchalamment devant telle œuvre qu’effectivement, oui, c’est joli, séduisant, que ça vaut le coup d’œil, que celui-là sait y faire, qu’il a, non pas la beauté facile, car la beauté, on sait ce que c’est, hein, c’est-à-dire qu’on n’en sait rien, mais admettons qu’il y a là quelque chose, en dépit d’un je ne sais quoi, trop de don peut-être, c’est-à-dire, ce commentaire, toute une mise en scène laborieuse consistant à établir par le discours et une moue discrète un périmètre de sécurité fait de distance, de retenue, d’un brin de suffisance, destiné à bien montrer qu’on n’est pas la dupe de ce genre de manipulation esthétique. En clair, on ne nous la fait pas. Mais, en fait, ce qui nous travaille, c’est que justement ce n’est pas clair arranger, traquer des couleurs et des formes sur une toile, à tourner autour de la même vieille et géniale trouvaille des hommes du paléolithique qui s’enfonçaient sous terre avec les mêmes arguments : une main, un regard, une surface, des pigments, un éclairage. Parce qu’il faut de tout pour faire un monde : un monde qui se souvient, qui relie au monde ancien, un monde qui émeut, comme un monde qui tâtonne, qui essaie, qui bouscule, qui pourra émouvoir aussi, et qui aidera plus tard à se souvenir. Mais du coup, la question devient celle-ci. Si la beauté renvoie à une définition vieillotte, passée et dépassée, si le bonheur s’envisage à l’horizon d’un avenir radieux, qu’est-ce qui fait le présent? Le don. C’est-à-dire? Eh bien cette façon de donner le meilleur de soi dans le moment présent du geste créateur avec ses emballements et ses repentirs, en usant des moyens qu’on s’est un jour choisis, qui peuvent être une image tremblée, des objets récupérés, une pierre dans le désert, une œuvre peinte, mais avec cette intention d’aller vers quelque chose qui ne cherche pas l’affrontement rugueux, mais lutte doucement avec l’ange, moins une lutte qu’un battement d’ailes, c’est-à-dire qu’à ce moment-là, il me semble, et je n’en fais pas une histoire, simplement un tableau, une proposition de tableau, que je me fraie un chemin vers une certaine aspiration, que je débroussaille tout ce qui m’empêche de l’entr’apercevoir, que je gratte même les excès de peinture pour, sous les couches précédentes, espérer retrouver un peu de ce frémissement mystérieux qui n’ose pas dire son nom. Car la beauté, ce serait cette tension, ce chemin, cette générosité, cette espérance, peut-être. La beauté au bon vouloir de qui ne la perd pas de vue. On peut chercher sciemment à faire le mal, cela se trouve. Et on rencontre toujours le mal. De même on peut aussi chercher à faire le bien, mais c’est beaucoup plus compliqué, car on sait que parfois, qui veut faire l’ange fait la bête, et que d’un bien peut naître un mal, de sorte que le bien lui aussi se cherche, lui aussi peut varier d’une époque à l’autre. Du bien ou de la bonté, on désespère parfois, mais on ne doute pas. Alors pourquoi douter de cette aspiration à la beauté? Parce qu’elle se démode? Mais la mode est indémodable, qui change pour ne pas changer, qui s’acharne, au prix d’une réflexion permanente, à ne pas céder sur cette idée de la représentation d’un corps historique dans un espace donné. Et que fait la mode? Il arrive qu’elle nous enchante. Réenchanter le monde? Ce peut être l’ambition de toute une vie. La peinture de Pierre Marie Brisson a la beauté facile et c’est, pour nous, heureux.

Préface du livre Traces, Editions d’art Somogy, Paris 2001
(en collaboration avec Franklin Bowles galleries)

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Texte de Robert Flynn Johnson – Conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts de San Francisco (Extraits de la Préface de l’ouvrage publié à l’occasion des expositions Les Jeux Séculaires au Musée Faure et au Musée de Gaillac, Somogy Editions d’art, Paris 2003)


Surface et sensibilité

Penser est plus intéressant que savoir,
mais moins intéressant qu’observer
Goethe1

Nous visons une époque de standardisation croissante. Des forces puissantes au sein des gouvernements ou des échanges internationaux utilisent toujours davantage des médias totalitaires et agressifs pour nous convaincre de nos goûts et dégoûts … de nos désirs et de nos besoins. Nous devons être vigilants face à ce matraquage de l’ordinaire qui tente de s’emparer de notre jugement moral et esthétique. Le philosophe américain Henri David Thoreau a dit : « Nous devrions traiter notre esprit comme un enfant innocent et ingénu dont nous serions les tuteurs – et prendre garde aux objets et aux sujets que nous soumettons à son attention 2.
Il n’a jamais suffi que les artistes soient originaux ou créatifs. Il est également nécessaire qu’il s’en trouve qui aient la patience de voir et la sagesse de réfléchir à leur art. Avec la majorité des arts nous faisons l’expérience de la passivité physique. Au théâtre, devant un spectacle de danse, un opéra, un concert, au cinéma ou devant une cassette vidéo, l’art se déroule sous les yeux du spectateur. Seul les arts graphiques et le mot écrit donnent à l’individu une totale maîtrise puisqu’il a la faculté de leur accorder son attention et sa réflexion aussi longtemps qu’il le souhaite…

… Quelqu’un a dit que l’art n’est pas une forme de communication mais un véhicule permettant à l’artiste de partager son expérience avec le spectateur. L’œuvre de Brisson correspond à cette description. Elle est riche de plusieurs strates d’expressions artistiques capables d’ouvrir la porte à des couches oubliées ou refoulées de nos mémoires. Mais pour que cela se produise, il faut que le spectateur accepte de s’arrêter assez longtemps, non seulement pour regarder, mais aussi pour ressentir le sens de l’œuvre…

… Il y a une alchimie dans l’art de Pierre Marie Brisson qui crée une ambiance de beauté érodée et de décomposition élégante à travers la création et la destruction des surfaces. Leur présence visuelle réveille des souvenirs aussi sûrement qu’une odeur ou un son… L’art de Brisson est extrêmement chic et moderne et pourtant usé et antique. C’est un art avant-gardiste ingénieux et cependant apparenté visuellement et spirituellement aux sensibilités primitives…

… Picasso aurait pu parler de Brisson quand il a dit : « Je veux en arriver au point où personne ne puisse dire comment est faite une de mes peintures. Pour quelles raisons ? Simplement parce que je veux que ma toile dégage uniquement de l’émotion 5. » Pierre Marie Brisson crée un art qui invite, non exige d’être vu et revu sur une longue période de temps. Ses peintures, ses dessins et ses tirages, comme la meilleure poésie, le cinéma et les beaux-arts, posent davantage de questions qu’ils ne donnent de réponses…

… Comme il faut du temps pour apprendre à goûter un vin complexe ou une cuisine aux saveurs étranges, de même, il en faut pour que le goût esthétique s’accoutume à l’art de Pierre Marie Brisson. C’est ce mélange du familier et du fragmenté – le sucré de la reconnaissance et l’aigreur de l’inconnu – qui est à la fois un enchantement et une torture. Il y a plus de cent quatre-vingts ans Eugène Delacroix s’exprimait sur les difficultés et les satisfactions d’être artiste quand il écrivit : « Hormis le plaisir de s’étendre loué, il y a le bonheur de s’adresser à toutes les âmes capables de comprendre la vôtre et c’est ainsi que toutes les âmes se rencontrent dans votre peinture. Que vaut l’approbation des amis ? Il est naturel qu’ils vous comprennent, alors quelle importance cela peut-il avoir ? Ce qui est enivrant, c’est de vivre dans l’esprit des autres 7. »

Des plaisirs visuels et émotionnels attendent ceux qui laisseront l’art de Pierre Marie Brisson tranquillement s’emparer de leur conscience.

Traduit de l’anglais par Sophie Léchauguette

1 W.H. Auden et Louis Kronenberg, dir., The Viking Book of Aphorisms, Dorset Press, New York, 1981, p. 35
2 Ibid., p. 353
5 Dore Ashton, dir., Picasso on Art : A Selection of Views, The Viking Press, New York, 1972, p. 98
7 Ian Crofton, dir., A Dictionnary of Art Quotations, New York, Schirmer Books, 1988, p. 154

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Entretien avec Michel Archimbaud in Pierre Marie Brisson, Yarger Arts Gallery, Los Angeles, 2000

Michel Archimbaud : Pierre Marie Brisson, la première chose que l'on remarque dans cet atelier, en dehors de son volume, c'est la qualité de la lumière. Ce nest certainement pas un hasard ?

Pierre Marie Brisson : Non, c'est un choix. Celui de vivre en dehors de Paris, qui m'a permis d'avoir un espace important. Je pense qu'un artiste doit bouger, voir ailleurs, ne pas s'enfermer dans un endroit, ou même un pays. Il est vrai que je suis très sensible au temps, au climat, à la lumière. Et pour ça, le Sud, c¹est le soleil ! En plus, j¹aime bien travailler dehors. J'ai une technique qui
fait que mon travail réagit mieux quand cela sèche vite.

Michel Archimbaud : C'est un très bel endroit !

Pierre Marie Brisson : C'est une vielle bâtisse, dont l'architecture date du siècle dernier. Comme c'est une ancienne cave à vin, elle n'est pas enterrée, mais représente un volume intéressant et agréable. Il y a aussi toute une ambiance, qui correspond à mon travail et au plaisir d¹être en un lieu qui a vécu, qui a une âme, d¹une certaine façon : murs lépreux, sol en terre battue.
J'aime cette atmosphère qu'il n¹est pas possible de trouver à Paris. Et puis la région c'est aussi l¹aspect plat de la Camargue, le tempérament des gens qui tend vers le rouge ! Sans oublier l'atmosphère de corrida.

Michel Archimbaud : Comment pensez-vous avoir évolué dans votre travail ? Comment percevez-vous cette évolution ?

Pierre Marie Brisson : Je dirais que c¹est incontrôlable. Un peu comme lorsque l'on avance dans la vie, au rythme du temps. Je ne suis pas un voyant ! Cela reste incontrôlable et je crois que c¹est bien ainsi.

Michel Archimbaud : Bien que les bases de votre travail et votre originalité soient toujours là, on peut dire qu¹il y a tout de même une déclinaison dans la facture. Il existe une réelle évolution. Vous en êtes conscient ?

Pierre Marie Brisson : Il est évident qu¹avec le temps, en avançant, même malgré soi, on se libère, ne serait-ce que techniquement. Parce qu¹à force de peindre, on devient doué dans sa "cuisine", on accentue des réflexes dans le bon sens et cela permet d'être plus libre d'oser ailleurs.

Michel Archimbaud : Qu¹attendez-vous des collectionneurs ou, tout simplement de l’œil du public ?

Pierre Marie Brisson : Surtout un coup de coeur ! Une réaction épidermique, presque primitive. Une attirance presque physique.

Michel Archimbaud : Vous avez une longue expérience de la peinture et du dessin, vous possédez une technique sûre, et pourtant, on a envie de qualifier votre peinture d¹émotive, de primitive, pas primaire mais primitive.

Pierre Marie Brisson : Hormis mon inspiration propre, qui puise effectivement ses racines dans tout l'univers primitif, je crois que cela vient aussi du matériau. Même si les choses ont changé depuis maintenant une dizaine d¹années. Il y a beaucoup
de couleurs nouvelles dans mes tableaux. Le fait de vivre dans le Sud de la France m'a donné envie de cracher de la couleur. Tout en gardant le rapport avec l’idée de ces personnages qui se promènent sur la toile. Ils passent et ne font qu passer pour
habiter un espace, un fonds, qui ne pourrait être qu'abstrait.

Michel Archimbaud : Ces personnages ont-ils une réelle importance ? Ou sinon, qu¹est-ce qui en a le plus ? La texture, l¹histoire que vous vous racontez avant de la créer ?

Pierre Marie Brisson : En fait, l'intervention du personnage, c¹est juste un élément qui vient saluer la personne qui regarde l'oeuvre.

Michel Archimbaud : La richesse des fonds, me semble-t-il, provient de cette texture accidentée pas forcément lisse ni confortable. Je me souviens que vous l’aviez évoqué lors d'une rencontre avec Balthus. Le tempera, les matériaux naturels, latins, cela correspond vraiment à votre travail d'aujourd’hui ?

Pierre Marie Brisson : Oui. Il y a toujours cette texture heurtée, fatiguée, qui est en train de naître ou de disparaître. C'est toute la question ! C'est une volonté de me rapprocher toujours des arts primitifs, qui ont des caractères d’abstraction incroyables.
Quelque chose qui n¹appartient pas à notre siècle.

Michel Archimbaud : Depuis l'inspiration des jeunes années, votre idée a toujours été de communier avec les arts primitifs ?

Pierre Marie Brisson : C'est parti d¹une image simple, presque banale. Comme beaucoup d'enfants, l¹attirance a été immédiate pour le primitif : les pierres taillées, les hommes de Cromagnon, les peintures rupestres. Depuis ce temps-là, ça ne m’a plus quitté. Comme si j'avais avancé à travers diverses époques : celle des Romains, des Etrusques, des Grecs.

Michel Archimbaud : Comment se fait le choix des formats ?

Pierre Marie Brisson : J'ai un rapport physique avec la peinture. C'est très important pour moi. Le choix des formats dépend de l¹envie du geste, large ou minutueux. Si l’on travaille sur quelque chose d’extrêmement petit, on peut arriver à une frustration et avoir soudain envie d’éclater cette minutie sur un cadre immense. De même, la grande toile peut produire  l’effet inverse.

Michel Archimbaud : A un moment, vous avez réalisé des lithographies originales. C¹était une grande mode dans les années 89/90, qui s'est un peu assagi avec l'écroulement du marché. Cela correspondait-il à un goût profond chez vous ?

Pierre Marie Brisson : L¹estampe est toujours une aventure passionnante. Ne serait- ce que par rapport au procédé Goetz qui a permis de traiter la gravure autrement que par la méthode classique.

Michel Archimbaud : Vous avez, je crois, un lien très privilégié avec un atelier. Ce genre de fidélité est quelque chose qui se perd un peu aujourd’hui. Un lieu de réelle chaleur et de connivence entre l'artiste et l'artisan.

Pierre Marie Brisson : Oui, il s'agit de l¹atelier des Pasnic, rue Pixerecourt dans le 20ème  arrondissement. Comme il se trouve au fond d'un passage, on voit les gens arriver de loin ! C¹est un endroit très spécial. Car c¹est vrai que l¹artiste-peintre est souvent quelqu'un de solitaire, qui travaille de façon isolée. Et là, le travail d¹atelier se fait dans un endroit chaleureux, avec des gens qui sont là et du monde qui passe. Avec Pascal et Nicolas qui mènent la danse ! On y va un peu pour se rassurer, et aussi pour voir un peu ce que font les autres. C¹est une vieille histoire d¹amitié, qui dure depuis plus de vingt ans, une complicité qui permet de donner beaucoup d'énergie à notre travail.

Michel Archimbaud : Matta a travaillé chez eux, non ?

Pierre Marie Brisson : Oui, et en particulier Coignard mais aussi Pincemin, Michel Haas et beaucoup d¹autres. Chacun a trouvé, à chaque fois, une technique appropriée à son travail.

Michel Archimbaud : Et la gravure ?

Pierre Marie Brisson : Il y a une époque où j¹ai fait beaucoup de gravures et j’ai presque eu l'impression d¹en faire trop. Il s'est produit comme une sorte d'usure, et j'ai dû revenir vers la peinture. Je ne me suis remis que récemment à la gravure, en ayant trouvé de nouveaux procédés. Ce qui fait que j¹ai une nouvelle émulation.

Michel Archimbaud : L¹école de gravure de Goetz a-t-elle beaucoup influencé
votre peinture ?

Pierre Marie Brisson : Cela rejoint l'histoire des petits et grands formats. C'est un autre élément, comme la sculpture peut en être un, qui appartient au domaine de la création, et qui fait qu'à un moment, c'est la gravure qui va apporter quelque chose à la peinture, qui va l'enrichir. Tout comme la peinture peut le faire par rapport à la gravure. La complicité et la complémentarité entre ces différentes techniques qui d'avancer. Personnellement, comme j'arrive à avoir une technique avec peu de contraintes, cela me donne une plus grande liberté pour la gravure.

Michel Archimbaud : Je me souviens d¹un triptyque de Mozart. Il me semble que la relation Mozart/Brisson, musique/peinture cultive un paradoxe riche. C¹est une musique en apparence lisse, à laquelle vous avez rendu hommage avec des matières rugueuses
et inconfortables. Je pense en particulier aux Noces de Figaro. Mais l'autre source d'inspiration, eu égard à une jeunesse orléanaise et à votre lien avec le musicien Reinhardt Wagner, c¹est aussi et surtout le jazz ?

Pierre Marie Brisson : Oui, en dehors du classique, des requiems, de la musique ancienne et encore une fois, de la musique primitive, tribale, d'où qu¹elle vienne. Mais j'ai, en effet, côtoyé le jazz du vieil Orléans ! C'est une musique qui rassemble les gens. Qui permet au solitaire que je suis de partager quelque chose. Que ces gens soient, d¹ailleurs, des musiciens, des écrivains ou autres. Et cet entourage m¹a beaucoup stimulé dans mon travail.

Michel Archimbaud : Pour en revenir à l'idée du travail très solitaire, est-ce que votre choix de vivre dans le sud vous prive de contacts? Est-ce important ? Est-ce que ça vous manque ? Bref, comment fonctionnez-vous par rapport à autrui ?

Pierre Marie Brisson : Au niveau de mon travail pur, je dirais que je n¹en ai pas besoin. Sinon qu'à un moment, je vais ressentir le besoin de faire une sorte de tournée, de voir des expositions, des amis, etc. Et puis, rassasié, je retourne à ma tranquillité pour une longue période. En fait, c'est plus important affectivement qu'autre chose. le fait de se sentir entouré, même à distance, est agréable et important, bien sûr. Comme, par exemple, l'est la relation avec mon ami, le musicien Khalil Chahine. Nous avons tous les deux des échanges très stimulants.

Michel Archimbaud : Vous avez participé à une fiction en tant que conseiller artistique. Est-ce que le cinéma vous attire, ou est-ce pour vous un univers trop différent, trop anecdotique ?

Pierre Marie Brisson : C'est quelque chose qui me plaît, que j¹ai aimé faire. Tellement passionnant, d'ailleurs, que ça en devient dangereux ! C'est, à l’opposé de la peinture, un univers où l'on est très entouré en permanence. L'esprit de travail, de construction est totalement différent. La fiction à laquelle j'ai participée était réalisée par un jeune cinéaste, sorti de l'Idhec, Pierre Sullice. Et le thème en était la peinture. Une belle expérience ! J'ai dû inventer de la magie sur des effets de toile. Toiles que j'ai réalisées pendant le tournage.

Michel Archimbaud: Vos tableaux et leurs aspérités donnent envie de toucher. Vous n'avez jamais été tenté par la sculpture ?

Pierre Marie Brisson : J'en ai fait quelques-unes, mais de façon vraiment très discrète. Je ne les ai même jamais montrées ! Il est vrai que j¹ai le projet de faire une exposition de sculptures, mais je ne suis pas encore prêt.

Michel Archimbaud : La sculpture vous tient à coeur depuis longtemps ?

Pierre Marie Brisson : Depuis très longtemps, j'avais le désir d'arriver à la forme, aux volumes. C¹est assez difficile, parce que, tout en étant très proches, la peinture et la sculpture sont finalement deux choses différentes. C'est étrange, j¹ai le sentiment que la sculpture peut m'emmener loin, ailleurs et j'ai peur de perdre ce que je possède.

Michel Archimbaud : Dans cet univers du volume, vous avez tenté une autre expérience encore.

Pierre Marie Brisson : Oui, j'ai touché un peu à la haute couture, en travaillant pour les grands couturiers Lecoanet-Hemant. J¹ai dessiné des accessoires, des chaussures aux boucles d¹oreilles. Ils m'ont confié des gilets à travailler. Cela aussi fut une expérience très agréable.

Michel Archimbaud : L¹idée du théâtre ou du lyrique vous a-t-elle déjà effleuré ?

Pierre Marie Brisson : Pire, elle me hante ! Je crois que le plus beau cadeau que l'on pourrait me faire, ce serait de me confier un décor de théâtre ou de ballet. Quant à évoquer un décor d'opéra, là, c'est le rêve absolu ! Un heureux moyen de jumeler peinture et sculpture, volumes et couleurs, matière et mouvement.

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« Même s’il peut y avoir empreintes, badigeonnages,  rehaussements, l’essentiel est dans le grattage, le pistage, la fouille minutieuse comme dans un site archéologique, la chasse aux fantômes cachés entre deux épaisseurs ou niveaux »…

Extrait de la préface de Michel Butor
Catalogue exposition Pierre Marie Brisson, Musée Faure, 1997

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« Pierre Marie Brisson évolue avec talent dans la voie assez inclassable d’une œuvre abondante et en perpétuelle mutation. »

 Patrick-Gilles Persin, 1988

 

 



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